Kronik Épidémik

Dans le cahier d’écriture, 1er mars 2020. « L’intention est de survivre, de trouver moyen de survivre jusqu’à l’été. L’intention est de ménager le plus de moments possibles pour la liberté. Lire de la fiction. Écrire de la poésie. Regarder la neige changer de texture comme le mercure monte. Trouver refuge dehors. Dehors. Sourire au soleil qui revient toujours. Toujours. Absorber de la vraie vitamine D. Embrassez Dracula dans le cou avec les dents. Faire souvent dérailler le train pour ne pas mourir d’ennui. Sortir du cocon, bruler la cabane, faire fondre la fièvre, craquer la coque du brise-glace, casser la coquille sur la tête des cons. Dire pardon aux poussins non nés. Virer de bord sans préavis. Aimer vraiment d’amour la bonne vieille musique. Écouter Fleetwood Mac avec jouissure certaine. Être en paix, pour l’instant. »
Et ça continue… Les fleurs bleues et les petits oiseaux du printemps. Ironique à souhait parce qu’entre temps, l’univers a basculé, le monde a fermé boutique et des mesures extrêmes de guerre sanitaire ont été mises en place. J’ai recommencé à faire de l’insomnie et des cauchemars. Les questions existentielles qui émergent maintenant sont de l’ordre du : Comment diable préserver sa paix intérieure dans un État policier ? Sa liberté, dans une société de surveillance… ? Sa santé mentale, dans un monde qui ressemble désormais à un roman d’anticipation ? Bref.
Il semblerait que pour suivre la tendance générale, et même si la situation locale ne le justifie en rien, on devrait se comporter comme si on craignait pour sa vie et celle de ses semblables. Attention : le corps de l’autre porte potentiellement la peste. Surtout : se tenir loin. Très loin. Même de ceux que l’on aime le plus. Surtout de ceux que l’on aime le plus. Dehors, le thé ! Et que je vous prenne à moins de deux mètres ! Les germs freak et les hypocondriaques de ce monde s’en donnent à cœur joie. Chez certains individus, l’endoctrinement sanitaire fonctionne à fond. Sur la frame lake trail, tout à l’heure, au moins deux personnes se sont significativement éloignées de mon corps en marche, arrivées à ma hauteur, même si la distance était déjà respectable. La deuxième fois, excédée par tant de ridicule et de moutonnerie, j’ai lâché un gros rire jaune de Joker qui voit rouge. Non, mais. Oui, manifestement, comme disait l’autre : We’ll make great pets.
Pour contrôler les masses, amener les citoyens à se comporter de façon « sécuritaire », on joue sur le plus primaire de tous les affects : la peur de la mort. Très malin. Très très malin. Tous les jours, sur toutes les télévisions du monde, on dénombre les victimes de la COVID-19. « Tout se passe comme si les médias découvraient que nous sommes mortels ! Vous parlez d’un scoop ! » de s’esclaffer le philosophe français André-Comte Sponville en entrevue. En effet. L’impression de se faire prendre pour des cruches, de se faire subtilement entourlouper; que la couverture est beaucoup trop large pour ne cacher que ça…
Pour des raisons qui deviennent de plus en plus obscures avec les jours qui passent et les informations qui se multiplient, on se fait maintenant patrouiller jusqu’au beau milieu des lacs ou peinards, le cul sur la glace, on pêche notre pitance quotidienne. On les voit venir à cent-mille à l’heure. On sacre, chacun dans notre langue respective. Le plus baveux : « s’il me demande ma carte d’identité, je lui montre mon cul ! » Ah ! T’sais quand tout ce que t’as pour te réchauffer, out in the open sur l’étendue gelée, c’est le corps de tes camarades. T’sais quand tes besoins vitaux vont tout à coup contre la loi. On ne se sent pas coupables de rien. On se sent vulnérables aux éléments polaires comme des pingouins sur la banquise. Viens me l’enlever, voir, ma liberté de me tenir au chaud et de m’alimenter. Le plus révolté : « la prochaine fois, on va venir pêcher avec nos fusils, ostie… » Quand c’est rendu que tu dois défendre ton droit à la survie…
Ils ont quand même été gentils, nous ont rappelé les règles de distanciation, suggéré de séparer notre groupe en deux… N’ont pas manqué d’évoquer les amendes salées qui nous attendaient, si jamais… N’empêche. L’oppression, c’est oppressant. Là où il y a du pouvoir, il y a de l’abus, forcément. Certains d’entre nous sont beaucoup plus fragiles et sensibles à ça, en ont déjà trop mangé, dans leur vie, de la marde de la part de l’autorité. On se sent un peu comme des animaux sauvages, traqués jusque dans nos repères cachés. On aimerait bien se faire traiter et considérer tels que nous sommes : des êtres sensibles et intelligents, et qui savent faire preuve d’altruisme et de jugement. Il devient difficile de croire que ce à quoi on s’entraine vraiment, en ce moment, c’est à ne pas attraper et propager de virus ! Le sentiment, plutôt, de participer à une mauvaise mise en scène, à une crise préfabriquée. Le sombre feeling que ce pauvre virus se fait instrumentaliser à des fins bien plus graves et durables. Comme, par exemple, mettons : la fin effective des droits et des libertés civiles de nos sociétés dites démocratiques. Autrement plus freakant qu’une épidémie de grippe, ne trouvez-vous pas ?
En tous cas, pour ma part, la solitude obligée, la vie confinée entre quatre murs et surtout, la vie formatée derrière les écrans, c’est non. Plutôt encore crever de froid sous des étoiles qui s’en foutent vraiment. Pour paraphraser le penseur, sur le long terme, il n’est pas question de sacrifier la liberté à la santé. « J’aime mieux attraper la COVID-19 dans un pays libre que d’y échapper dans un État totalitaire », affirme-t-il.
Et nous donc, et nous donc...!

Mélanie Genest


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