"Les frais médicaux sont de 40% plus chers qu'à Montréal!" : Le déménagement des services de santé à Ottawa

20 février 1998
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Dr Gary Pekeles, Université Mc Gill - Lors de sa dernière réunion, le 11 février dernier, le Conseil régional de Santé de Baffin (CRSB) reconfirmait sa décision de s'approvisionner en services de santé dans la région d'Ottawa plutôt que de continuer à faire affaire avec les hôpitaux universitaires de l'Université McGill dans la région de Montréal.

Cette décision mettait fin à une collaboration de plus de trente ans avec la région de Baffin pour Mc Gill qui assure toujours ce service pour toute la région du Nouveau Québec. Or selon le Dr Gary Pekeles de l'Université Mc Gill à Montréal, les coûts de la santé en Ontario serait de 40% plus élevé qu'au Québec.

Il reste au ministre Ng à donner son aval à la décision qui devrait entrer en vigueur dès le 1er avril 1998. Le ministre veut faire le tour de la question pour s'assurer que ce changement n'entraînera aucune augmentation de coût pour son ministère ("cost neutral").

Cette nouvelle décision fait suite à une série de rebondissements au CRSB depuis septembre dernier quand la décision avait été prise pour la première fois. M. Douglas Sage, alors superviseur pour le ministère de la santé et des services sociaux dans Baffin mettait alors l'accent sur les carences administratives du service offert par McGill, soulignant par ailleurs que les médecins eux-mêmes étaient "les meilleurs".

Début octobre, madame Ann Hanson, alors présidente du Conseil remettait sa démission au ministre Ng. La même semaine, sous la direction du sous-ministre Dave Ramsden, une commission de fonctionnaires seniors créée par le ministre Ng pour faire la lumière sur cette décision ainsi que celle du Conseil régional de Santé du Keewatin qui avait entrepris une démarche analogue, présentait son rapport.

Dans ce rapport, on s'étonne de ce qu' "aucun document n'existe pour expliquer comment le Conseil en est venu à cette décision, quelles en seront les conséquences, et quels seront exactement les services offerts." M. Dennis Patterson, avocat et ancien député d'Iqaluit, est nommé président du CRSB par le ministre avec le mandat d'évaluer les coûts des deux options, soit Montréal ou Ottawa.

En novembre, on apprend que madame Pat Kermeen, la directrice générale du CRSB a quitté le service pour un congé sans solde. C'est elle qui au 1er septembre avait signé la lettre envoyée au Dr Gary Pekeles de l'Université Mc Gill lui annonçant que le contrat de soins spécialisés de santé ne serait pas renouvelé avec son institution. Dans un geste concerté, la Chambre de commerce de Baffin et celle d'Iqaluit réclamait sa démission, l'accusant de ne pas fournir les informations pertinentes aux membres du conseil. M. Ken MacRury, directeur de l'Institut de recherche du Nunavut, est alors assigné au poste de directeur général.

M. MacRury a dès lors procédé à une enquête interne sur le déménagement des services de santé. Dans ce rapport, présenté au conseil le 11 février dernier, il validait la première décision prise par le Conseil.

Par ailleurs, contrairement à l'affirmation de madame Kermeen en septembre dernier à l'effet que le CRSB allait pouvoir ainsi sauver $400 000 par année, le rapport de M. MacRury tendait seulement à montrer que le déménagement à Ottawa n'encourrait aucun frais supplémentaire.

Les frais de santé en Ontario: 40% plus cher qu'au Québec!

Le Dr Gary Pekeles qui est directeur du programme de service médical offert par l'Université Mc Gill à la région de Baffin et du Nouveau-Québec, a reconnu avoir été contacté par M. Dennis Patterson. S'il a été question du fonctionnement du service, jamais M.Patterson n'aurait abordé des questions d'ordre budgétaire dans ces entretiens, a tenu à préciser le médecin dans une entrevue accordé à L'Aquilon.

Le Dr Pekeles a tenu à souligner que dans les deux dernières années, Mc Gill travaillait à une meilleure gestion du transfert des patients de Baffin vers les hôpitaux montréalais, tant et si bien que le budget total du service était en décroissance. Il a aussi mentionné que plusieurs améliorations avaient été proposées au CRSB afin d'éliminer des coûts inutiles, principalement dans l'acheminent de patients en provenance des communautés vers l'hôpital d'Iqaluit, sans que ces recommandations ne soient jamais mises en application par les autorités locales.

Le Dr Pekeles a aussi affirmé qu'il est de notoriété publique que les coûts de la santé en Ontario sont de 40% plus cher qu'au Québec et que dans ces circonstances, il est difficile d'imaginer comment le CRSB pense minimiser ses coûts en faisant affaire avec Ottawa.

Le casse-tête de la comparaison

Plusieurs chercheurs dans le domaine de la santé au Québec, rejoints par L'Aquilon, ont confirmé les dires du Dr Pekeles. La rétribution des médecins spécialistes à l'acte serait de 30 à 40% plus élevé en Ontario qu'au Québec.

Toujours selon ces mêmes sources, le coût pour une journée passée dans un hôpital au Canada est régi par une entente inter-provinciale (et territoriale) qui détermine un per diem selon les services offerts par chaque hôpitaux. Or les hôpitaux de la capitale nationale, parce qu'ils sont pourvus d'équipements sophistiqués, présentent des coûts parmi les plus élevés au pays!

Par exemple, le per diem de l'Hôpital des enfants de l'Est à Ottawa serait fixé à $1146 par jour. Ce montant inclut tous les services hospitaliers, dont la tarification des médecins, qui joue pour environ 20% du total. Toujours selon l'entente canadienne, ce per diem n'est que de $650 à l'Hôpital Sainte-Justine de Montréal!

À plusieurs occasions dans ce débat, il a été mentionné que le CRSB faisait affaire avec le Health Institute d'Ottawa. Il s'agit là d'un hôpital universitaire spécialisé en cardiologie, dépourvu de la plupart des services spécialisés que peut offrir un grand hôpital. D'ailleurs M. Ken MacRury a tenu à préciser à L'Aquilon que le Conseil se préparait à signer un contrat de service avec le Ottawa Health Services. Il s'agit là d'une corporation à but non-lucratif, lié au Health Institute, et qui a pour tâche d'acheter des "épisodes de soin" (périodes d'hospitalisation selon une intervention chirurgicale spécifique) aux autres hôpitaux de la région d'Ottawa pouvant offrir le service.

On pourrait comprendre que si après une intervention chirurgicale, on garde moins longtemps les patients à l'hôpital en Ontario qu'au Québec, au bout du compte le service pourrait s'avérer moins cher à Ottawa. En réalité, il n'en est rien. Des statistiques comparatives démontrent que dans les soins de courte ou de longue durée, les séjours à l'hôpital s'équivalent entre les deux provinces et que c'est même au Québec qu'on écourte le plus rapidement les soins hospitaliers.

Pas une question d'argent

La question du déménagement des services de santé ne relève plus d'une logique budgétaire. Ce n'est plus pour sauver de l'argent que MacRury et Patterson poussent pour aller à Ottawa. Le ministre Ng non plus. Il va estampiller la décision du CRSB si ça ne coûte pas plus cher, a-t-il déclaré. En attendant, on se déleste de 30 ans d'expertise de l'Université Mc Gill dans les soins de santé au Nord.

"La région d'Ottawa a organisé un très bon lobbying!" a déclaré MacRury à L'Aquilon. D'autres pourraient penser que le plan B du ROC (rest of Canada) a trouvé preneur au Nunavut!
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