La viande de labo et Elon Musk

« La viande cultivée en laboratoire pourrait devenir une réalité au Canada d’ici 2025 », écrit Sylvain Charlebois, directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie. (Crédit photo : CDC–Unsplash)

« La viande cultivée en laboratoire pourrait devenir une réalité au Canada d’ici 2025 », écrit Sylvain Charlebois, directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie. (Crédit photo : CDC–Unsplash)

La viande cultivée en laboratoire pourrait devenir une réalité au Canada d’ici 2025. Pour y arriver, la route s’annonce difficile. Pour que la viande cultivée en laboratoire connaisse le succès, l’industrie devra tirer des leçons de ce qui se passe présentement avec la voiture électrique.

Sylvain Charlebois

Leonardo DiCaprio se sert de son pouvoir de méga vedette pour investir dans deux jeunes entreprises américaines fabriquant de la viande de culture en laboratoire à base de cellules animales. Ce même DiCaprio avait investi dans une entreprise de protéines végétales avant même que le phénomène végétal ne prenne du galon. Cette compagnie n’était nulle autre que Beyond Meat, une entreprise valant maintenant plus de 8 milliards de dollars.

L’idée de voir l’humanité profiter des protéines animales sans élever du bétail intrigue grandement. Dans quelques années, nous pourrions potentiellement faire pousser de la viande dans les laboratoires, et même dans nos propres cuisines à l’aide de petits bioréacteurs en acier inoxydable.

Les prévisions suggèrent également que le cout de la production baissera considérablement au cours des neuf prochaines années, passant de plus de 10 000 $ la livre à environ 2,50 $ la livre, une réduction stupéfiante de 4 000 fois.

Selon certaines estimations, les bovins consomment environ 25 calories de matière végétale pour chaque calorie de protéine comestible qu’ils produisent pour le marché. Pour les poulets, le rapport plante/viande est plus efficace, car ils mangent neuf à dix calories de nourriture pour chaque calorie de protéine comestible produite. 

La viande cultivée en laboratoire offrirait un rapport de 4 pour 1, soit plus de la moitié des besoins des poulets. Les comparaisons deviennent même très difficiles à faire. Et puisque le monde occidental monnaye de plus en plus le carbone et pénalise la pollution, y compris le Canada, la production plus durable de protéines animales sera encouragée par notre nouvelle économie de distribution et de production.

De plus, il ne sera pas facile de vendre l’idée auprès du public que la viande de laboratoire a un avenir. Plus important encore, l’occupation du territoire deviendra un enjeu très important. Avec moins d’animaux à nourrir, il faut se demander à quoi serviront nos terres agricoles en région.

Plus de viande cultivée dans notre alimentation peut signifier moins de fermes, moins d’agriculteurs, ce qui compromettra certes la prospérité de notre économie rurale. Ce sera certainement un lourd défi à affronter au Canada, l’un des plus grands pays sur la planète.

L’étiquetage constituera un autre problème. Le cout de production de la viande cultivée en laboratoire finira par être inférieur à celui des produits traditionnels. Cela pourrait rendre les protéines animales plus abordables, si elles portent un étiquetage qui donne le choix aux consommateurs.

Mais comme on le voit avec le saumon génétiquement modifié au Canada, qui coute près de 60 % moins cher à produire, les consommateurs n’ont aucune chance de voir les prix baisser en raison de ces nouvelles technologies. La viande cultivée en laboratoire a le potentiel de changer notre relation avec les protéines animales. Mais comme pour de nombreuses autres technologies perturbatrices et révolutionnaires qui peuvent servir mieux notre planète, le changement s’annonce ardu.

Elon Musk a compris il y a longtemps que pour donner à la voiture électrique sa juste place, il fallait à la fois écarter les puissants cartels des concessionnaires automobiles, l’influence de l’industrie pétrolière et l’incroyable poids économique des constructeurs automobiles. Il devait développer un argumentaire de taille pour la voiture électronique auprès du consommateur, et c’est ce qu’il a fait.

Musk est devenu le communicateur et le rêveur dont la voiture électrique avait besoin et a ainsi construit tout un écosystème pour prendre en charge une nouvelle technologie et la rendre plus accessible. Il y a quinze ans, plusieurs considéraient Elon Musk comme un individu farfelu aux idées loufoques. Sa compagnie Tesla vaut aujourd’hui plus de 700 milliards de dollars ; une histoire simplement incroyable.

Si nous voulons donner une chance aux aliments cultivés en laboratoire de se vendre sur le marché, l’industrie aura besoin de son propre Elon Musk. Peut-être que cette personne sera Leonardo DiCaprio.

Sylvain Charlebois est professeur titulaire et directeur principal – Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie


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