Ailleurs dans la presse francophone : L’Acadie n’oubliera pas Jackie Vautour

Ottawa offrait une compensation aux expropriés, impliquant pour ces derniers de perdre leur droit ancestral de pêche sur le territoire. La majorité a accepté. Sauf Jackie Vautour, qui décide de porter l’affaire devant les tribunaux et les policiers qui venaient l’exproprier. (Crédit p?hoto: Archives Acadie Nouvelle)

Ottawa offrait une compensation aux expropriés, impliquant pour ces derniers de perdre leur droit ancestral de pêche sur le territoire. La majorité a accepté. Sauf Jackie Vautour, qui décide de porter l’affaire devant les tribunaux et les policiers qui venaient l’exproprier. (Crédit p?hoto: Archives Acadie Nouvelle)

Plusieurs protagonistes du mouvement de revendications acadien témoignent de la ténacité de Jackie Vautour, immuable résident de Kouchibouguac, qui s’est éteint dimanche soir à l’âge de 91 ans.

Alexandre Boudreau — Acadie Nouvelle

Le gouvernement fédéral a créé un nouveau parc national en 1969 dans le comté de Kent, où Jackie Vautour est né en 1930. Ottawa a ainsi exproprié plusieurs villages et plus d’un millier de paysans ou de pêcheurs, vivant souvent avec peu de moyens.

Ottawa offrait une compensation aux expropriés, impliquant pour ces derniers de perdre leur droit ancestral de pêche sur le territoire. La majorité a accepté. Sauf Jackie Vautour, qui décide de porter l’affaire devant les tribunaux et les policiers qui venaient l’exproprier. Sa maison de Claire-Fontaine a été démolie en 1976.

Finalement, le parc national a été créé le 15 janvier 1979, mais la contestation de l’Acadien devant la justice n’a pas eu de suite, la Cour suprême ayant finalement refusé d’entendre sa cause.

 

Un symbole d’opposition

Des émeutes pour appuyer la cause des expropriés ont éclaté. En réponse, le gouvernement du Nouveau-Brunswick crée une commission d’enquête pour examiner les impacts socioéconomiques de la création du parc national.

Le gouvernement fédéral est tenu responsable : les compensations aux expropriés sont chiffrées à hauteur de 1,6 million $.

Entretemps, Jackie Vautour est arrêté. Une fois libéré, il retourne s’installer dans une cabine dans le parc, sans l’aval de Parcs Canada ni du gouvernement fédéral.

Cette demeure est la sienne et celle de son épouse Yvonne. Ils vivent sans eau ni électricité. Pour cela, Jackie Vautour est devenu le symbole de l’opposition à l’expropriation.

Les gens qui l’ont connu témoignent d’un homme tenace et déterminé qui avait des qualités de leadeur.

Gilles Thériault, activiste du domaine de la pêche, était membre du Conseil régional d’aménagement du Sud-Est (CRASE), un organisme financé par le gouvernement provincial qui visait à soutenir les associations de pêcheurs et d’agriculteurs de la région.

L’expropriation était un de leurs chevaux de bataille, et Jackie Vautour avait son mot à dire sur le sujet.

« C’était un batailleur dans tous les sens du terme. Lorsqu’il s’embarquait dans quelque chose, il ne lâchait pas et il allait jusqu’au bout », souligne Gilles Thériault.

Il affirme que plusieurs anciens résidents de Kouchibouguac gardaient un souvenir douloureux de l’expropriation.

« Ça a profondément frustré beaucoup d’expropriés, et avec raison. Il avait un gout très amer vis-à-vis de la façon dont on avait traité son monde et il a réagi très agressivement face à cette condescendance (des gouvernements). »

Le gouvernement a maintenant abandonné la pratique d’exproprier les gens afin de faire de la place aux parcs nationaux.

Gilles Thériault attribue ce changement à la ténacité de Jackie Vautour.

« Je pense que grâce à sa lutte, le gouvernement a changé sa politique. »

Rhéal Drisdelle, qui connaissait Jackie Vautour depuis une cinquantaine d’années, était secrétaire administratif du CRASE à l’époque. Il se rappelle les évènements qui l’ont mené à installer sa cabine dans le parc national.

Il dit que le vieux résistant n’a « jamais pu accepter l’injustice » qui a mené à la création du parc.

« On a passé un bulldozer sur sa maison. L’homme a été assailli par les mêmes puissances qui avaient volé les terres des expropriés, et il est devenu le symbole de cette lutte, une lutte qu’il a livrée jusqu’à la fin », dit Rhéal Drisdelle.

Il explique que l’expropriation de Kouchibouguac a complètement déraciné la vie de centaines de familles. Souvent, l’argent reçu pour fonder une vie ailleurs ne suffisait pas à se procurer un nouveau logis.

« C’était des gens qui n’étaient pas habitués à négocier avec des fonctionnaires, et ça a été très mal fait. C’est pour ça que 50 ans plus tard, le sens d’injustice est tellement fort que les enfants de ces expropriés mènent encore une bataille. »

 

Isolés, mais pas seuls

Rhéal Drisdelle a continué à visiter Jackie et Yvonne Vautour à travers les années.

Il affirme qu’il aurait été impossible pour les Vautour de vivre dans cette maison tant d’années sans avoir l’aide de la communauté et de leur famille.

Ils recevaient souvent des visiteurs. Beaucoup d’entre eux étaient d’autres expropriés qui admiraient M. Vautour.

« Il parlait du parc, de comment cette lutte avait totalement changé sa vie. Il disait qu’il réalisait qu’il avait passé sa vie à mener cette bataille. Je lui ai dit qu’il était devenu une légende. Il a dit “Oui, mais c’est un gros prix à payer” », dit M. Drisdelle.

Le militant acadien Jean-Marie Nadeau explique que Jackie et Yvonne Vautour vivaient dans des conditions extrêmement difficiles dans sa petite cabine au milieu du parc.

 

Résilience acadienne

Un groupe d’amis de la famille avait ramassé de l’argent pour lui acheter une nouvelle maison ou pour rénover sa demeure.

« On était plusieurs qui trouvaient inacceptable qu’on laisse des gens vivre dans un tel état de délabrement. Ils ont eu des temps durs, lui et Yvonne. C’est quasiment un martyr acadien, de la façon dont on l’a traité. » Le couple s’est heurté à maints obstacles.

« Parcs Canada a préféré embaucher des agents de sécurité pour nous empêcher de lui donner ce coup de main. Ça a été une des pires hontes de l’histoire récente de l’Acadie », lance Jean-Marie Nadeau.

Sa maison a finalement reçu quelques améliorations en 2016.

Jean-Marie Nadeau estime que Jackie Vautour était un homme de conviction et qu’il était « la personnification de la résilience acadienne ».

Plus récemment, M. Vautour et plusieurs expropriés revendiquaient une identité métisse ainsi que des titres ancestraux sur le territoire de Kouchibouguac.

Ce bras de fer devant les tribunaux ne fait pas l’unanimité et ces derniers ont statué à plusieurs reprises sur le fait qu’il n’existait pas de communauté métisse sur les terres de Kouchibouguac.

Son fils, Edmond Vautour, a néanmoins promis de continuer cette lutte pour son père. Débouté en Cour d’appel, le groupe a l’intention de contester la décision devant la Cour suprême.

« Qu’il n’ait pas gagné ce combat de reconnaissance comme Métis, c’est une tristesse. Heureusement la bataille n’est pas terminée, parce que son fils Edmond va surement prendre la relève », estime Jean-Marie Nadeau.

 

Passer à l’histoire

Selon l’avis de plusieurs, Jackie Vautour gardera à jamais une place importante dans l’imaginaire acadien.

Kevin Arseneau, député de Kent-Nord, estime qu’il a servi de modèle pour plusieurs militants acadiens.

« C’est un homme qui va être dans les livres d’histoire de l’Acadie pour toujours. Il a marqué l’histoire, mais aussi l’imaginaire de l’Acadie. On peut penser à tous les artistes et militants qui se sont inspirés de sa détermination et de la lutte qu’il a livrée. »

Gastien Godin, ancien directeur général de l’Association des pêcheurs professionnels acadiens, faisait partie d’un groupe qui avait lutté contre l’expulsion de Jackie Vautour du parc Kouchibouguac quelques années après l’expropriation.

« Il symbolise la bataille des Acadiens pour leurs terres », croit-il.

Bien que la déportation des Acadiens est un évènement d’une tout autre envergure, l’expropriation et la résistance de Jackie Vautour ont frappé l’imaginaire acadien d’une façon similaire, selon Gastien Godin.

La lutte de M. Vautour a également marqué plusieurs écrivains et artistes en Acadie, selon Julien Desrochers, chercheur postdoctoral en littérature à l’Institut d’études acadiennes.

« Le sujet des expropriations de Kouchibouguac a beaucoup nourri les artistes, et en grande partie, l’attrait découle du fait qu’il y avait cette figure mythique, romantique, du révolutionnaire qui n’a jamais voulu lâcher le bâton », dit le chercheur.

L’un de ces artistes, le chanteur Zachary Richard, a notamment rendu hommage à l’homme dans sa chanson La ballade de Jackie Vautour. « O no, tu me fais pas peur/Avec ton fusil/J’veux pas voir du sang couler/,Mais c’est ma vie/Que t’essaies d’arracher. »

L’artiste s’est dit profondément bouleversé par la nouvelle du décès de M. Vautour et a offert ses condoléances à la famille, mais n’était pas disponible pour une entrevue en raison d’un décès dans sa propre famille.

Parcs Canada n’a pas été en mesure de fournir un commentaire à l’Acadie Nouvelle avant l’heure de tombée, lundi,


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