S'abonner à Médias Ténois

Grippe aviaire : quelles prévisions pour les territoires ?

Dans le territoire cri de la Baie-James au Québec, la chasse à la bernache est une période culturelle très importante pour les familles qui se retrouvent dans leurs camps au printemps lors du retour des oies. (Crédit photo : Nelly Guidici)

Dans le territoire cri de la Baie-James au Québec, la chasse à la bernache est une période culturelle très importante pour les familles qui se retrouvent dans leurs camps au printemps lors du retour des oies. (Crédit photo : Nelly Guidici)

La souche de grippe aviaire H5N1 a été détectée officiellement dans le territoire du Yukon le 27 mai 2022. La maladie est également présente dans toutes les provinces canadiennes et le premier cas est apparu à Terre-Neuve en décembre 2021.

Selon un communiqué de presse du 27 mai 2022, la section de la santé animale du gouvernement du Yukon et le Service canadien de la faune d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) ont indiqué que l’analyse de deux spécimens d’oiseaux aquatiques – une bernache du Canada et un cygne trompette – du sud du territoire a révélé la présence de la souche H5N1 très contagieuse.

« Les oiseaux sauvages migrateurs sont porteurs du virus. La migration printanière est en cours et d’autres détections de la grippe aviaire hautement pathogène au Yukon sont probables », explique la vétérinaire responsable des programmes du gouvernement du Yukon, Kristenn Magnusson.

Le gouvernement du territoire indique prendre cette situation au sérieux et demande à la population de signaler la présence d’oiseaux sauvages malades ou morts afin qu’ils soient analysés.

Le Yukon est le premier territoire à être touché par la grippe aviaire. Pour Eric Reed, expert en oiseaux migrateurs pour ECCC, basé à Yellowknife, l’arrivée de cette souche dans le Nord n’était qu’une question de temps. Des interrogations demeurent cependant sur l’étendue de la pandémie animale à long terme.

« Il y a une incertitude par rapport à l’effet délétère du virus dans le temps », précise-t-il.

En se basant sur les axes de migration de six espèces de canards et d’oies qui empruntent la voie migratoire du Pacifique, une estimation de l’arrivée probable de la grippe aviaire dans le Nord a été mise au point par les experts d’ECCC. Au 19 juillet 2022, on s’attend à ce que la souche H5N1 soit présente en Alaska et au Yukon sur la côte de la mer de Beaufort, aux Territoires du Nord-Ouest, ainsi qu’au sud du passage du Nord-Ouest au Nunavut.

Si à ce jour aucun cas n’a été détecté dans ce territoire, le gouvernement du Nunavut se dit pourtant inquiet par la situation.

« La grippe aviaire est une préoccupation au Nunavut, car de nombreux Nunavummiuts chassent les oiseaux sauvages et ramassent des œufs sauvages qui font partie de leur régime alimentaire », indique Chris Puglia, gestionnaire des communications au gouvernement du Nunavut.

 

L’importance de la cuisson de la viande

Dès le 5 avril 2022, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik a relaté l’information concernant un premier cas de grippe aviaire au Québec sur sa page Facebook. Partagé plus de 1600 fois à travers ce réseau social, le message a suscité un grand intérêt et des commentaires émis par les membres des différentes collectivités de cette région. La chasse printanière aux bernaches est une activité familiale très répandue, surtout au sein des collectivités cries du territoire Eeyou Istchee dans la région de la Baie-James.

Pour le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James, il est toujours sécuritaire de partir chasser l’oie pendant la migration du printemps, une période appelée Goose Break. Si les cas de transmission du virus à l’homme sont rares, le Conseil recommande cependant de respecter certaines règles pour éviter des risques de contamination humaine par une cuisson suffisante de la viande. D’après le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail, il est impossible de contracter la grippe aviaire par l’ingestion d’aliments cuits.

« Le virus ne peut survivre à la chaleur, il est conseillé de cuire les aliments à une température de 70 degrés Celsius (la chair ne doit pas avoir une teinte rosée) afin de s’assurer que leur consommation ne pose aucun risque. Quant aux œufs, ils doivent être bien cuits, y compris le jaune », peut-on lire sur le site Internet de l’organisme qui relève du gouvernement fédéral.

Les cas de transmission du virus à l’homme sont rares, mais il est recommandé de respecter certaines règles pour éviter les risques de contamination humaine par une cuisson à 70 degrés Celsius de la viande. (Crédit photo : Nelly Guidici)

Le savoir des ainés

Robbie Kawapit est le chef de la Première Nation Crie de Whapmagoostui au Québec depuis 2020. Il vient de passer quatre semaines à chasser la bernache au cœur du territoire cri. Cette année, la saison de chasse a été différente, car beaucoup d’informations ont été relayées avant et pendant la chasse, à la radio communautaire, mais aussi entre les familles qui étaient dans leurs camps. Selon lui, les ainés de la communauté ont beaucoup de savoirs et d’expertise à partager. C’est dans ce contexte que plusieurs ainés ont pris la parole et se sont adressés aux familles pour apaiser certaines craintes.

« Nous, les chasseurs, nous savons lorsque quelque chose ne va pas avec les animaux ou lorsqu’ils se comportent différemment ou si leur apparence est différente, nous saisissons ces choses. Les ainés ont expliqué que ce n’était pas la première fois que cela arrivait et que cette situation s’est déjà vue dans le passé. Elles ont recommandé de prendre quelques précautions et de ne pas manger un animal [qui n’a pas l’air en bonne santé] », indique-t-il lors d’une entrevue.

La chasse à la bernache est une période importante de l’année où les familles se retrouvent et célèbrent le retour des oies. Cependant, le caractère imprévisible de l’étendue et de la portée du virus chez les populations d’oiseaux migrateurs au cours de l’été soulève des questions, restées sans réponse pour le moment.


Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.