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Langues officielles : la commissaire partage son expérience de la fonction publique

24 février 2022
(Courtoisie CLTNO)

(Courtoisie CLTNO)

Comment servir les résidents qui s’expriment dans l’une des neuf langues autochtones officielles des TNO ? En plus de trente ans de carrière au GTNO, la commissaire aux langues dit ne jamais avoir eu la réponse.

Thomas Ethier – IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

Les institutions gouvernementales des TNO ne prendraient pas les dispositions requises pour faire respecter les droits des locuteurs de langues autochtones. La commissaire aux langues du territoire, Brenda Gauthier, qui cumule plus de 30 ans de carrière au gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, a offert ce témoignage le 16 février, dans le cadre de la révision de la Loi sur les langues officielles des TNO.

« En discutant entre nous, nous nous demandions souvent pourquoi nous n’entendions pas d’employés du GTNO parler les langues autochtones au bureau, ou pourquoi les employés et les ministres n’avaient pas recours à des interprètes au moment de visiter les collectivités, a notamment rapporté la commissaire, en comparution devant le comité parlementaire chargé de réviser la Loi. »

Mme Gauthier a indiqué avoir occupé plusieurs postes au sein du GTNO. « Je ne connaissais pas la Loi sur les langues officielles, comme c’était le cas, je crois, pour tous les autres employés », a-t-elle souligné au comité chargé de réviser la Loi. Nous nous sommes souvent demandé ce que nous devions faire lorsque quelqu’un s’adressait à nous dans une autre langue que l’anglais. Nous ne savions pas à qui rapporter ces préoccupations. »

 

Des concepts clés mal définis

« Le plus gros problème avec la Loi, résume Mme Gauthier, c’est qu’elle s’applique aux institutions gouvernementales, mais que les employés de ces institutions ne sont pas au courant des services qu’ils sont censés offrir, ni de la manière d’obtenir des directives quant à ces services. »

Mme Gauthier déplore notamment que le concept de « forte demande », censé permettre de déterminer si des services doivent ou non être offerts dans la langue autochtone parlée dans une région, ne soit que vaguement défini. « Je sais que c’est un énorme problème lorsque j’essaie d’informer les membres du public de leurs droits linguistiques. Je ne peux définir le concept de forte demande », affirme-t-elle.

« Une personne n’a qu’à rouler une heure, de Behchoko` à Yellowknife, pour perdre son droit d’être servie en tli?cho, illustre-t-elle. Dans les politiques, règlements et lignes directrices, il n’y a pas de définition du concept de forte demande. Ceci laisse place à l’interprétation du directeur ou de quiconque est responsable de l’agence gouvernementale en question. »

Il en irait de même pour le concept d’offre active, qui serait mal compris des employés du gouvernement censé l’appliquer. Selon la commissaire, la seule définition de l’offre active aux TNO provient du Secrétariat aux affaires francophones. « C’est une chose dont on n’entend parler nulle part ailleurs dans les institutions gouvernementales », déplore-t-elle.

Selon ce qu’on peut lire dans les Normes du GTNO sur les communications et les services en français, l’offre active se veut « une manière d’accueillir les membres du public et de leur signifier qu’ils peuvent demander une information ou un service du GTNO en anglais ou en français. L’offre active peut prendre la forme d’une affichette, d’une salutation ou d’un message enregistré ».

 

Des langues invisibles

Les lacunes en matière d’offre active ont été dénoncées par le passé, entre autres par la précédente commissaire aux langues, Shannon Gullberg, et par des députés. Le 26 janvier, dans le cadre d’audiences publiques, deux enseignants de Fort Smith ont déploré devant le comité que les langues crie ou dënësulinë´ – reconnues comme officielles aux TNO – sont presque invisibles dans les bureaux gouvernementaux de la région.

« Il est frustrant, comme mère et comme enseignante, d’insister sur l’enseignement des langues autochtones alors que les jeunes ne les voient et ne les entendent nulle part. Les étudiants me disent “Pourquoi j’apprends cela ? Personne ne le parle.” », a rapporté l’enseignante Jessica Balls.

La commissaire a également pointé des lacunes touchant certains employés du gouvernement. Selon elle, aucun mécanisme ne serait en place pour s’assurer que ceux et celles qui peuvent s’exprimer dans l’une des neuf langues autochtones officielles touchent une prime, tel que la loi l’exige. En revanche, selon Mme Gauthier, le Secrétariat aux affaires francophones des TNO s’assurerait que les employés qui parlent français obtiennent cet avantage.

Mme Gauthier recommande notamment de revoir la portée des pouvoirs qui lui sont alloués. Elle a souligné qu’aucune sanction n’est prévue pour les manquements relatifs à la Loi au sein des ministères et organismes gouvernementaux. « Après avoir reçu une plainte, la seule option qui s’offre à la commissaire est de mener une enquête, ou non. Elle ne dispose d’aucune option pour la résolution de conflits ou la médiation », indique-t-elle.

La commissaire aux langues des TNO a souligné être consciente que ses commentaires concernent essentiellement les langues autochtones. « Je ne veux pas diminuer l’importance du français, a-t-elle précisé, mais nous vivons à une époque où beaucoup d’espoirs sont fondés vers les langues autochtones, à travers le monde et au Canada, explique-t-elle. J’espère que les changements qui seront apportés à la Loi pour renforcer la reconnaissance des langues officielles auront également un effet d’entrainement sur la langue française. »


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