Kronik Épidémik du 15 mai 2020

Que faire de son temps. Le ralentir et l’habiter, pour de vrai. Jouir de son passage, élastique. Du soleil qui monte et tourne et nous caresse les sens en chemin. Des manifs de goélands, de plus en plus nombreux à gueuler et revendiquer la crevaison des eaux, la réouverture du lac gelé. C’est encore plein d’hiver dans le vent. Plein d’hiver équanime, souverain en son propre territoire, pas pressé de partir pour deux cennes. Discrets dans le panorama, les corbeaux échappent à toutes les règles sauf à celles de leurs amours. Ils copulent et procréent en cachette. Fiers et affamés eux autres aussi, les aigles à têtes blanches survolent le tout avec une supériorité et une grâce certaines. Ça plane pour eux.

Attention : la lenteur est une drogue à accoutumance. Que faire de son temps. Stop. Pause. L’arrêter. En sortir. Le distordre. L’étirer comme de la tire d’érable. Le printemps, lui, s’éclate fort dans son hors saison. Entrer en contemplation. Observer la phénoménologie de la vie qui va sans vous demander votre avis, sans demander de permission. S’adonner, par la force des choses, au bouddhisme zen. Prendre du retard sur les nouvelles. Se regarder pousser les poils. Ramasser du bois pour se construire un abri à l’abri de la folie. Dehors. Un royaume de fortune en retrait du monde. Un trou hors terre où méditer en paix. Une grotte en hauteur d’où tout voir sans être vue. Loin des androïdes. Près du soleil, des arbres et des bêtes.
De l’ananas express sous le capot, on capote en multi couleurs. On rêve de road trip, de tournée de sources thermales, de rivières à saumons où nager à contrecourant, de feux de joie de bois de plage. On rêve à la Thaïlande, à la Jamaïque. À des vents salins et des roches qui brulent la peau. Un besoin de chaleur tel qu’il en fait mal au corps, en fait décoller l’esprit. Ailleurs.

Que faire de sa vie. La rêver en grande partie. Attendre l’ouverture des frontières pour aller se perdre dans la forêt d’un autre pays. Sauter d’un sommet de montagne à l’autre. Devenir le géant d’un songe lucide. Se broder un tapis volant avec nos désirs d’évasion. Suivre le flot qui flotte et file et s’en fout de tout, de toi, de moi, de vous, de nous. Quoi faire de sa vie. Que de questions impertinentes. N’en rien savoir et s’en trouver fort aise. À la flotte, les plans. Dans le trouble, le futur. Toutes ouvertes, les veines du possible.

C’est comme être dans une salle d’attente et ignorer tout de l’objet de l’attente en question. On réapprend à danser à l’envers, à jongler avec des facteurs inconnus, à prendre racine dans l’insécurité et l’incertitude la plus totale. Aladin appelle mais la lampe magique est cassée, le génie s’est échappé. Dépatouillez-vous, les enfants.
Mélanie Genest


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