Industrie minière : La Chine achète l’or du Nunavut

09 juillet 2020
La mine de Hope Bay, au Nunavut (Crédit photo : Timkal, Wikimedia Commons).

La mine de Hope Bay, au Nunavut (Crédit photo : Timkal, Wikimedia Commons).

Les actionnaires de TMAC Resources, qui possédaient la mine d’or de Hope Bay, au Nunavut, ont appuyé à 97  % la vente de leur compagnie à la société d’État chinoise Shandong Gold, le 26 juin dernier, pour une valeur de 149 millions $ US.
Newmont Corporation et Resource Capital Funds possédaient un peu plus de la moitié des actions de TMAC.
La Cour supérieure de l’Ontario aurait approuvé la transaction fin juin, mais elle doit encore être validée par le gouvernement canadien en vertu de la Loi sur investissement Canada.
Selon le sous-directeur du Centre for Advancing Canada’s Interests Abroad, Jonathan Miller, cité dans un article du Globe and Mail, la probabilité que le Canada bloque la transaction est très élevée.
Selon un communiqué de TMAC, toutefois, la transaction devrait être conclue au dernier trimestre de 2020.

Un potentiel inexploité
La mine de Hope Bay, qui emploie habituellement 345 personnes, est constituée des secteurs Doris, Madrid et Boston. Le premier a commencé à produire de l’or en 2017, mais les deux autres ne sont pas encore en exploitation.
« L’équipe de TMAC a eu beaucoup de succès pour identifier le gisement et construire la mine, observe le directeur de la Chambre des mines des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, Tom Hoefer. Cependant, dès le départ, ils ont eu des difficultés pour récupérer l’or dans les secteurs où il y en avait le plus [...], ce qui signifie qu’ils perdaient des profits. Je crois que la mine a maintenant besoin d’un remodelage de l’usine de traitement pour améliorer l’extraction, mais TMAC n’avait pas l’argent pour ça. De là la vente à quelqu’un qui a les moyens. »
Selon le site d’information économique Investopedia, Shandong Gold Mining fait partie des 40 minières les plus importantes au niveau mondial.

Les accords seraient respectés
En 2015, TMAC a conclu diverses ententes avec l’Association inuite de Kitikmeot (AIK), la région administrative du Nunavut où se trouve la mine, et avec Nunavut Tunngavik Inc (NTI), qui veille au respect de l’Accord du Nunavut.
Ces ententes portent notamment sur l’augmentation des emplois attribués aux Inuits, sur l’investissement dans la formation pour les employés inuits, sur l’environnement, sur les redevances et sur les contrats d’affaires avec les firmes locales.
Un document de TMAC daté du 28 mai stipule qu’il n’y aura aucune rupture des ententes conclues avec l’AIK et NTI et que tous les contrats demeurent valides.
Shandong Gold Mining s’est aussi engagée à compléter l’étude de faisabilité sur l’expansion de l’extraction et de la transformation à Hope Bay et à les financer.
Selon Pierre-Louis Têtu, qui a fait sa thèse de doctorat sur les stratégies des entreprises chinoises dans l’Arctique, celles-ci ont appris de leurs erreurs passées et démontrent plus de respect pour les populations des pays où elles s’installent. « Ce n’est pas payant pour une mine d’avoir des conflits avec une communauté », souligne-t-il. Avec tous ses moyens, note M. Têtu, l’entreprise peut combler le manque d’investissements fédéraux dans le Nord. Mais étant donné ses liens étroits avec le gouvernement chinois, le Canada se doit d’observer attentivement la situation.
La Chambre des Mines des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut attend d’en savoir davantage sur le respect des ententes avant de prendre position. « Nous sommes favorables à la poursuite des activités de la mine et à maximiser les opportunités et les bénéfices pour les Inuits, pour les gens du Nord et pour les Canadiens», précise toutefois M. Hoefer.

L’or pour internationaliser le yuan
Selon le président directeur général de la firme de consultation en intelligence et en stratégie géopolitiques Cercius, Alex Payette, l’acquisition de la mine n’a rien à voir à court terme avec un positionnement stratégique dans l’Arctique, mais plutôt avec la volonté des dirigeants chinois de faire du yuan une devise de référence internationale indépendante du dollar américain dans un contexte de rivalité internationale.
M. Payette rappelle que, il y a moins d’un mois, Shandong Gold Mining a aussi acquis l’australienne Cardinal Resources, qui possède une mine d’or au Ghana.
« Le Parti communiste [...] voudrait éventuellement se découpler du dollar américain, explique M. Payette. [...] Il lui faut accumuler des réserves d’or massives afin de pouvoir dire que le yuan est aussi assuré par une réserve d’or comme d’autres pays. »
Dans une moindre mesure, la stratégie peut aussi être motivée par la nécessité de combler la disparition d’une certaine quantité d’or de sa réserve, qui aurait été remplacée par des alliages de cuivre.
« Ce qui attire les Chinois, considère Pierre-Louis Têtu, c’est un endroit stable et sécuritaire et la qualité de la ressource. » Il ajoute que les transports liés à une mine d’or ayant généralement lieu par avion, l’exploitation de Hope Bay ne devrait pas accroitre le trafic maritime.


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