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La banquise en noir et blanc

Le Nalujuk est un être surnaturel qui rend visite aux gens de la collectivité de Nain au Labrador, chaque 6 janvier. (Crédit photo : Jennie Williams)

Le Nalujuk est un être surnaturel qui rend visite aux gens de la collectivité de Nain au Labrador, chaque 6 janvier. (Crédit photo : Jennie Williams)

Une artiste du Nunatsiavut filme par grand froid une tradition ancestrale unique en son genre.

Le documentaire Nalujuk Night, de l’artiste visuelle inuite Jennie Williams, a été sélectionné dans la catégorie du meilleur court-métrage documentaire aux prix Écrans canadiens de 2022 dont les lauréats seront annoncés du 4 au 10 avril. Originaire de Happy Valley-Goose Bay, au Labrador, Jennie Williams a posé son regard pendant plus de dix ans sur Nain, la communauté la plus septentrionale de cette province, où elle a habité. Le court-métrage de treize minutes, en noir et blanc, transporte le spectateur dans l’ambiance particulière qui s’installe le 6 janvier au soir. C’est l’histoire d’une tradition ancestrale inuite tout à fait unique que la cinéaste nous présente, celle de la nuit où le Nalujuk, un être surnaturel, qui, une fois par an seulement, arrive de la banquise pour aller à la rencontre des habitants.

 

Le documentaire a été filmé par une température glaciale de -40 degrés. Le matériel a dû être maintenu au chaud pendant toute la nuit du tournage. (Crédit photo : Jennie Williams)

Filmer en noir et blanc

La nuit du Nalujuk est une tradition issue de la collectivité de Nain et n’existe nulle part ailleurs au Labrador ou dans l’Arctique canadien. L’authenticité et la singularité de cette tradition ont tout de suite intéressé l’artiste, qui a décidé de capter des moments de cette nuit étrange à travers la lentille de son appareil photo. Après douze ans de photoreportage, c’est derrière une caméra qu’elle poursuit ce projet atypique.

« Je trouve la nuit du Nalujuk tellement incroyable parce que certaines traditions ne sont pas si fortes, mais cette tradition en particulier est toujours vivante et m’a vraiment intéressée. Cette tradition vient du passé et elle est toujours célébrée comme avant », explique-t-elle.

Le choix de faire un documentaire en noir en blanc n’est pas anodin non plus. L’ensemble des photographies prises depuis une dizaine d’années sont en noir et blanc, et Jennie Williams a souhaité garder une continuité dans son travail artistique. L’ambiance singulière qui se dégage des images est amplifiée par le noir et le blanc qui amènent une dimension plus dramatique et ancestrale à ce rite, selon la documentariste.

 

Quand le froid joue des tours

Si le sujet du court-métrage est unique, les conditions de tournage l’ont été tout autant. Filmée il y a cinq ans en une seule nuit, la température ce soir-là était frigide. Pour garder les batteries de la caméra au chaud et éviter que son matériel ne gèle, Jennie Williams a utilisé beaucoup de chauffe-mains qui ont été collés sur l’ensemble de la caméra. Sans ce stratagème, son équipement aurait cessé de fonctionner au bout de quinze minutes.

« J’ai filmé par moins 40 degrés Celsius, c’était intéressant de filmer dans un environnement très froid », assure-t-elle.

 

Sentiments contradictoires

À la vision des Nalujuit (pluriel de Nalujuk), plusieurs émotions contradictoires émergent parmi les habitants. Un mélange d’anxiété et d’amusement enveloppe les rues de la collectivité qui accueille en fanfare ces êtres venus d’ailleurs. Vêtu d’un manteau avec un capuchon pointu typique du Labrador, de bottes en peau de phoque, de fourrures d’animaux et d’un bâton, le Nalujuk récompense les enfants qui se sont bien comportés durant l’année par un sac de friandises. En revanche, pour les adolescents ou les jeunes adultes, la soirée peut se poursuivre par une course-poursuite avec le risque de recevoir des coups de bâton. La croyance commune que ces silhouettes non humaines sont des êtres spirituels qui émergent de la banquise est ancrée depuis fort longtemps.

« Les gens de la communauté ne disent pas qu’ils portent des masques ou qu’ils sont déguisés, parce que les gens et les enfants pensent que les êtres spirituels qui viennent de la banquise ne sont pas humains. Ils acceptent simplement que le Nalujuk soit effrayant et différent », précise la réalisatrice.

 

Cette tradition n’est célébrée nulle part ailleurs dans l’Arctique canadien. (Crédit photo : Jennie Williams)

Sélections dans des festivals d’Amérique du Nord

Ce documentaire rare et inédit, produit en collaboration avec l’Office National du Film (ONF) a reçu le prix du meilleur court-métrage documentaire au Festival international du Film de l’Atlantique (FIN) qui s’est tenu à Halifax en septembre 2021. Également sélectionné dans treize festivals du film au Canada et aux États-Unis, Nalujuk Night a été présenté au Yukon dans le cadre du Festival du film Available Light qui s’est tenu en février 2022, à Whitehorse. Il sera également en projection en Floride où il a été sélectionné au Festival du Film de Miami.

Jennie Williams voit dans ces nombreuses sélections la possibilité, pour un large public, de découvrir une tradition remarquable et rare qui n’existe nulle part ailleurs.

« C’est formidable de montrer aux gens du monde entier cette tradition, car dans un autre contexte [ils n’auraient jamais pu avoir] la chance de la connaitre », conclut-elle.


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