Le chef national déné ira au Vatican en décembre

Ces pierres peintes, abandonnées sur la rive du lac Frame durant la journée nationale 
de la vérité et de la réconciliation, témoignent encore aujourd’hui de réalités qui ne pourront plus passer sous silence. (Crédit photo : Thomas Ethier)

Ces pierres peintes, abandonnées sur la rive du lac Frame durant la journée nationale de la vérité et de la réconciliation, témoignent encore aujourd’hui de réalités qui ne pourront plus passer sous silence. (Crédit photo : Thomas Ethier)

Les dirigeants autochtones, inuits et métis du Canada se rendront au Vatican du 17 au 20 décembre, sur invitation du pape François, pour y exiger des excuses officielles au nom des victimes des pensionnats indiens et de leurs familles.

Thomas Ethier – IJL – Territoires

Le chef national de la Nation Dénée, Norman Yakeleya, sera parmi les dirigeants autochtones, inuits et métis qui répondront à l’invitation du pape, en décembre. La délégation, qui s’attend à obtenir de premières excuses au nom de l’Église catholique romaine, profitera également de cette visite pour inviter le pape au Canada, pour qu’il y présente ses excuses officielles aux survivants et à leurs familles. Il y a près de vingt ans qu’un souverain pontife n’a pas mis les pieds au pays.

Les dirigeants autochtones qui prendront part à la mission en seraient actuellement à préparer le message qui sera livré au Vatican en décembre, et à recueillir les témoignages d’ainés et d’autres membres des collectivités, victimes des pensionnats et du traumatisme intergénérationnel qui en découle. Certaines victimes des pensionnats indiens pourraient faire partie de la délégation, dont la composition reste toujours à élaborer.

 

Visite au Canada exigée

M. Yakeleya a souligné qu’il y a maintenant six ans que l’Assemblée des Premières Nations réclame une visite du pape au pays. « Nous y travaillons depuis le dévoilement des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation. Nous avons été patients, estime-t-il. Il y a maintenant six longues années que nous demandons à l’Église catholique romaine de venir au Canada pour y présenter ses excuses. »

« Étant moi-même survivant des pensionnats, je n’ai jamais pensé que cette initiative irait aussi loin, a partagé le chef, qui se dit heureux de cette invitation, qu’il perçoit comme une étape importante dans le chemin de la réconciliation et de la guérison. Je n’aurais jamais cru que Sa Sainteté inviterait un jour les survivants des pensionnats indiens à Rome, pour nous écouter et pour entendre ce que nous exigeons de l’Église catholique. »

« Personnellement, j’aimerais dire au pape ce qui est arrivé à ma famille et à moi-même, lui exiger des excuses pour ma mère, ma grand-mère et mon grand-père, pour la façon dont ils nous ont traités, pour nous avoir blessés, nous qui étions des enfants de dieu, a-t-il partagé. Je veux l’entendre dire, au nom de l’Église catholique, qu’il est véritablement désolé, et qu’il veut marcher sur le chemin de la guérison avec nous, pour arranger les choses et aider les personnes autochtones à être respectées et reconnues pour qui nous sommes et d’où nous venons. »

La cheffe de l’Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Achibald, a pour sa part annoncé en aout, lors d’une conférence de presse, qu’elle n’ira pas rencontrer le pape au Vatican, et que les excuses devront être formulées au Canada. « Je sais que nous devons faire pression sur le pape pour qu’il vienne au Canada, a-t-elle déclaré, en soulignant que ce processus d’invitation était lancé. Nous l’avons dit publiquement, nous voulons le pape ici, au Canada. »

 

Évêques canadiens : des excuses « discutables »

La Conférence des évêques catholiques du Canada a présenté en septembre des excuses officielles aux victimes des pensionnats, et s’est engagée à verser 29 millions $ aux victimes au cours des cinq prochaines années. Le Chef Yakeleya qualifie aujourd’hui ces excuses de « discutables ». « Ils nous ont démontré que nous avons encore du travail à faire avec eux. Ils se justifient et rationalisent la situation, ils essaient d’échapper à toute l’importance du rôle qu’ils ont joué dans l’administration de ces pensionnats », affirme-t-il, évoquant les indemnisations de plusieurs millions qui resteraient encore à verser aux survivants.

L’Église catholique romaine s’est engagée une première fois, dans le cadre d’une entente conclue en 2005, à verser une somme de 29 millions $ pour aider les victimes des pensionnats. Or, selon des documents obtenus par CBC, dévoilés en juillet dernier, une importante partie de ce montant, soit environ 5 millions $, a été dépensée en frais administratifs et en frais d’avocat par l’Église catholique.

Aux yeux de Norman Yakeleya, les évêques canadiens s’affairent aujourd’hui à trouver des vides juridiques afin de se dégager de la responsabilité des gestes qu’ils ont commis. « Nous négocions avec le diocèse comme avec une corporation, une entreprise. Les survivants ne sont pas satisfaits, on ne peut pas laisser cette situation aller comme ça. Aujourd’hui, nous sommes sobres. Nous pouvons voir avec nos yeux, entendre avec nos oreilles, et quelque chose ne sent pas bon… »

« Nous devons aujourd’hui travailler avec eux, mais nous devrons également être honnêtes et dire la vérité : ils ne pourront pas s’en sortir aussi facilement, a lancé M. Yakeleya. Lorsque j’ai quitté le pensionnat d’Inuvik, quand j’ai fini l’école, et me suis remémoré les abus que j’y ai subis, une pensée me restait en tête : “ils s’en sont tirés”. Je ne dirai à personne ce qui m’est arrivé au pensionnat, mais de tout mon cœur, je me suis dit : “ils s’en sont tirés”. Aujourd’hui, c’est différent. Tout ce qui leur en reste, c’est la vérité. »


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