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Lacunes préoccupantes aux TNO dans les services de lutte aux dépendances

Les résidentes et résidents autochtones sont près de six fois plus susceptibles que leurs pairs non autochtones d’être hospitalisés en raison de l’usage de substances psychoactives, selon des données de 2017 et de 2018 du ministère de la Santé et des Services sociaux. (Crédit photo : Thomas Ethier)

Les résidentes et résidents autochtones sont près de six fois plus susceptibles que leurs pairs non autochtones d’être hospitalisés en raison de l’usage de substances psychoactives, selon des données de 2017 et de 2018 du ministère de la Santé et des Services sociaux. (Crédit photo : Thomas Ethier)

Client vulnérable mal aiguillé vers les services, suivi après traitement parfois inexistant, services non adaptés à la clientèle autochtone. Un nouveau rapport dresse le portrait d’une décennie peu reluisante sur le plan des services de lutte aux dépendances des TNO.

Thomas Ethier
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

Le GTNO et les administrations des services de santé et des services sociaux n’ont pas pris suffisamment de mesures pour offrir des services de lutte contre les dépendances accessibles, coordonnés et sécuritaires sur le plan culturel aux TNO. C’est ce que conclut le bureau de la vérificatrice générale du Canada dans un rapport présenté le 31 mai.

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Julie Green, a accueilli le rapport comme une leçon pour le système dans son ensemble. « Je veux assurer aux résidents que cette occasion ne sera pas perdue, a-t-elle déclaré en chambre. Le ministère et les administrations des services de santé et des services sociaux vont agir en fonction de ces recommandations pour apporter des améliorations concrètes et durables. »

 

Des engagements clairs, peu de résultats

Dans le rapport, le bureau fait état de « lacunes préoccupantes », et ce, « tant pour ce qui est d’assurer à l’ensemble de la population un accès équitable aux services que pour veiller à ce que les services de prévention et de traitement des dépendances […] soient sécuritaires sur le plan culturel de la clientèle autochtone, et à ce que les services de suivi après traitement appuient suffisamment les objectifs de la clientèle en matière de rétablissement ».

Comme souligné, de nombreux engagements ont pourtant été pris par les différents gouvernements au cours des dix dernières années pour améliorer les services de lutte contre les dépendances. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a notamment élaboré un cadre pour la période de 2016 à 2021 visant à renforcer le système de service en santé mentale et de lutte contre les dépendances.

Au chapitre de la sécurité sur le plan culturel assurée aux clients autochtones, le bureau déplore entre autres qu’aucune autorité n’ait « réfléchi à la façon de reconnaitre les systèmes autochtones traditionnels d’expérience et d’expertise au moment de recruter du personnel associé aux services de lutte contre les dépendances ».

Le rapport souligne toutefois une série de mesures adoptées dernièrement pour favoriser la sécurisation culturelle, incluant la création par le ministère de la division sur la communauté, la culture et l’innovation. On note également la création de postes à l’appui de la sécurisation culturelle des services, ou encore les formations culturelles obligatoires pour les employés du GTNO.

 

Un constat « particulièrement troublant »

Le système de suivi après traitement est critiqué à grand trait dans le document. Dans le cadre de son enquête, le bureau de la vérificatrice générale souligne avoir examiné les dossiers d’un échantillon aléatoire de 32 personnes ayant participé à un programme de 2018 à 2021, toutes référées par l’entremise du programme de counseling communautaire.

« Des plans de suivi après traitement avaient été créés pour seulement 2 des 32 clientes et clients dont nous avons examiné les dossiers, déplore-t-on. Cela était particulièrement troublant, surtout parce qu’il était indiqué que de tels plans avaient été créés dans l’ensemble des 32 demandes. »

Selon ce que les fonctionnaires auraient rapporté, la planification du suivi après traitement est faite de manière informelle, et est documentée par des notes de cas du dossier. Sur le même échantillon de 32 clients, 19 ont fait l’objet d’une tentative de communication après traitement.

 

Peu d’indicateurs de rendement

En outre, le rapport pointe des lacunes quant à l’évaluation de l’efficacité de ses services. « Nous avons constaté que le MSSS et les administrations des services de santé et des services sociaux ignoraient si leurs services de lutte contre les dépendances parvenaient à aider […] à obtenir les résultats souhaités. Ils n’ont pas suffisamment mesuré les résultats pour la clientèle ou utilisé les données pour analyser les tendances. », souligne-t-on dans le rapport.

« Cette constatation est importante parce que sans mesurer le rendement des services de lutte contre les dépendances, le ministère et les administrations de santé ne peuvent savoir si le système aide les clientes et clients à atteindre leurs objectifs ou déterminer quels secteurs nécessitent des changements aux fins d’amélioration des services offerts à la population », poursuit-on.

 

Des constats corroborés en chambre

Dans une déclaration faite à l’Assemblée législative, la ministre Julie Green a réitéré, comme indiqué dans le document, avoir accepté l’ensemble des recommandations du rapport « J’accueille le rapport de la vérificatrice générale comme une confirmation des préoccupations des résidents, et comme un guide qui nous permettra de mieux aider les résidents à traverser leurs démarches de guérison », a ajouté la ministre.

Celle-ci a évoqué des témoignages qu’elle a elle-même recueillis à titre de simple députée dans le cadre de la précédente Assemblée législative. Celle qui est maintenant ministre avait alors visité des centres de traitement de la toxicomanie d’Alberta et de Colombie-Britannique où doivent voyager les bénéficiaires du territoire pour obtenir des traitements. « Dans certains cas, ils étaient réticents à retourner dans leur collectivité, puisqu’ils craignaient n’avoir nulle part où habiter et ne pas être en mesure d’obtenir les services après soins auxquels ils ont accès dans le Sud », a-t-elle partagé.

La députée de Yellowknife centre, Katrina Nokleby, s’est dit pour sa part particulièrement préoccupée du manque de données sur les dépendances aux TNO. « Tant le MSSS que les administrations de soins de santé ont échoué à amasser ou à analyser les données ciblées, des données qui pourraient avoir permis d’identifier des tendances et fournir de l’information pour appuyer des actions et améliorer les résultats. »

Le député de Tu Nedhé-Wiilideh, Richard Edjericon, a lié les constats émis dans le rapport aux manquements qu’il dit observer dans sa circonscription en matière de services en santé mentale. « Qui est responsable de la sécurité d’un individu qui est une manche pour lui-même été les autres ? Certainement pas une famille en détresse qui doit contacter les professionnels de la santé et la police pour de l’aide. Nous pouvons faire mieux. »


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