Industrie du film aux T.N.-O. : Filmer l'insolite

24 mai 2002
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Les mois d’octobre, novembre, avril et mai aux T.N.-O. sont les plus propices pour les plateaux de tournage car c’est le seul moment où les Territoires peuvent faire compétition aux autres provinces canadiennes.

La demande la plus bizarre qu’a reçu le Bureau du cinéma des T.N.-O. ? Un cinéaste qui tournait à Rankin Inlet avait besoin, pour une scène, d’une douzaine de caribous. Mais les caribous sauvages ne sont pas très dociles, alors le cinéaste a entrepris de les faire venir par avion d’Inuvik au lieu de s’y rendre lui-même. À quelques reprises tous les ans, Garry Singer, le commissaire du Bureau du cinéma, reçoit des appels lui demandant un site de tournage isolé, une communauté recouverte de neige… alors que le tournage a lieu en juillet!

« Je suppose que c’est le caractère de l’entreprise; la limite est l’imagination » , raconte le commissaire, qui est en charge du bureau depuis son transfert de la ville de Yellowknife au ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique, il y a trois ans. Chaque année, le bureau reçoit une trentaine de demandes de renseignements en provenance autant de la Corée, de l’Angleterre, des États-Unis, de l’Allemagne que du Canada.

Cette demande de neige, elle tombe à point avant et après l’hiver, au cours des périodes où les autres provinces canadiennes n’en ont pas. C’est, selon Garry Singer, le seul moment dans l’année où les Territoires peuvent faire compétition aux grandes villes canadiennes, qui ont plein de trucs dans leur sac pour attirer les énormes plateaux de tournage, source de retombées économiques. « Nous sommes un marché à créneau. Nous ne pouvons vraiment pas entrer en compétition avec les provinces qui ont presque toutes d’importantes mesures incitatives pour attirer l’industrie du cinéma, comme des rabais ou des investissements dans le capital-action. »

Le commissaire donne l’exemple de cette demande de renseignement provenant d’une série télé, qui voulait s’installer à Yellowknife pour un tournage. Mais elle s’attendait à recevoir plus d’un million de dollars en prime. Ce qui est impossible à octroyer, selon Garry Singer. « C’est une situation qui est due entre autres à notre relation avec le fédéral. Nous ne conservons pas toutes nos recettes fiscales, près de 80% s’en vont à Ottawa. » Une province comme la Colombie-Britannique, dont le marché du film est florissant et la position géographique attirante, peut espérer mettre dans ses poches une dizaine de millions de dollars avec un investissement initial d’un million.

Compte tenu de l’activité économique à Yellowknife, où le taux de chômage est relativement bas, le fédéral n’est pas intéressé, selon le commissaire, à investir autant d’argent, alors que d’autres communautés au Canada profiteraient bien du passage d’une équipe de tournage.

C’est que les retombées économiques sont effectivement importantes. En 1999, lors du passage de trois jours à Yellowknife de l’équipe de la série populaire canadienne North of 60, près de 70 personnes ont trouvé de l’emploi. Mais cet exemple est exceptionnel, car ce tournage est le plus important que les T.N.-O. aient connu. En temps normal, les Territoires se prêtent bien aux films documentaires subventionnés entre autres par l’Office National du Film et aux tournages commerciaux. Ce printemps, ce sont des publicitaires vantant les mérites du ketchup et de la voiture Jeep qui ont été tentés par le Nord. Ironiquement, c’est le manque de routes qui a découragé le promoteur de la voiture.

Cette absence de routes entre les communautés joue en défaveur de la région. Le Bureau du cinéma, qui s’occupe essentiellement de faire la promotion des sites potentiels, de mettre en contacts les équipes de tournage avec les spécialistes du Nord et de remettre les permis, doit même jouer du coude avec le Yukon, qui possède des voies d’accès, facteur décisif dans le choix d’un site. « Une équipe voulait filmer dans la toundra, se rappelle Garry Singer. Elle a finalement préféré aller à Churchill, au Manitoba, où l’accessibilité est plus facile qu’ici. »

Le Bureau du cinéma continue, année après année, à s’enregistrer auprès de l’Association of Film Commissioners International, un groupe qui rassemble tous les bureaux du cinéma à travers le monde et qui, selon les besoins, répertorie les meilleurs sites de tournages. Le bureau a également créé un site Web ainsi qu’une brochure promotionnelle qui sera mise à jour prochainement.
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