S'abonner à Médias Ténois

Un soupçon d'arsenic! : Entretien des mines d'or

05 mars 1999
0 Commentaire(s)
Sylvain Chouinard est spécialiste de médecine interne. Il fait partie du Comité d'environnement de l'association médicale des Territoires du Nord-Ouest ainsi que du Yellowknife Arsenic Mediation Committee. Il a accepté de répondre à quelques questions afin de faire la lumière sur les dangers réels ou potentiels de l'arsenic dans la région de Yellowknife.

V.A. : Peut-on lier certains cas ou certaines maladies dans la région de Yellowknife à une concentration trop élevée d'arsenic?

S.C. : Depuis que je pratique à Yellowknife, soit depuis 11 ans, je n'ai eu à traiter aucun cas qui serait directement lié à un contact avec une concentration trop élevée d'arsenic. Mais, c'est une chose qui est difficile à évaluer puisqu'un cancer peut prendre de 20 à 30 ans à se développer.

Par contre, à la fin des années 50, des oiseaux ont été retrouvés morts et il y a même eu des décès d'enfants à N'Dilo en raison d'une trop forte concentration d'arsenic dans la région. Il faut dire qu'avant les années 60, 37 000 kilos d'arsenic étaient libérés dans l'air chaque jour, alors qu'aujourd'hui cette quantité a été réduite à 3,7 kilos.

V.A. : Quelle quantité d'arsenic doit être ingéré pour entraîner la mort d'un humain?

S.C. : Une quantité de 80 mg, c'est-à-dire une aspirine d'arsenic, entraîne la mort d'un humain en moins de 24 heures.

V.A. : Le taux d'arsenic dans la région de Yellowknife représente-t-il un danger?

S.C. : D'après les échantillons qui ont été pris dans le sol, les lacs et les poissons, la quantité d'arsenic dans la région ne représenterait aucun danger. Toutefois, il faut garder en tête que le trioxyde d'arsenic qui est produit par les mines d'or se trouve en haut de la liste des poisons les plus toxiques, voire les plus mortels.

V.A. : Et qu'en est-il de la région entourant la mine Giant?

S.C. : La plus grande concentration d'arsenic de la planète est entreposée dans notre cour alors évidemment, les échantillons qui ont été pris dans le sol et sur la végétation entourant la mine démontre que la quantité d'arsenic y est très élevée. Normal, puisque la poussière d'arsenic est entreposée dans des chambres à déchets souterraines peu stables et peu sécuritaires. Des failles et des fissures permettent à l'eau de s'y infiltrer et bien que l'eau soit pompée, un contact entre l'eau et l'arsenic se fait toujours. Par ailleurs, tous les bassins d'eau aux alentours de la mine qui recueillent l'eau pompée sont très contaminés.

V.A. : Comment peut-on se débarrasser de tout cet arsenic? Et quel en sera le coût?

S.C. : Puisqu'au tout début de l'exploitation de la mine c'était la folie furieuse et qu'aucune précaution n'a été prise afin de contrôler la quantité d'arsenic déversée dans l'environnement, il faut considérer qu'il faut nettoyer près de 50 ans d'accumulation de déchets toxiques.

Il faut d'abord répertorier tous les endroits où l'arsenic a été entreposé et penser à une technologie qui permettrait de sortir tout ça du sol, ce qui n'a jamais été fait. Ensuite, il faudrait entreposer le trioxyde d'arsenic dans des contenants plus sécuritaires et le transformer en un composé chimique plus stable.

Disons que le montant de 300 millions de dollars qui a été estimé pour nettoyer le site est très conservateur. D'après moi, la facture approcherait plus le milliard de dollars.