Enfants et familles : Le Nunavut, parent pauvre du Canada

06 février 2020
Pour la Directrice de la Ligue pour le bien-être de l'enfance du Canada, Rachel Gouin, le fédéral doit adopter un modèle pour réaliste pour jauger la pauvreté. (Crédit photo : Rachel Leclerc)

Pour la Directrice de la Ligue pour le bien-être de l'enfance du Canada, Rachel Gouin, le fédéral doit adopter un modèle pour réaliste pour jauger la pauvreté. (Crédit photo : Rachel Leclerc)

C’est au Nunavut que le taux de pauvreté des familles et des enfants est le plus élevé au Canada alors qu’à l’opposé, il est au plus bas au Yukon, selon un rapport de Campagne 2000, qui dénonce du même souffle l’invalidité du modèle fédéral de mesure de la pauvreté.
Campagne 2000 est un réseau pancanadien d’organismes nationaux, provinciaux, territoriaux et communautaires. Son rapport 2020 : préparer le terrain pour un Canada sans pauvreté a été mis à jour le 24 janvier dernier.
Au Nunavut, 31,2 % des familles vivent sous le seuil de la pauvreté ; l’insécurité alimentaire touche sept enfants inuits sur 10, comparativement à la moyenne nationale d’un sur six.
Et pourtant, selon le rapport, en 2017, le pays comptait 145 730 moins d’enfants en situation de pauvreté qu’en 2015, année précédant l’introduction de l’allocation canadienne pour enfants.
Cette diminution de la pauvreté a varié selon les territoires. Au Yukon, l’endroit au Canada, où il y a le moins de familles (11,9 %) vivant sous le seuil de la pauvreté, ce nombre aurait diminué de 23,3 % alors qu’il diminuait de 14,2 % au Nunavut et restait pareil aux Territoires du Nord-Ouest.
« En gros, il y a une amélioration, explique Rachel Gouin, directrice de la Ligue pour le bienêtre de l’enfance du Canada, membre de la coalition Campagne 2000, mais chaque province a son histoire, et c’est aussi vrai pour les communautés. Il faut des solutions nationales, mais aussi des solutions locales. »
À l’échelle nationale, l’allocation familiale a joué un grand rôle dans la réduction de la pauvreté, assure Mme Gouin, mais selon elle, il y a encore beaucoup de personnes qui n’y accèdent pas.
Combler cette lacune fait d’ailleurs partie des recommandations de Campagne 2000 pour le Nord et pour les communautés autochtones. « Il faut éliminer la barrière à l’allocation familiale et augmenter celle-ci, affirme Mme Gouin, qui est aussi porte-parole pour Campagne 2000. Le gouvernement fédéral s’est engagé à augmenter de 15 % l’allocation pour les enfants de moins d’un an, mais ça doit être pour tous les enfants. »
La porte-parole souligne en outre qu’il faut remédier à la discrimination des communautés autochtones et mettre fin aux inégalités dans les services sociaux, le logement et l’accès à de la nourriture à prix abordable.

Un outil inefficace ?
Le gouvernement canadien utilise la Mesure du panier de consommation (MPC) comme outil de mesure du seuil de pauvreté. Ce panier inclut le cout d’une qualité et d’une quantité déterminées d’aliments, de vêtements, de modes de transport et de logement ainsi que d’autres dépenses pour une famille de deux adultes et de deux enfants.
Campagne 2000 déplore l’imprécision de la MPC et l’absence de seuils de pauvretés spécifiques aux territoires et aux réserves autochtones, alors qu’il en offre pour 50 régions canadiennes.
Le MPC fait abstraction d’éléments comme le cout des médicaments prescrits et les frais de garde et, selon Campagne 2000, sous-estime le cout du logement.
Campagne 2000 utilise la Mesure de faible revenu (MFR) qui, prétend Mme Gouin « donne une meilleure idée de qui est dans le besoin et qui vit les impacts de la pauvreté sur la santé, la réussite scolaire, etc ».
Selon la MPC, 9 % des enfants au Canada vivent sous le seuil de la pauvreté alors qu’avec la MFR, ce chiffre s’élève à 18,6 %.
La MPC contribue à la pauvreté des familles et des enfants, analyse Mme Gouin.
« On ne cherche pas de solution pour réduire le problème si on pense qu’on a atteint ses objectifs, explique-t-elle. L’importance de bien mesurer le problème pour pouvoir le régler est un point clé du rapport. Il ne faut pas améliorer le modèle, mais le changer. Nous voulons la Mesure de faible revenu. […] La demande a été faite au fédéral. »
Pour l’instant, celui-ci œuvre plutôt à mettre à jour sa méthodologie de la MPC. Il est en contact avec les coordonnateurs statistiques des territoires afin d’établir éventuellement des seuils qui soient valides par-delà leur capitale respective.
En 1989, tous les partis politiques fédéraux avaient voté en faveur d’éliminer la pauvreté infantile avant l’an 2000.


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