Inondations : des camps de trappe ravagés

Selon le gouvernement des TNO, c’est la crue record dans le bassin versant du Mackenzie qui serait responsable des inondations dans le Slave sud qui ont compromis plusieurs camps de chasse et de trappe dans les vallées des rivières Talston et Slave. (Crédit photo : Facebook, Arthur Beck)

Selon le gouvernement des TNO, c’est la crue record dans le bassin versant du Mackenzie qui serait responsable des inondations dans le Slave sud qui ont compromis plusieurs camps de chasse et de trappe dans les vallées des rivières Talston et Slave. (Crédit photo : Facebook, Arthur Beck)

Les camps de plusieurs chasseurs et trappeurs autour des rivières Taltson et des Esclaves ont été inondés, mettant en péril le gagne-pain de certains. Le tout est lié à un volume d’eau sans précédent dans le bassin versant du fleuve Mackenzie, assure le gouvernement.

Trappeur à Fort Resolution, Arthur Beck va longtemps se souvenir de l’hiver 2021. Le niveau d’eau sans précédent de la rivière Taltson a inondé son camp familial, situé à quelque 60 km à vol d’oiseau de la collectivité. « Tout l’équipement des trappeurs autour de la rivière Taltson est pris dans la glace », peut-on lire dans son billet publié sur Facebook, le 21 janvier, accompagné de photos. Matelas de lit, tables, chaises, poêle à bois, sont ainsi cimentés jusqu’au printemps.

« Mon frère avait plusieurs camps, ainsi que des embarcations, des génératrices, des scies à chaine, énumère-t-il dans un entretien téléphonique. Tout est fichu. La voiture d’un ami est dans la glace jusqu’au guidon et on ne voit plus que le parebrise de sa motoneige. Et des centaines de castors et de rats musqués sont morts dans leurs tanières. »

Il pointe du doigt le barrage hydroélectrique sur la rivière Taltson, à une centaine de kilomètres en amont. Or, selon la Société d’énergie des Territoires du Nord-Ouest, le barrage n’y est pour rien. « La centrale hydroélectrique de Taltson a une incidence minimale sur le niveau d’eau et le débit de la rivière, affirme par courriel son porte-parole, Doug Prendergast. Il n’y a eu aucun lâcher d’eau, prévu ou imprévu, ni de changements opérationnels. La quantité d’eau en aval de la centrale est liée à celle en amont. »

Le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles (MERN) assure que l’inondation de camps est due à la fonte de la neige et aux fortes pluies dans le bassin versant du Mackenzie, qui ont gonflé de nombreux plans d’eau à un niveau record l’été dernier.

En novembre, le ministère avait d’ailleurs avisé le public que « le niveau et le débit de l’eau restent plus élevés que la normale sur plusieurs lacs, rivières et ruisseaux dans l’ensemble des Territoires du Nord-Ouest » et qu’il s’attendait à ce que ça se poursuive cet hiver. La rivière Taltson avait alors un débit presque trois fois plus élevé que d’habitude : 628 m3/s au lieu d’une moyenne de 215 m3/s. Fin janvier, son débit était descendu à 524 m3/s.

Des Ténois, quant à eux, se souviennent probablement du panache d’eau brune de cet été dans le Grand lac des Esclaves. Ses tributaires étaient déchainés. Fin novembre, le niveau du lac était encore quelque 50 centimètres plus haut que d’habitude, selon le MERN.

 

Mode de vie bouleversé

Pour Arthur Beck, 63 ans, la réalité, amère, est toute autre. « J’ai grandi le long de la rivière Taltson, dit le Métis. Mon père a piégé là toute sa vie, c’est mon chez-moi. Mon arrière-grand-père, un ancien chef, s’était opposé à l’érection du barrage. Plusieurs familles vivaient le long de la rivière grâce à la pêche, la trappe et la chasse. La venue du barrage a bouleversé et malmené l’écosystème, la rivière s’est vidée de ses inconnus. Et là, c’est la quatrième fois de ma vie que je suis certain qu’ils relâchent trop d’eau en décembre. Ça crée des inondations à cause de la glace, alors que l’été, ce n’est pas un problème », affirme-t-il.

Il a aussi remarqué l’absence de données hydrométriques en temps réel de la mi-novembre à la mi-décembre pour la station en aval du barrage de la rivière Taltson, données récoltées par le gouvernement fédéral. « Y a-t-il quelque chose à cacher ? », questionne-t-il. Sur le site gouvernemental, on constate en effet que le graphique est incomplet et un message indique : « Pour limiter la propagation du coronavirus, les visites régulières à cette station ont été réduites ou discontinuées. »

« Ils essayent d’appeler ça un désastre naturel, mais il n’y a rien de naturel depuis le barrage, s’insurge le trappeur. Ils nous inondent, nous et nos animaux, comme si de rien n’était. C’est tellement triste ! »

« Les camps de plusieurs exploitants de ressources naturelles ont été endommagés dans les inondations, reconnait le porte-parole du ministère, Darren Campbell, dans un échange de courriels, de même que des pièges, des bateaux et des véhicules motorisés. La chasse et le piégeage constituent un moyen de subsistance pour plusieurs résidents de la région. Pour certains, ces pertes compromettent leur gagne-pain. »

Des camps ont aussi été immergés autour de la rivière des Esclaves.

 

Les inondations débordent à l’Assemblée

Ces inondations ont débordé jusqu’à l’Assemblée législative, le 3 février. « Imaginez rentrer chez vous et retrouver votre maison inondée et gelée dans un bloc de glace, a dit le député de Tu Nedhé-Wiilideh, Steve Norn. C’est ce que vivent plusieurs de mes électeurs. Imaginez l’impact émotionnel. »

Le ministre de l’Environnement et des Ressources naturelles, Shane Thompson, a réitéré que les causes étaient liées à la fonte des neiges et aux précipitations records et que son ministère faisait tout pour aider les victimes.

Insatisfait, le député demande que « des experts indépendants se prononcent sur ces inondations ». Lors d’un échange téléphonique, il a dit vouloir tous les « faits permettant de déterminer si c’est d’origine naturelle, humaine ou une combinaison des deux et si le barrage, qui, rappelle-t-il, est géré par le gouvernement territorial, peut avoir eu une responsabilité ou non. »

Il a d’ailleurs contacté le trappeur Arthur Beck et échangé avec lui. « J’étais inquiet », dit-il. Une douzaine de ses concitoyens lui ont signalé avoir été touchés par les inondations.

Des employés du MERN ont survolé à deux reprises la région de la rivière Taltson pour évaluer l’étendue des inondations et les conséquences sur les camps. Le porte-parole Darren Campbell affirme qu’ils « sont allés à Fort Resolution et à la rivière Taltson du 23 au 26 janvier pour récolter des données et parler avec des trappeurs locaux et, le 29 janvier, pour inspecter un cimetière à Rat River. » Il soutient que son ministère recueille aussi de l’information dans la région de la rivière des Esclaves.

Le MERN ignore combien de trappeurs ou d’usagers traditionnels du territoire ont été touchés jusqu’à présent. « On ne le saura pas avant le printemps », avance Darren Campbell.

À l’Assemblée législative, le ministre Shane Thompson a invité les victimes à faire une réclamation via le Programme d’indemnisation des chasseurs et des trappeurs en cas de catastrophe. Son ministère est là pour les aider, a-t-il rappelé.

Le montant maximal accordé en vertu du programme est de 4 500 $. Aux yeux d’Arthur Beck, c’est ridicule. « Ils croient qu’on va se taire, rouler sur le côté et faire le mort ? Pas cette fois ! »


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