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L’importance du Mois de l’histoire des Noirs : Le Mois de l’histoire des Noirs, une célébration de tous les jours

Angélique Ruzindana Umunyana (Courtoisie ARU)

Angélique Ruzindana Umunyana (Courtoisie ARU)

Souligné à travers le Canada à chaque février, le Mois de l’histoire des Noirs honore l’héritage des Canadiens noirs et de leurs communautés.

Sous la thématique « En février et en tout temps : Célébrons l’histoire des communautés noires aujourd’hui et tous les jours », plusieurs évènements et activités ont été organisés partout au Canada.

C’est cette célébration du quotidien que défend Angélique Ruzindana Umunyana, résidente francophone de Yellowknife et notamment présidente du conseil d’administration du Collège nordique francophone.

Pour parler du sujet et pour faire un suivi de la situation à Yellowknife et ailleurs aux Territoires du Nord-Ouest, Mme Ruzindana Umunyana a accordé une entrevue à Médias ténois.

 

Médias ténois : On a pu vous lire à plusieurs reprises dans les pages de L’Aquilon ou vous entendre sur les ondes de Radio Taïga. Avant de rentrer dans les détails des différents aspects et de parler de l’évolution de la situation, qu’est ce que le Mois de l’histoire des Noirs représente pour vous ?

Angélique Ruzindana Umunyana : Ce que le Mois représente pour moi a évolué au fil des années. Quand j’ai commencé à m’y intéresser, c’était peut-être en 2015-2016. À l’époque, c’était vraiment de voir l’histoire du Canada et du monde pour voir l’apport des Noirs dans cette aventure humaine. C’est sûr qu’à l’époque on regardait surtout les grandes figures, des êtres exceptionnels qui ont vraiment marqué l’histoire et l’humanité en général. Au fil du temps, je m’en suis rendu compte, et je pense que beaucoup de gens s’en sont rendu compte aussi, que ce n’est pas tellement ça qui est intéressant. Il ne faut pas être des êtres exceptionnels, des surhommes comme Lebron James ou Nelson Mandela, pour qu’on parle de vous. Juste d’être une personne qui vit dans la société en général, on veut être vu, on veut être entendu. Donc le Mois de l’histoire des Noirs serait plutôt de [prendre le temps] de se poser, de voir où on est rendue en tant que société et en tant que Noirs : Comment vit-on ? Est-ce qu’on est bien ? Est-ce qu’on interagit bien avec nos voisins, nos camarades, nos collègues de travail, et même des fois avec nos familles aussi, nos enfants ?

Parce qu’en tant qu’immigrant, on a aussi ce souci de voir la première génération d’immigrants noirs dans le Nord et comment nos enfants (le vivent) aussi, puisqu’on n’a pas tous la même vision. Je pense donc que c’est un bon temps pour réfléchir, au-delà des grandes célébrations ou des figures exceptionnelles, à comment ça va dans notre quotidien… Est-ce qu’on avance ? Est-ce qu’on recule ? Est-ce qu’on peut faire mieux ?

 

MT : À pareille date l’an passé, vous accordiez une entrevue à L’Aquilon avec votre conjoint, Jean de Dieu Tuyishime, et vous disiez qu’être membre d’une minorité visible aux Territoires du Nord-Ouest était un obstacle systémique. Vous aviez expliqué à notre journaliste que vous disiez souvent à vos enfants que ce ne serait pas facile, mais qu’il faut donner son meilleur. Est-ce que le constat est différent en 2022 et donneriez-vous un autre conseil ?

ARU : Ce n’est pas un combat comme tel, c’est surtout une prise de conscience, parce que, des fois, on a tendance à se dire « ici, c’est bien, on n’a pas les mêmes problèmes » et tout à coup quelque chose arrive et tu te dis « oh, d’accord, ce n’est pas tout à fait ça encore ». Des fois, tu entends des choses que tu ne vis pas directement, mais que d’autres personnes vivent dans d’autres circonstances et donc là tu te dis, « ce n’est pas parce que je ne le vis pas que ça n’existe pas ». Il faut aussi valider avec les autres personnes pour vérifier si ce que j’ai vécu, c’est du racisme, est-ce que ça aurait pu arriver à quelqu’un d’autre ? Est-ce que c’est de ma faute ? Parce que, des fois, on peut vite sauter aux conclusions, alors que ce n’est pas vraiment ça. Donc je leur dis de valider avec d’autres personnes, d’aller m’en parler pour voir si c’est vraiment ça qui est arrivé.

Que ce soit un obstacle systémique, parfois oui, parfois non. Je pense que ça dépend des milieux et de ce que les gens vivent au quotidien. Je pense que ça reste quelque chose qu’on peut [améliorer] en s’organisant mieux, en ayant une organisation comme BACupNorth. De réellement avoir des actions concertées et d’aussi aller voir si les gouvernements ou des organisations comme les syndicats, ont déjà quelque chose en place qui nous permettrait de travailler avec eux, parce qu’ils reçoivent des plaintes liées au racisme, que ce soit dans l’emploi ou dans certains services, comme la santé.

 

MT : Il faut donc comprendre que la réalité est propre à chaque personne ?

ARU : Tout à fait, exactement. De là dire que c’est systémique, je pense m’être laissé un peu (emportée), peut-être que j’avais entendu quelque chose qui m’avait particulièrement frappée, mais je me dis qu’il faut aussi toujours faire attention à ne pas généraliser ou à dire que quelque chose est systémique. Je me fais justement une note à moi-même ! Les mots ont une grande importance, mais il y a toujours du travail à faire, c’est certain.

 

MT : Vous avez fait un bout de chemin, entre le Rwanda et Yellowknife, en passant par Trois-Rivières, Sherbrooke et l’Alberta. Vous avez évolué dans différents environnements et diverses communautés. Les obstacles que vous avez mentionnés sont-ils plus importants aux TNO ou, au contraire, Yellowknife est-elle plus inclusive ?

ARU : De mon expérience personnelle, je pense que Yellowknife est plus inclusive que les autres milieux. Peut-être parce que tout le monde vient un peu d’ailleurs, à part, bien sûr, les peuples autochtones. Le fait qu’on vient tous d’ailleurs, qu’on est tous immigrants dans le vrai sens du terme, qu’on essaie tous de s’intégrer avec ses forces et ses faiblesses, je pense que ça fait un environnement beaucoup plus inclusif.

 

MT : Parlant d’inclusion, l’an dernier vous définissiez votre vision d’une société inclusive comme étant « un monde où on ne voit pas la couleur de peau, la race ou la langue et qu’au travail et dans la vie courante, les enfants puissent dire qu’ils viennent de Yellowknife sans susciter l’incrédulité ». Où sommes-nous rendus dans ce processus ?

ARU : De ne pas voir la race, parfois ce n’est pas ça. Il faut voir que les gens sont différents, tu ne peux pas dire « je ne le vois pas, alors tout va bien ». Il faut voir que la personne est différente et être attiré [à lui parler] même si elle est différente. C’est une autre réflexion que beaucoup sont en train de faire. Il est important de ne pas [prôner] la théorie selon laquelle en voyant la race, on est raciste. Non, c’est de voir qu’une personne est différente et de lui tendre la main quand même.

C’est toujours une remise en question, quand on voit ce qui s’est passé sur la colline Parlementaire à Ottawa, on se dit que c’est une minorité et que l’extrême droite n’est pas un souci pour nous. Tout de même, la gangrène ou le cancer Trumpiste est en train de se métastaser un peu partout et ça inquiète. Ce que j’aime, c’est que ce n’est pas une minorité qui s’inquiète, c’est tout le monde qui se dit « on n’est pas immunisé ». On fait ce qu’on peut chaque jour pour avoir cette vision de la diversité, de l’inclusion et de l’équité, on essaie de faire des actions dans nos engagements communautaires.

 

MT : De dire ne pas voir la race ou la couleur de peau, est-ce que selon vous c’est vivre dans le déni ?

ARU : Oui et en plus, ce n’est pas seulement le déni, mais aussi le danger de ne pas voir que cette personne arrive peut-être avec des soucis. Donc de ne pas reconnaitre que cette personne n’a peut-être pas les mêmes chances. Il faut se dire, « d’accord, cette personne est noire, est-ce qu’il y a des barrières qu’elle va vivre, que, moi, je ne verrais pas ? ». Même moi qui suis noire, il faut que j’en sois consciente.

 

MT : En 2019, dans une chronique publiée dans L’Aquilon, vous abordiez le sujet des minorités visibles dans la fonction publique fédérale et du mythe comme quoi il est facile pour un membre d’une minorité visible d’y obtenir un poste. Pourquoi est-ce un mythe et avez-vous constaté une évolution de cette croyance ?

ARU : Les gens pensaient qu’on nous réservait des postes parce qu’on est Noirs et qu’on n’était pas nécessairement compétent pour ce poste, les gens ne comprenaient pas l’équité. Si déjà tu arrives et que tu n’as pas les mêmes chances qu’une autre personne qui applique au même poste que toi, à un moment donné il faut qu’il y ait des quotas. Il y avait aussi des systèmes pour évaluer nos compétences qui n’étaient pas nécessairement en phase avec nos cultures.

Par exemple, quand je me présente à une entrevue, la façon dont j’ai été élevée, c’est de mettre de l’avant l’humilité, alors qu’ici il faut se vendre. Alors des fois tu arrives [à l’entrevue] et tu n’arrives pas à dire « j’ai fait ci, j’ai fait ça », parce que tu mets l’accent sur l’équipe, vu que c’est la façon dont tu as été élevé. Ce sont des exemples comme celui-ci qui fait qu’on ne se qualifie pas pour des postes alors qu’on a toutes les compétences. Il faut aussi se dire que des fois, dans le privé, c’est beaucoup plus difficile pour nous, parce que dans le privé ce sont les contacts et les pistons. Au moins dans la fonction publique on peut compétitionner. Ça avance, oui, mais il y a encore du chemin à faire.

Aussi, les minorités visibles, c’est grand. Le fait que quelqu’un venant du sud de l’Asie et que moi soyons dans le même groupe d’équité, ça ne veut pas dire qu’on a les mêmes barrières. Donc, il faudrait peut-être aussi faire des mesures d’équité plus ciblées pour que ce soit plus représentatif. Parce que si on peut dire qu’on a atteint 12 % de minorités visibles dans la fonction publique, mais que 11,5 % viennent d’Asie du Sud, on n’a pas réglé ici les problèmes pour la communauté noire.

Je dis toujours qu’il vaut mieux trouver des solutions imparfaites aux problèmes qui existent que des solutions parfaites à des problèmes qui n’existent pas. Il n’y a rien qui va résoudre tous les problèmes, mais il faut essayer des choses qui font qu’on avance.


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