Fête nationale en pause

Un aperçu de la foule s’étant rassemblée lors des cérémonies de commémorations au parc Somba K'e (Crédit photo : Gail Cyr)

Un aperçu de la foule s’étant rassemblée lors des cérémonies de commémorations au parc Somba K'e (Crédit photo : Gail Cyr)

Des rassemblements festifs organisés par les groupes autochtones des Territoires du Nord-Ouest ont remplacé cette année les festivités entourant la fête nationale du Canada.

Thomas Ethier
IJL – Réseau.presse - L’Aquilon

Arborée en l’honneur des enfants disparus, la couleur orange aura pris cette année la place de la feuille d’érable aux Territoires du Nord-Ouest. Les municipalités et gouvernements autochtones ont décidé de réorganiser les célébrations du 1er juillet, pour en faire une journée dédiée aux victimes et survivants des pensionnats autochtones.

En pleins préparatifs, le 29 juin, on apprenait la découverte de nouvelles sépultures anonymes – la troisième en à peine un mois au pays –, cette fois dans la Première Nation Lower Kootenay, en Colombie-Britannique. Quelque 182 corps y ont été retrouvés par géoradar.

 

« Un moment décisif »

La première ministre Caroline Cochrane s’est dit elle-même en conflit, en tant que femme métisse, avec l’idée de « célébrer un pays qui a activement participé à voler les vies d’enfants autochtones, dans une tentative de détruire une culture entière ». Dans une déclaration partagée par courriel, elle a décrit la période actuelle comme « un moment décisif dans l’histoire du Canada ».

 

 

« En tant que femme autochtone, je suis en conflit avec l’idée de célébrer un pays qui a activement participé à voler les vies d’enfants autochtones, dans une tentative de détruire une culture entière. »

— Caroline Cochrane, première ministre des Territoires du Nord-Ouest.

 

 

« Ce moment devra définir quel Canada nous voulons incarner. La fête du Canada doit être plus que des parades, des drapeaux au vent et du patriotisme, affirme-t-elle. Ce doit être une journée où nous célébrons la diversité et les premiers peuples de ce pays qui font partie intégrante de l’identité de notre nation. Ce sont des moments difficiles et douloureux pour plusieurs, en particulier pour les peuples autochtones. Il est important, en tant que communauté, de soutenir ceux qui font de notre nation cette belle mosaïque culturelle. Ils et elles ont plus que jamais besoin de nous. »

 

Cérémonies festives

Comme à Hay River, Fort Smith ou Inuvik, pour ne nommer que ces municipalités, Yellowknife n’a pas célébré le Canada cette année. Une cérémonie d’offrande au feu traditionnelle et une grande danse au tambour ont plutôt animé le parc Somba K’e, après une grande marche en l’honneur des victimes et survivants des pensionnats autochtones, qui a rassemblé des centaines de résidents.

La capitale ténoise a ainsi emboité le pas aux capitales du Nunavut et du Yukon, qui ont respectivement annoncé l’annulation et la redéfinition des activités du 1er juillet. Les leadeurs de la Première Nation des Dénés Yellowknives ont pris cette décision, de concert avec la mairesse de Yellowknife, Rebecca Alty. « Nous avons convenu qu’une grande tristesse habite présentement Yellowknife, a expliqué Mme Alty. Plutôt que d’annuler complètement les activités du 1er juillet, nous voulions organiser un évènement qui rassemble toute la communauté et qui respecte la population autochtone ».

« Certaines collectivités ont annulé leurs évènements, c’était la volonté des populations autochtones de ces régions, ajoute-t-elle. Ici, nous voulions organiser un évènement rassembleur, qui nous permette de débuter le voyage vers la guérison et la réconciliation. C’est ce que la plupart des résidents de la région souhaitaient : être rassemblés, pouvoir danser et avoir un évènement cérémonial plutôt qu’une célébration. »

Comme à Yellowknife, la municipalité de Hay River a également choisi d’annuler la parade et les célébrations de la fête du Canada. C’est la Première Nation K’atl’odeeche qui a organisé les rassemblements. « Les actes insensés qui ont sévi dans les pensionnats autochtones se dévoilent sous un nouveau jour, souligne la municipalité dans un communiqué de presse. Plusieurs personnes en souffrent et ont besoin de notre appui. Ce n’est pas le moment de célébrer, à la vue de nos amis et voisins autochtones qui vivent un deuil ».

 

1323 sépultures anonymes

Jusqu’à présent, on estime que 1323 corps d’enfants ont été retrouvés sur les sites d’anciens pensionnats autochtones au Canada. Ces chiffres ont été compilés avant l’annonce du 29 juin de la première nation de Lower Kootenay en Colombie-Britannique, où l’on a repéré 182 individus enterrés, de façon anonyme, sur le site d’un ancien pensionnat autochtone.

Le 27 mai, la Première Nation Tk’emlups te Secwépemc de Colombie-Britannique annonçait que 215 enfants autochtones ont été retrouvés au terme de recherches par géoradar sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique. La première ministre des TNO s’était alors engagée à obtenir la collaboration du gouvernement fédéral pour entreprendre des recherches sur le territoire, qui seront menées par les gouvernements autochtones.

Quelques jours plus tard, le 24 juin, on annonçait la découverte de 751 sépultures anonymes sur le site de l’ancien pensionnat autochtone Marieval, dans la Première Nation Cowessess, en Saskatchewan. Le Chef de la Fédération des Nations autochtones souveraines de la Saskatchewan, Bob Cameron, a alors annoncé que des recherches seraient menées sur tous les sites des anciens pensionnats autochtones de la province.


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