Fourrure en crise

08 juillet 2021
Lui-même trappeur, Nathan Kogiak souhaite que Canada Goose reconsidère sa position sur l’utilisation de la fourrure de coyote. (Courtoisie GTNO)

Lui-même trappeur, Nathan Kogiak souhaite que Canada Goose reconsidère sa position sur l’utilisation de la fourrure de coyote. (Courtoisie GTNO)

La décision de la compagnie Canada Goose de cesser en 2022 d’acheter de nouvelles fourrures de coyotes est emblématique d’une tendance qui inquiète les joueurs de l’industrie.

« Il y a des compagnies importantes comme Kanuck et Mackage qui utilisent encore de la fourrure. Mais il y a une vague [d’abandon] », affirme l’ex-vice-président du Conseil canadien de la fourrure, Alan Herscovici, qui est également l’auteur du blogue Tout sur la fourrure.

« Avec ses manteaux, Canada Goose est une compagnie phare et elle reçoit beaucoup d’attention à cause du mot Canada », explique le trappeur et président de l’Institut de la fourrure du Canada, Robin Horwath. « On voit d’autres compagnies qui disent qu’elles vont arrêter. Il y a tellement de pression de la part des défenseurs des droits des animaux. »

Et les grands détaillants emboitent le pas, souligne M. Herscovici, comme Holt Renfrew et la chaine new-yorkaise de boutiques Saks Fifth Avenue, qui a annoncé qu’elle cesserait de vendre des produits comprenant de la fourrure animale à la fin de l’année fiscale 2022. « Ça devient très menaçant », analyse-t-il.

Des impacts aux Territoires du Nord-Ouest

Les impacts sur les trappeurs ténois et l’industrie locale de la fourrure de cette campagne sont réels, mais difficilement évaluables. D’une part, les fourrures fournies par les trappeurs et chasseurs au gouvernement sont vendues directement à une firme de ventes aux enchères située à North Bay en Ontario, la Fur Haversters Auction. « Je ne sais pas combien de manufacturiers de parkas y achètent des fourrures pour leurs manteaux », précise le coordonnateur aux ventes et au marketing des fourrures du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, Nathan Kogiak. Par ailleurs, même si la population de coyotes a augmenté aux TNO avec le réchauffement climatique, la récolte de ces fourrures demeure très marginale.

Malgré tout, selon M. Kogiak, la décision de Canada Goose a une répercussion sur la vente des autres types de fourrure. « Nous sommes très déçus et nous demandons à Canada Goose de reconsidérer leur décision de ne plus utiliser de fourrures. […] Trapper est important pour notre revenu. C’est une continuité culturelle entre les ainés et les jeunes, un transfert de savoir. Il y a d’autres compagnies comme Moose Knuckles, elles utilisent toutes des fourrures de haute qualité comme accessoire. Nous espérons qu’elles ne suivront pas l’exemple de Canada Goose. »

 

Le monopole du discours

Les groupes de défense des animaux avilissent et déforment le travail des trappeurs, selon les interlocuteurs rencontrés. « Canada Goose n’abandonne pas la fourrure parce qu’ils sont contre, assure Alan Herscovici. Ils ont été la cible d’attaques vicieuses parce que leur marque est très forte. Ils [les activistes pour les droits des animaux] ont même manifesté devant la maison du président de la compagnie. »

Selon lui, ces groupes vont poursuivre ce type de démarches avec d’autres compagnies.

L’ancien vice-président du Conseil canadien de la fourrure déplore que les activistes de la cause animale détiennent le monopole du récit concernant la fourrure. « Il faut que le monde du Nord parle », déclare-t-il. « Il faut nous assurer de poursuivre la promotion de notre fourrure, corrobore Nathan Kogiak. Les groupes antifourrures utilisent les pires vidéos qu’ils peuvent trouver sur Internet. […] Ce n’est pas comme ça qu’on trappe ici, nous utilisons l’animal au complet. Nous récoltons nos animaux d’une façon durable. »

M. Kogiak rappelle que le Canada est signataire de l’Accord sur les normes internationales de piégeage sans cruauté et que le Programme Fourrures authentiques de la vallée du Mackenzie est internationalement reconnu.

 

Une forte pression

Brenda Dragon est la présidente d’Aurora Heat, une entreprise de Fort Smith qui fabrique différents vêtements avec de la fourrure. Elle rappelle à son tour que la pression sur Canada Goose a été intense. « J’aurais souhaité qu’ils aient la détermination de résister à l’ignorance des activistes mal avisés. Mais je ne les blâme pas. Comme toutes les grosses compagnies, leur but est de faire le plus d’argent avec le moins de friction possible. »

Les ventes d’Aurora Heat n’ont pas été affectées par le militantisme et Mme Dragon affirme qu’elles vont encore croitre. « Nous sommes respectueux, harmonieux, nous avons le potentiel d’être importants pour l’économie du Nord, commente-t-elle, ajoutant que ses clients sont très fidèles. »

Cependant, Alan Herscovici craint que la Chine, un très important marché pour la fourrure, ne soit éventuellement influencée par la rhétorique des activistes proanimaux. « La Chine suit beaucoup le modèle de l’Europe. Ces discussions commencent, là-bas. »


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