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L’atlas sonore des variétés du français au Canada est en ligne

Capture d’écran de l’atlas sonore des variétés du français tel qu’il apparait lors de son lancement. (Courtoisie MEB)

Capture d’écran de l’atlas sonore des variétés du français tel qu’il apparait lors de son lancement. (Courtoisie MEB)

Marie-Ève Bouchard, linguiste à l’Université de Colombie-Britannique, travaille depuis plusieurs mois à la création d’un atlas audio des variétés du français au Canada. Après avoir réuni plusieurs dizaines de témoignages, l’atlas est disponible en ligne, et les francophones de tout le pays sont invités à participer.

En 2016, près de 8 millions de Canadiennes et de Canadiens se sont déclarés francophones. Répartis à travers toutes les provinces et les territoires, ces millions de personnes perpétuent l’utilisation de la langue française. Parfois en tant que langue majoritaire, comme au Québec, et, souvent, en milieu minoritaire, où son maintien semble plus compliqué.

Spécialiste des langues et de leurs évolutions en milieu minoritaire et postcolonial, Marie-Ève Bouchard s’est lancé le défi de recenser les accents de la langue française à travers le Canada. Ce projet, qu’elle a amorcé « pour montrer à ses étudiants la diversité des accents », vise à offrir aux Franco-Canadiens un atlas oral, libre d’accès, et où tout un chacun peut partager son expérience de la francophonie.

 

Sociolinguistique et anthropologie

Marie Ève Bouchard est sociolinguiste, avec une forte « tendance anthropologique », précise-t-elle. Après des études à l’Université de Laval, la jeune chercheuse part à New York pour réaliser son doctorat, pendant lequel elle étudie le changement des usages linguistiques dans les iles de Sao Tomé et Principe, après l’arrivée des Portugais. Après un premier contrat de recherche en Europe, elle est recrutée en 2020 à l’Université de Colombie-Britannique, au sein du département d’études françaises, espagnoles et italiennes.

C’est pendant un cours de linguistique française que l’idée de l’atlas des variétés du français lui est venue. Elle raconte que ses « étudiants sont vraiment habitués à entendre les accents de France ou du Québec ».

Ce qui crée une « sorte de valorisation de certains accents » au détriment d’autres, « qui sont perçus comme inexistants ». Elle lance donc le projet pour permettre à ses étudiants d’entendre d’autres accents, avec l’idée ensuite de le partager aux enseignants de français, à d’autres linguistes. « À n’importe quelle personne intéressée par le sujet, » précise la chercheuse.

 

Un atlas pour les entendre tous

Pour mener à bien son projet, Marie-Ève Bouchard embauche un étudiant en informatique, Bebo Elhosary. Intéressé par les aspects audiovisuels du projet, et entretenant une certaine proximité avec la langue française par sa compagne québécoise, l’informaticien s’amuse à retrouver dans un même projet autant de composantes du récit.

« La visualisation des données est un champ de plus en plus populaire en informatique, explique-t-il. Le projet de Mme Bouchard utilise l’information pour raconter une histoire en utilisant les enregistrements vocaux des francophones. Dire qu’il y a plusieurs accents français au Canada et donner la possibilité aux gens d’aller les écouter eux-mêmes sur une carte, c’est totalement différent ! »

Le duo se met donc au travail, et fait appel aux communautés francophones pour récupérer les premiers enregistrements. « Ils durent jusqu’à trois minutes, pendant lesquelles les personnes se présentent linguistiquement parlant », raconte Marie-Ève Bouchard. Après avoir réuni une cinquantaine de « témoignages pionniers », l’atlas a été mis en ligne. Avec l’espoir, bien sûr, que des centaines d’autres fichiers audios viennent les rejoindre.

 

Quelques règles

Dans sa recherche des Franco-Canadiens, la chercheuse s’est tout de même retrouvée confrontée à une question de taille : « Qu’est-ce que ça veut dire, être canadien francophone ? »

Avec les témoignages reçus dans la phase de lancement, la scientifique a clarifié quelque peu ses critères. Pour ajouter son témoignage à l’atlas sonore, elle demande que la personne soit née au Canada, ou qu’elle y ai vécu depuis assez longtemps pour s’être imprégnée des pratiques francophones locales. Une frontière qui est très floue, tant les personnes se déplacent de territoires en provinces ou vice-versa. Et qui reste à l’appréciation de l’équipe chargée du projet.

« J’invite principalement des personnes qui sont nées et qui ont grandi au Canada à participer, détaille la chercheuse. Mais, évidemment, il y a des personnes qui viennent d’ailleurs [et] qui déposent leurs enregistrements. Par exemple, une dame qui vit au Canada depuis 25 ans avait déposé son extrait. En l’écoutant, j’ai remarqué qu’elle avait un accent espagnol. Eh bien, j’ai décidé de l’inclure quand même, car, après si longtemps, elle fait quand même partie de la francophonie canadienne. »

 

Des différences d’approches

De toute manière, elle le dit, ce qui l’intéresse, au-delà de faire découvrir la diversité des variétés du français à travers le territoire, c’est plus ce qui est dit, que la manière dont c’est dit : « D’un point de vue de la recherche, je vais peut-être m’intéresser à différents traits linguistiques, à l’analyse de discours, à ce que les gens disent de leur relation au français. »

La manière dont les locuteurs approchent la langue française est aussi un point d’intérêt pour la linguiste.

« La différence que l’on fait entre milieux minoritaires ou non se situe surtout sur le discours, pas tant sur les intonations elles-mêmes, précise la chercheuse. La démarche est vraiment différente. Ce que les gens racontent, entre le Québec, où le français n’est pas en danger, et les milieux minoritaires, est très différent. »

« Quand on vient d’un milieu majoritaire, on ne pense pas à la manière dont on parle. Dans un milieu minoritaire, c’est une décision que les gens prennent. Avec la peur constante d’être jugés. »


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