Les trésors de la ruralité au Canada : La cueillette à la table des chefs

  La Récolte de chez nous, une coopérative du Nouveau-Brunswick, regroupe 25 producteurs et cueilleurs. (Courtoisie La Récolte de chez nous)

La Récolte de chez nous, une coopérative du Nouveau-Brunswick, regroupe 25 producteurs et cueilleurs. (Courtoisie La Récolte de chez nous)

Les petits fruits voient grand!

Même si ce n’est pas toujours facile de se tailler une place au supermarché, l’amélanche, le sureau, la camerise,
l’argousier ou la saskatoon sont aussi des agents de développement communautaire.
 

Bien souvent ignorée par les gouvernements, la cueillette ou la production de petits fruits ou de baies est au cœur du savoir-faire, de l’économie et de l’appartenance à certaines communautés francophones comme c’est le cas à Terre-Neuve-et-Labrador, en Acadie ou en Saskatchewan. Une effervescence que les restaurateurs passionnés de saveurs n’hésitent pas à mettre à leur menu, au point où on les retrouve au menu des grandes tablées, mais aussi au cœur du développement de certaines communautés rurales.

Des talles de petits fruits
Ils habitent à Prince Albert, en Saskatchewan. Elle, Josée Bourgoin, Acadienne d’origine, est députée à l’Assemblée communautaire fransaskoise. Lui, Michel Dubé, a été décoré de l’Ordre des francophones d’Amérique remis par le Conseil supérieur de la langue française du Québec en 2017. Tous deux ont à cœur le développement communautaire et la valorisation des produits du terroir depuis plusieurs années. Selon Michel Dubé, les Fransaskois semblent plus sensibles aux produits du terroir depuis une vingtaine d’années.


Outre les classiques framboises, fraises ou canneberges, la camerise et l’amélanche, l’une qui rappelle le bleuet et l’autre qu’on appelle la saskatoon, sont souvent mis en gelée et en confiture dans les plaines de l’Ouest. « C’est aussi recherché dans plusieurs restaurants à Saskatoon et Regina », précise Michel Dubé.


La production n’est toutefois pas suffisante pour gouter ces petits fruits toute l’année. Josée Bourgoin explique que la saison étant courte, les consommateurs n’ont pas le temps de prendre l’habitude d’en manger pendant 12 mois. « Tout est à recommencer chaque année », se désole un peu l’entrepreneure. De plus, le dépeuplement rural a eu une incidence sur la disponibilité de ces petits fruits sur le marché. Moins de producteurs, moins de cueilleurs, résultat : les petits fruits restent parfois dans leur talle.


Comme il n’y a pas d’aide de la part du gouvernement pour les produits du terroir, ça complique encore un peu plus la situation. Leur espoir ? Peut-être le Fonds de développement rural du terroir francophone. Ce fonds, issu de la Fondation fransaskoise, est là pour encourager fermiers, producteurs et transformateurs francophones à générer de la valeur ajoutée à partir d’un produit agroalimentaire issu de leur région ou de leur ferme. Il sert aussi à stimuler les études postsecondaires en français dans le domaine agroalimentaire.

Plantes sauvages au menu
Avec plus de 200 sortes de petits fruits sauvages à travers le Canada, pas surprenant que la cuisine boréale connaisse un certain succès. Que ce soit le sureau, l’amélanche, le bleuet, la groseille ou la framboise, les petits fruits se retrouvent aussi dans plusieurs restaurants et sont également une façon de découvrir ou de renouer avec la cuisine autochtone.


Le chef Martin Gagné du restaurant La Traite à Wendake aime utiliser une variété de petites baies comme le sureau pour y concocter un pouding de fruits sauvages. Pâte de fruits en gelée, pimbina, gelée de sapin voire aussi des quenouilles viennent aussi apporter leur touche particulière aux plats de ce chef aux racines algonquines.


On pourra retrouver en Colombie-Britannique et en Ontario, sous forme notamment de confiture, des amélanches, chicoutais ou prunes sauvages en provenance du Québec. Spécialisée dans la cueillette exclusive de fruits sauvages depuis 26 ans, la compagnie québécoise Gourmet sauvage propose une centaine de produits – des champignons séchés aux marinades en passant par les compotes ou des sirops en bouteille –, tant aux consommateurs qu’aux restaurateurs. De l’aveu même de la vice-présidente, Ariane Paré-Le Gal, « il y a une forte demande pour le fruit nordique. »

À l’est, les petits fruits !
« Dire que je suis spécialiste est un peu exagéré, mais chose certaine, je me suis acheté un congélateur parce que mon frigo débordait à cause des récoltes de petits fruits ! » Celle qui parle ainsi, c’est Jacinthe Tremblay, rédactrice en chef du Gaboteur, le journal francophone de Terre-Neuve et Labrador.


Et quand on parle de petits fruits sauvages, on parle beaucoup de bleuets, mais la plus jeune des provinces canadiennes compte neuf différentes sortes de baies. Selon la journaliste, on en récolte partout, même à Saint-Jean, dans la capitale.
Il y a des plaquebières ou chicoutais ainsi que la fraise des champs, les canneberges et la lingonne. « Il faut savoir qu’il y a peu d’agriculture à Terre-Neuve-Labrador, explique Jacinthe Tremblay. Le choc des continents a fait en sorte que le sol cultivable est tombé dans l’océan ! » Ce fut propice pour les petits fruits sauvages.

Du communautaire à l’international
Au-delà des saveurs, des recettes, de la créativité culinaire engendrée par les petits fruits, la cueillette de ceux-ci peut être synonyme d’entraide communautaire. La récolte de chez nous est une coopérative du sud-est du Nouveau-Brunswick. Elle compte 25 membres, majoritairement francophones, dont une dizaine d’entreprises, dont Les petits fruits de Pré-d’en-Haut et Les jardins de la prairie, qui mettent de l’avant les petits fruits. Le directeur général de la coopérative, Maxime Gauvin, cofondateur et président également de Slow Food Cocagne Acadie, raconte que « le modèle coopératif a été privilégié pour permettre à nos producteurs d’avoir une part du marché et d’avoir une meilleure promotion de nos produits », notamment auprès de certains restaurants comme Le Manuka ou Little Louis à Moncton.

 


Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.

Suivez-nous
Changer de ville
Sondage

Aucun sondage sur le site présentement!

Voir tous les résultats des sondages