Elle mord ! : Entretien avec la commissaire aux langues officielles du Canada

15 juin 2001
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Première femme et première francophone hors Québec à être nommée commissaire aux langues officielles du Canada, Dyane Adam possède la volonté de faire avancer les choses.

KM- Qu'est-ce qui vous a motivé à devenir intervenante dans le dossier de la poursuite judiciaire déposée par la Fédération Franco-TéNOise ? DA- Nous pouvons (commissariat aux langues officielles) décider d'intervenir dans un dossier présenté devant une cour fédérale. La poursuite judiciaire constitue un dossier singulier puisqu'il concerne les Territoires du Nord-Ouest et leur statut juridique. Il est important de préciser ce qui advient lors d'un transfert de responsabilités vers les Territoires. Dans l'éventualité d'un jugement favorable, cela signifie que le gouvernement fédéral est ultimement responsable [en ce qui concerne le respect des droits linguistiques des minorités]. On attend comme tout le monde la décision des juges, puisqu'elle aura des répercussions dans les trois Territoires.

KM- Y a t-il beaucoup de plaintes déposées par la population francophone des T.N.-O. en ce qui concerne la prestation de services en français ? DA- Il y a en moyenne deux plaintes par année. KM- Qu'est-ce qui se produira avec la Loi sur les langues officielles advenant un transfert des pouvoir du gouvernement fédéral vers les gouvernements des nations autochtones ?

DA- Il s'avère difficile de répondre. Il y a en ce moment un comité responsable d'évaluer la Loi sur les langues officielles des T.N.-O. (LLOTNO). Cette révision devrait être complétée d'ici 2003. La Loi ne peut toutefois pas être modifié sans l'accord du Parlement canadien. On ne peut changer le statut du français. Nous suivrons ce dossier. La reconnaissance des langues autochtones n'exclut pas la reconnaissance des deux langues officielles.

KM- Qu'est-ce qui peut expliquer le petit nombre de plaintes ? DA- C'est une question de sensibilisation. Plus une population connaît ses droits, plus elle est sensibilisée. La plainte nous permet de travailler auprès des institutions fédérales visées. Nos droits demeurent théoriques si on ne les exerce pas. Les citoyens ont la responsabilité de signaler les difficultés rencontrées.

KM- Les francophones du Nord ne possèdent pas d'organisation responsable de la promotion de la diversification économique, comme dans l'Ouest canadien. Qui devrait jouer ce rôle ici ?

DA- C'est le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC) qui devrait jouer ce rôle. Il le joue actuellement avec les peuples autochtones. Le ministère du Patrimoine canadien a la responsabilité de coordonner et de favoriser le développement des communautés. En 1994, on avait identifié 27 institutions responsables d'aider à l'épanouissement des francophones. Malheureusement, le MAINC n'a pas été identifié comme l'une de ces institutions et il n'y a pas eu de mobilisation. On doit renforcer les obligations et donner des directives explicites.

KM- Quelle relation existe-t-il entre le MAINC et le commissariat aux langues officielles ?

DA- Tant et aussi longtemps que le MAINC n'est pas identifié comme une institution clé en ce qui concerne l'épanouissement des francophones, il va être difficile de faire valoir les besoins des francophones auprès de ce ministère. Cela va être une de nos priorités.

KM- De quel budget dispose le commissariat aujourd'hui comparativement au début des années 1990 ?

DA- Notre un budget annuel est d'environ 10 millions de dollars, alors qu'au début des années 1990, nous disposions d'un montant de 13,5 millions et les salaires étaient moindres à l'époque. Avec les coupures, nous avons perdu 20 % de notre effectif. Jusqu'à 165 employés travaillaient pour le commissariat à une certaine époque, maintenant il y en a 130. KM- Qu'espérez-vous dans un avenir rapproché ?

DA- On nous a accordé un surplus de 2 millions afin de prendre le virage technologique. Les gens pourront bientôt effectuer leurs plaintes sur Internet par exemple. Nous souhaitons également réintroduire des activités en région. Nous espérons aller chercher 3 millions de dollars supplémentaires pour réaliser notre planification. L'une de nos priorités est de veiller à la pleine mise en ¦uvre de l'article 23 [ayant droit à l'éducation en français]. L'école est le moteur du développement des communautés francophones. À cela se greffe l'économie, et la vie culturelle et sociale.