Le buzz sur les maringouins

Le moustique femelle pique pour la ponte. Une couvée peut compter plus de 200 œufs. (Crédit photo : Wikimedia Commons)

Le moustique femelle pique pour la ponte. Une couvée peut compter plus de 200 œufs. (Crédit photo : Wikimedia Commons)

Quand la nuée se lève sur le lac, le « zip » des fermetures éclair se mêle au bourdonnement des bestioles assoiffées de sang. Démon de nos étés au grand air, le moustique pique notre curiosité.

On ne s’ennuie jamais des moustiques, de leurs piqures qui démangent ou de leur bourdonnement dans nos oreilles. L’entomologiste Taz Stuart, consultant pour le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest depuis 2010, les connait par cœur. Chaque année, ce mordu dénombre, identifie et analyse chaque maringouin capturé dans des trappes à Yellowknife et à Fort Smith. On lui a demandé de nous livrer certains de leurs secrets.

 

Un froid bienvenu

D’abord, une bonne nouvelle : le printemps jusqu’à présent assez froid aux TNO risque de retarder l’arrivée des moustiques cet été. « C’est encore froid la nuit, alors leur nombre sera très bas pour encore quelques semaines », prédit Taz Stuart, qui habite à Winnipeg.

« L’arrivée des moustiques repose sur deux facteurs principaux : la chaleur et l’eau, poursuit-il. S’il fait chaud et qu’il y a beaucoup de plans d’eau, on peut s’attendre à voir des moustiques environ deux semaines après les chaleurs. »

Les moustiques qui nous tournent autour ces jours-ci sont ceux du printemps, en général moins nombreux que ceux de l’été et plus « dociles », dit-il. « Ceux de l’été sont plus voraces et il leur suffit de 5 à 7 jours pour passer du stade de l’œuf à celui d’adulte, en comparaison à 3 ou 4 semaines pour ceux du printemps. »

Pas plus nombreux ici qu’ailleurs

Il n’y a pas plus de moustiques aux Territoires du Nord-Ouest et ils n’ont pas moins de prédateurs qu’ailleurs, selon l’entomologiste.

Le nombre de moustiques dépend des conditions météo, insiste-t-il. « Si l’été est chaud et sec, le nombre de moustiques peut être très bas. Si l’été est chaud et pluvieux, la population peut rapidement augmenter. »

Il y a 39 espèces de moustiques aux Territoires du Nord-Ouest. « Chacune a ses hôtes spécifiques, dit-il. Certaines préfèrent les humains, d’autres les oiseaux, d’autres les reptiles. »

 

Ce qui les attire

Le gaz carbonique, la chaleur et les couleurs sombres attirent les moustiques, rappelle Taz Stuart. « À cause de leur vision, les moustiques cherchent des gros blocs foncés qui rejettent du CO2 et qui sont chauds. C’est ça qui les excite ! »

Ainsi, quelqu’un qui vient de courir risque d’attirer plus de moustiques à cause de sa respiration.

Cela dit, on ne plait pas à tous les moustiques. « Les femelles sont difficiles. Elles peuvent ne pas aimer votre odeur ou ce que vous gouterez et passeront au suivant. »

Une femelle n’a d’ailleurs pas besoin de vous piquer pour savoir si elle se délectera ou non. « Des organes sensoriels dans ses pieds lui permettent de détecter en se posant si vous ? ou un autre hôte ? êtes appétissant. »

Si vous l’êtes, c’est peu après qu’elle plongera sa longue trompe effilée, dite proboscis, pour percer votre épiderme et aspirer votre sang.

La meilleure façon de se protéger, selon Taz ? Porter des vêtements clairs et utiliser un chasse-moustique à base de DEET ou de Picardin. Et, non, ajoute-t-il, glisser une feuille d’assouplisseur sous son chapeau ou manger moins de bananes ne changera rien !

 

Femelles assoiffées, mâles sur le party

Une idée à se sortir de la tête : les moustiques femelles qui meurent après avoir piqué leur hôte une seule fois sont minoritaires. « Les femelles de la plupart des espèces ont plusieurs repas de sang et pondent après chaque repas », dit Taz Stuart. Des espèces piquent trois ou quatre fois, donne-t-il en exemple.

Et c’est une fois fécondée que la femelle part en quête de sang. Le sang est la source de protéines et de fer nécessaire à la formation des œufs.

« La vraie nourriture des moustiques est le nectar des plantes. Tant les mâles que les femelles s’en nourrissent. Le sang sert pour les œufs », dit-il.

Quelques jours après ce repas, parfois à nos dépens, une femelle pondra entre 100 et 250 œufs dans un milieu aquatique ou sur le sol humide. Après une petite pause, elle sera à nouveau fécondée et partira encore en quête de sang.

« En quelques semaines, une seule femelle peut avoir une descendance de milliers et de milliers de moustiques », dit l’entomologiste. En moyenne, la plupart vivent un mois.

Seules les femelles piquent. « Les mâles ne font pas grand-chose à part le party toute la journée, affirme l’entomologiste. Ils se rassemblent en essaims et attirent les femelles avec leur bourdonnement. »

 

Bzzzz…

Les ailes de certains moustiques battent 1000 fois par seconde et créent ce son agressant dont on se passerait. D’ailleurs, comme les femelles sont attirées par le gaz carbonique que l’on expire, c’est naturellement autour de notre tête ? et de nos oreilles ? qu’elles ont le plus de chances de d’abord tourner.

 

Pas juste l’humain qui en souffre

Une saison intense de moustiques peut être difficile pour les animaux. « C’est une situation très stressante pour la faune. Des animaux deviennent émaciés, car les moustiques s’en nourrissent constamment », dit Taz Stuart. Les ongulés, dont les caribous, sont un mets appétissant pour un grand nombre de moustiques ici, donne-t-il en exemple, car ils sont gros et toute la chaleur et le gaz carbonique qu’ils dégagent attirent ces vampires.

Mais la faune est vulnérable partout où la population de moustiques femelles explose à cause de la température et de la présence d’eau. C’est d’ailleurs survenu en Louisiane, à la fin aout 2020, après le passage de l’ouragan Laura : quelques centaines d’animaux d’élevage, dont des vaches, chevaux et chevreuils, sont morts victimes de l’appétit insatiable des moustiques.

 

Chiants, mais essentiels

Les moustiques font partie de la chaine alimentaire. Coléoptères, libellules, batraciens, poissons, araignées, poissons, chauvesouris ou oiseaux s’en nourrissent. « Ils sont essentiels, rappelle Taz Stuart, même s’ils nous rendent fous. »

D’ailleurs, l’usage à travers le monde d’un larvicide biologique, le Bti, pour tuer les larves de mouches noires et de moustiques fait l’objet de questionnements en raison de son impact sur les autres espèces qui s’en nourrissent.

 

Porteurs de maladies

Oubliez les requins ou les serpents, de tous les animaux, c’est le moustique qui tue le plus d’humains avec une hécatombe d’un million de victimes par année. Une femelle peut transmettre des pathogènes par sa trompe en piquant sa proie : paludisme, fièvre jaune, dengue ou virus du Nil occidental, entre autres.

Depuis 2010, Taz Stuart analyse les moustiques capturés dans les trappes aux TNO pour s’assurer qu’ils ne sont pas porteurs de parasites ou de virus pour l’homme.

« Il n’y a actuellement pas de problème ici. Mais avec les changements climatiques, ça pourrait changer dans le futur », note l’entomologiste.

 

Moustique ou maringouin ?

Au Canada, les moustiques sont appelés « maringouins ». Selon l’Office québécois de la langue française, c’est un « terme emprunté par les marins français au tupi-guarani, famille de langues amérindiennes autrefois parlées sur les côtes brésiliennes. Le mot s’est répandu à l’époque de l’expansion coloniale, ce qui explique qu’il soit également en usage dans les Antilles, à l’ile de la Réunion de même qu’en Louisiane. » 


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