Collège Aurora : Haro sur la centralisation de l’administration publique

S'il n'en tenait qu'aux consultants qui ont préparé le rapport sur le Collège Aurora, la principale institution post-secondaire aux TNO serait remplacée par une université polytechnique, et son administration rapatriée dans la capitale. Pour l'ex-ministre Michael Miltenberger, la proposition annonce une vague de centralisation contre laquelle il s'insurge. (crédit photo: Batiste Foisy)

S'il n'en tenait qu'aux consultants qui ont préparé le rapport sur le Collège Aurora, la principale institution post-secondaire aux TNO serait remplacée par une université polytechnique, et son administration rapatriée dans la capitale. Pour l'ex-ministre Michael Miltenberger, la proposition annonce une vague de centralisation contre laquelle il s'insurge. (crédit photo: Batiste Foisy)

 Pour Michael Miltenberger, la suggestion de remplacer le collège Aurora par une université qui serait située à Yellowknife s’inscrit dans un contexte plus large de centralisation du gouvernement ténois. L’ex-ministre tire à boulets rouges sur ce qu’il perçoit comme la mainmise de la haute fonction publique sur l’administration publique.

La création d’une université dont le centre administratif serait à Yellowknife n’est qu’un prétexte pour poursuivre une centralisation de l’administration publique territoriale, dont les véritables artisans sont les hauts-fonctionnaires du gouvernement ténois. C’est du moins ce qu’avance l’ancien ministre des Finances du GTNO Michael Miltenberger dans une violente sortie contre le gouvernement McLeod.


« La réalité est que toute la question de l’université est une diversion, clame Michael Miltenberger. Ce que le gouvernement veut faire, c’est sortir l’administration principale du Collège Aurora hors de Fort Smith. »
Une université aux Territoires du Nord-Ouest, à Yellowknife ou ailleurs, ne serait pas viable selon l’ancien député de Thebacha, qui a été à la tête des ministères de la Santé, de l’Environnement et des Ressources naturelles et des Finances. Le GTNO n’a pas présenté de chiffres, déplore M. Miltenberger, mais il estime que l’implantation d’une université polytechnique à Yellowknife coûterait des centaines de millions de dollars. « L’idée a été avancée quand j’étais ministre, dit-il, et le gouvernement fédéral a constamment refusé d’investir. Et il n’y a pas de demande. C’est utopique. Ça ne verra jamais le jour. »


De surcroît, dit-il, une telle institution apparaît obsolète à l’heure où l’enseignement à distance est de plus en plus privilégié, domaine où l’Université de l’Arctique se déploie dans le monde circumpolaire, avec une volonté de fédérer collèges et universités.

Décentralisation
Après la création des Territoires du Nord-Ouest en 1967, il y a eu une volonté croissante de distribuer une partie du pouvoir dans les régions, volonté qui allait de pair avec la montée des revendications territoriales autochtones.
Cela s’est manifesté d’abord par la création de directions régionales des ministères, puis, suite à des plaintes d’organisations autochtones, des transferts d’administrations ont eu lieu dans les centres régionaux. L’Institut de recherche du Collège Aurora a été installée à Inuvik et l’administration du Collège Aurora a été transférée de Yellowknife à Fort Smith.


D’autres choix témoignent de cette volonté décentralisatrice, comme la présence de l’administration centrale de la bibliothèque des TNO et de la Société d’énergie des TNO à Hay River, ou du centre de lutte contre les feux de forêt à Fort Smith.


« Un des éléments-clés du gouvernement de consensus et de la négociation pour le transfert des responsabilités, dit Michael Miltenberger, c’était la promesse d’un territoire fort, avec des régions fortes. [...]Tous les politiciens de la 17e Assemblée étaient d’accord pour une politique de décentralisation, mais celle-ci n’a jamais été soutenue par la bureaucratie. [...] Chaque député à l’extérieur de Yellowknife devrait faire attention parce que ce gouvernement est dirigé par des fonctionnaires très puissants. Le cabinet n’est pas aussi fort qu’il devrait l’être. »

Un combat constant
Selon M. Miltenberger, qui dirige aujourd’hui la firme de consultation North Raven, les gouvernements autochtones et les députés de l’extérieur de Yellowknife se sont toujours battus pour avoir des ressources dans leur communauté, pour une décentralisation faite de manière rationnelle.


« Nous avons déménagé de grandes parties du système d›information du système de santé à Inuvik. Nous avons eu l’administration de la Société de l’électricité à Hay River, et le gouvernement voudrait déménager ça à Yellowknife. Quand j’étais au gouvernement, nous nous sommes battus presque à chaque année contre la bureaucratie.[...] Trois fois elle a essayé de sortir l’administration centrale du collège Aurora de Fort Smith. Elle a réussi durant la 11e Assemblée. Nous nous sommes battus pour qu’elle y retourne. »


D’abord sise à Yellowknife, l’administration du Collège Aurora (qui s’appelait alors l’Arctic College) a déménagé à Fort Smith au début des années 1990.

Un gouvernement faible
Michael Miltenberger anticipe qu’à la retraite du député d’Inuvik Twin Lakes et ministre des Finances Robert C McLeod, des programmes seront rapatriés à Yellowknife s’il n’est pas remplacé par un politicien influent.


Or, à l’heure actuelle, selon lui, l’opposition est faible, incapable d’action coordonnée et, ajoute l’ancien député de Thebacha, « les députés dans le cabinet [McLeod] ne sont pas là parce qu’ils sont des visionnaires ou des constructeurs, mais parce qu’ils gèrent le statu quo et qu’ils prennent des ordres ».


« Si tu veux un territoire fort, affirme l’ex-ministre - qui n’a pas confirmé de retour en politique -, tu dois investir dans les communautés et les régions ; pas juste à Yellowknife. Tu ne dois pas être comme le Yukon, où de 85 à 90 % de la population demeure à Whitehorse ou à l’entour. »


« La seule manière d’y arriver, c’est par une forte collaboration avec les gouvernements autochtones, les communautés et avec des députés qui sont sur leurs gardes, qui travaillent pour leurs communautés pour être sûr qu’il y ait un équilibre. »

Au Nunavut
La décentralisation aux TNO n’a toutefois jamais égalé ce qui est arrivé au Nunavut, affirme l’ex- professeur de l’Université de Toronto Graham White, co-auteur avec Jack Hicks de l’essai Made in Nunavut, An Experiment in Decentralized Government (UBC Press, 2015).


« Il y a eu au TNO des choses qui ont bougé vers les plus grosses communautés régionales, rappelle-t-il, mais aussi beaucoup, beaucoup, beaucoup de parlotte sur le renforcement des communautés, et le transfert des responsabilités. Mais finalement, il n’y a pas tant de choses qui sont arrivées. [...] Il faudrait vérifier si le gouvernement a saisi l’opportunité de poursuivre la décentralisation quand environ 150 postes ont été créés au GTNO lors du transfert des responsabilités. Je ne suis pas sûr que ce soit arrivé. »


Il est vrai qu’au Nunavut en 1999, la décentralisation, qui a été un concept fondamental du gouvernement, était plus facile à mettre en place parce que le territoire était nouveau, même si, en bout de ligne, plusieurs emplois de haut niveau ont été rapatriés dans la capitale.


Même s’il est parfois difficile d’attirer des personnes qualifiées dans une petite collectivité ou de les y recruter directement, il pourrait y avoir plus de décentralisation aux TNO, avance M. White, c’est ce que démontre, selon lui, l’expérience du Nunavut.


Graham White estime probable que le GTNO remplace par d’autres emplois gouvernementaux les postes perdus à Fort Smith, advenant un éventuel déplacement de l’administration du Collège Aurora à Yellowknife.


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