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Fonte du pergélisol : un besoin de restructuration

L’érosion côtière révèle l’étendue de la couche active sous-jacente de pergélisol riche en glace sur la plaine côtière arctique dans la zone spéciale du lac Teshekpuk. (Crédit photo : USGS – Flickr)

L’érosion côtière révèle l’étendue de la couche active sous-jacente de pergélisol riche en glace sur la plaine côtière arctique dans la zone spéciale du lac Teshekpuk. (Crédit photo : USGS – Flickr)

L’environnement dans le Nord change : la moitié des routes d’hiver pourrait avoir disparu d’ici 2050, voire devenir totalement inexistante d’ici 2080, les aéroports pourraient devenir de plus en plus impraticables, et les bâtiments de plus en plus instables. Ce sont les constats mis en évidence par le dernier rapport de l’Institut Climatique du Canada, qui évalue les couts associés au maintien, quand c’est possible, des infrastructures dans le Nord.

Pour adapter le Nord aux changements climatiques, des transformations globales sont nécessaires. C’est en tout cas la conclusion du dernier rapport de l’Institut Climatique du Canada (ICC), dont le site Internet précise qu’il est un organisme de bienfaisance dont l’objectif est de participer « à l’élaboration de politiques publiques avisées » pour « surmonter les changements climatiques et avancer vers la carboneutralité ».

Selon le dernier rapport publié par Due North, les couts de maintien et d’entretien des infrastructures dans le Nord vont devenir prohibitifs au fur et à mesure de l’amplification des conséquences du changement climatique. D’après eux, la solution est de transformer en profondeur le fonctionnement des institutions et des organismes publics.

 

Un constat alarmant

En compilant les dernières recherches scientifiques disponibles sur le Nord et l’Arctique, l’équipe de l’ICC s’est intéressée aux effets du changement climatique sur les infrastructures : les aéroports, les routes et les bâtiments.

La couche de sol gelée, le pergélisol, qui recouvre environ 45 % des territoires du Nord canadien, est actuellement en train de fondre à cause de la hausse des températures moyennes. Cette fonte déstabilise les sols et provoque des dégâts importants aux structures humaines.

Le chercheur à l’Université du Yukon et expert pour l’ICC sur l’adaptation au changement climatique, Brian Horton, explique que ce rapport est un travail original, car il permet notamment d’enclencher la discussion sur les conséquences de ces dégâts : « Ce rapport est le premier essai d’estimation pour les Territoire du Nord du cout que la fonte du pergélisol pourrait avoir, et tente de comparer ce cout à ce qu’on pourrait économiser en nous adaptant de manière proactive. »

Selon les chercheurs, ce sont plusieurs dizaines de millions de dollars de dégâts par an qu’on doit anticiper, partout dans les territoires. Aux Territoires du Nord-Ouest, les estimations sont éloquentes : environ 3 millions de dollars annuels seront nécessaires dans les prochaines années pour entretenir les pistes des aéroports. D’ici 2060, ce sont environ 55 millions $ par an qui devront être alloués à la restauration des routes. Et pour les 45 % des bâtiments du Nord qui sont construits sur du pergélisol, les dépenses devraient être comprises entre 38 et 76 millions de dollars par an, suivant le scénario d’émission de gaz à effet de serre considéré.

 

Des ébauches de stratégies

Comme l’explique M. Horton, le rapport confirme beaucoup de choses déjà observées partout dans le Nord par les habitants. « Le cout de l’adaptation et du maintien des infrastructures va être très élevé, explique le chercheur, mais il y a vraiment des économies à faire en agissant de manière proactive. »

Le rapport décrit donc quelques méthodes concrètes qui permettraient aux gouvernements d’enclencher la mise en place de stratégies d’adaptation en anticipant les potentiels dégâts futurs.

Modifier la structure des financements publics pour les infrastructures est une première étape, d’après le rapport. Il cite par exemple le nombre important d’aéroports du Nord qui ne peuvent avoir accès à beaucoup de financement public faute de certification par Transport Canada, certification qui ne leur est pas accessible, car les besoins structurels en sécurité demandent des investissements trop lourds pour eux.

« Les gouvernements du Nord ont besoin de fonds pour améliorer la sureté de leurs installations, peut-on lire dans le rapport, mais, parce que leurs aéroports ne remplissent pas les critères de sureté, ils ne sont pas admissibles au financement. »

Les solutions évoquées dans le rapport sont nombreuses : nouvelles techniques d’entretien des routes et de déneigement, utilisation de thermosiphon pour protéger le sol sous les bâtiments de la chaleur qui s’en dégage, ou encore la mise en place d’un réseau Internet stable et rapide dans le Nord pour permettre l’accès à l’information et à la formation.

Car l’adéquation entre formation et besoin de main-d’œuvre qualifiée est un problème dans le Nord. Comme l’expliquent les auteurs dans le rapport : « Le financement des infrastructures est connu pour n’être ni stable ni prévisible ; dès que tarissent les fonds, les emplois spécialisés s’envolent. Les habitants du Nord spécialisés dotés d’une formation technique peinent souvent à trouver un emploi stable dans leur domaine chez eux. De ce fait, lorsqu’un financement cyclique fédéral est disponible, ce sont les compétences techniques qui n’y sont pas ; on doit alors faire venir la main-d’œuvre du Sud, ce qui augmente les couts des projets d’infrastructures à cause des frais de déplacement. »

Comme pour le reste, conclut Brian Horton, en phase avec le rapport qu’il a corédigé : « On peut économiser beaucoup d’argent sur le long terme en considérant les répercussions futures que la fonte du pergélisol aura. »


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