Êtes-vous politically correct ou, en d’autres mots, êtes-vous habité par la rectitude politique?

31 mai 2002
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Nous vivons dans un monde hanté par la rectitude politique. Le moindre geste, la moindre parole, la moindre prise de position font l’objet d’une analyse approfondie pour voir s’ils correspondent aux normes strictes de la rectitude politique qui sévit de nos jours. En effet, vous avez certainement réalisé jusqu’où tout cela pouvait nous entraîner. J’en donnerai ici quelques exemples, certaine que vous en avez d’aussi bons que moi, sinon de meilleurs.

De nos jours, plus question d’appeler un chat un chat. En effet, le bon vieux temps où les choses étaient nommées par leur nom est révolue. Ainsi, on ne parle plus d’un aveugle ou d’une personne aveugle. Maintenant, il faut appeler les personnes qui souffrent de cécité, des handicapés visuels. Les enfants connaissant des retards mentaux sont maintenant connues sous le nom de personnes souffrant de troubles d’apprentissage. Quand j’étais jeune, ces enfants étaient classés en deux catégories : débiles légers et débiles profonds. Dur, comme appellation, direz-vous! D’accord avec vous : dure appellation pour nommer une dure réalité. Les enfants qui souffraient de trisomie 21 étaient tout bonnement appelés des mongols. Les gens qui souffraient de surdité étaient des sourds, et non des handicapés auditifs. Que ces nouvelles appellations proviennent des personnes souffrant des handicaps, je suis d’accord pour renommer et appeler de façon politiquement correcte tous les maux dont souffre la race humaine. Cependant, je ne suis pas certaine que ces appellations sont toujours suggérées par les organismes ou les personnes concernés. En effet, la rectitude politique a fait en sorte de tout compliquer. Plus rien n’est simple.

Il fut un temps, qui n’est pas si lointain où les Autochtones étaient appelés les Sauvages. Puis, ils se sont appelés les Indiens. Maintenant, ce sont des membres des Premières nations. C’est ainsi que dans le cadre de notre travail en traduction, nous eûmes à corriger le texte d’un orateur d’origine autochtone qui, dans sa jeunesse parlait français. Dans ce texte, il parlait des Sauvages, convaincu d’avoir le bon terme. Pouvez-vous imaginer le scandale qu’il aurait provoqué s’il s’était contenté de lire son texte sans le faire réviser. Cet homme n’avait pas parlé français depuis des dizaines et des dizaines d’années et il ne connaissait pas les nouveaux mots. Il n’avait sans doute jamais réalisé tout le côté péjoratif de ce mot sauvage, donné par les blancs, pour souligner leur prérogative sur les Autochtones. La réalité change. La langue évolue.

Prenons le mot nègre. Ce mot fut utilisé pendant des décennies, avec un mépris certain, pour nommer les personnes noires. Puis on passa au mot noir, justement. Plus tard, on appela les Noirs des États-Unis, les Africains Américains, terme toujours utilisé de nos jours. En France, il est assez courant d’entendre les Noirs se faire appeler les Blacks. C’est le terme à la mode là-bas et qui est assez peu utilisé ici.

Autres temps, autres mœurs, autres appellations, autres façons de nommer la réalité!

La rectitude politique ne se limite pas à la façon de nommer les choses. En effet, il existe toute une batterie de codes, de normes, de règles, etc. qui régissent le comportement et les bonnes manières. Ces codes aussi changent et évoluent.

Pour ma part, quand j’étais pensionnaire, nous apprenions les règles de la bienséance, soit la science de se comporter. Ainsi, l’un des crimes les plus graves était à cette époque, et l’est toujours aujourd’hui, de mettre son couteau dans sa bouche. En effet, mettre son couteau dans sa bouche démontrait un manque de savoir-vivre flagrant. C’était le plus grand péché. Et il y avait toute la dédale de règles pour dresser une table, l’ordre de la disposition des ustensiles. De nos jours, toutes ces règles ont disparu, sauf sans doute chez les aristocrates et les petits bourgeois parvenus, pour faire place à une simplicité crasse. Plus de règles. Tout est permis. Même le couteau dans la bouche! Les aristocrates se tiennent entre eux pour ne pas avoir à souffrir des erreurs incommensurables commises par le commun des mortels. Bref, dans le domaine de la table, la rectitude politique qui existait jadis, du temps de nos grands-parents, a cédé le pas à une simplification à outrance de règles.

Je m’égare. Mon sujet qui me semblait si clair et ma ligne directrice qui était, à mon sens, d’une limpidité effarante, ont pris le bord et je me retrouve avec une fin d’article en queue de poisson. De toute façon, je n’avais pas de morale à vous apporter ici. Nenni! Je ne voulais pas non plus vous faire prendre position dans un grand débat de société. Je voulais tout simplement vous entraîner dans mes réflexions un peu abracadabrantes. J’espère que vous avez été servi. En fait, c’est peut-être mon titre qui cloche, mais je l’aime et je le garde. Ciao! genevharvey@yahoo.com
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