L’éponge ainée des TNO

02 septembre 2021
Elizabeth C. Turner, géologue de l’Université Laurentienne, en recherche aux TNO et au Nunavut. (Crédit photo : Courtoisie)

Elizabeth C. Turner, géologue de l’Université Laurentienne, en recherche aux TNO et au Nunavut. (Crédit photo : Courtoisie)

Un fossile trouvé dans les monts Mackenzie, près de Norman Wells, pourrait être celui d’une éponge de 891 millions d’années, ce qui serait la plus ancienne trace d’un animal trouvé sur Terre.

L’article avançant cette hypothèse a été publié le 28 juillet dernier dans la revue Nature par Elizabeth C. Turner, une géologue de l’Université Laurentienne (Ontario) qui a fait de la recherche aux TNO et au Nunavut durant plusieurs décennies.

La nouvelle de sa découverte a depuis été traitée dans les médias de nombreux pays. « La plus vieille évidence crédible de vie date de trois-milliards et demi d’années, explique la Dre Turner. Mais ce sont toutes des bactéries, nous n’avons pas de bons fossiles d’animaux d’avant à peu près 541 millions d’années. »

Il y avait cependant des animaux avant cette époque, assure la chercheuse, c’est simplement qu’ils n’ont pas été préservés. Dans la logique de l’évolution cependant, ces animaux devaient être démunis de coquilles ou d’exosquelettes.

 

Le dilemme de Darwin

« Il y a un intervalle de temps que nous ne comprenons pas vraiment, précise Elizabeth C. Turner. C’est appelé “le dilemme de Darwin”. Quand il a publié L’origine des espèces, en 1859, il était très préoccupé. Il pensait que les animaux n’étaient pas arrivés à une vie complexe comme ça. Il devait y avoir une raison pour laquelle il n’y avait pas de registre de fossiles montrant les étapes précédentes. Et pour lui, c’était un vrai problème en regard de sa théorie de l’évolution par la sélection naturelle. »

« Nous comprenons maintenant que les fossiles préservés qui sont antérieurs à 542 millions d’années tendent à être des animaux minéralisés qui se sont développés sans coquilles et sans os, avant l’évènement évolutionnaire de la squelettisation. »

 

D’autres recherches à mener

Le fossile d’éponge trouvé par la docteure Turner à Little Dal Reefs comblerait donc un fossé de 350 millions d’années dans l’évolution. Cependant, la découverte est contestée. Dans la revue Nature, la géoscientifique Rachel Wood, de l’Université d’Édimbourg, remarque que le cristal et les microbes peuvent produire des formes comme celles attribuées à une éponge par Turner.

Ces objections n’ont pas pris cette dernière au dépourvu. « J’aurais été très surprise que tout le monde ait été d’accord, assure-t-elle. Je pense que j’arrive avec une interprétation très logique et minimaliste de ce que c’est probablement. Je ne dis pas que j’ai trouvé le Saint Graal. Je dis : il y a certaines évidences, voici la meilleure interprétation que je peux faire maintenant et j’offre ces informations à la communauté scientifique pour en discuter. »

Elle concède qu’il reste des étapes à franchir pour éventuellement lever tous les doutes sur la découverte.

 

Des investissements importants

« J’ai beaucoup plus de choses à dire à propos du matériel que je l’ai déjà fait, ajoute la chercheuse. En outre, la prochaine chose qui va arriver, dans les prochains mois et années, est que les scientifiques vont regarder mon travail et essayer de mieux comprendre toutes les choses et les évaluer. Mais ce qui doit vraiment arriver globalement, c’est beaucoup plus de travail. J’ai un minuscule grain d’information possible […] et il y a un fossé de 350 millions d’années. »

« Si nous voulons vraiment bien comprendre les débuts de l’évolution animale, il faut regarder ça d’une manière très réfléchie. Je ne dis pas que c’est ce que l’humanité devrait faire. On ne peut pas tout faire. L’argent est un facteur, ça sera très dispendieux. Ça va prendre un long et difficile travail sur le terrain. C’est possible qu’il n’y ait rien à trouver, que ce soit très difficile à comprendre ou impossible à comprendre. »


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