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Écouter les savoirs traditionnels pour lutter contre les changements climatiques

Le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat tire une fois de plus la sonnette d’alarme. Le rapport souligne également l’inclusion des savoirs traditionnels pour se diriger vers la résilience climatique. (Crédit photo : Dan Ngoyo)

Le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat tire une fois de plus la sonnette d’alarme. Le rapport souligne également l’inclusion des savoirs traditionnels pour se diriger vers la résilience climatique. (Crédit photo : Dan Ngoyo)

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a publié, le lundi 28 février, le second volet de son sixième rapport sur les changements climatiques. Au moment où il y a urgence d’agir pour limiter les effets des changements climatiques, qui affectent particulièrement l’Arctique, les experts souhaitent que les savoirs traditionnels autochtones soient davantage écoutés et utilisés.

Karine Lavoie

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 et s’intéresse aux changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions et les stratégies à adopter pour contrer ce phénomène. Dans son nouveau rapport, le GIEC soulève d’inquiétants constats alors que les effets des changements climatiques se révèlent être plus rapides et importants que prévu. Dans l’Arctique, cela se traduit, par exemple, par des changements dans la calotte glaciaire et par des inondations côtières. Le rapport insiste également sur l’inclusion des savoirs traditionnels pour se diriger vers la résilience climatique, déclaration à laquelle plusieurs intervenants du milieu adhèrent.

 

L’Arctique au cœur de la crise

Les conclusions du GIEC sont particulièrement inquiétantes pour l’Arctique, région qui subit d’une façon plus significative les conséquences du réchauffement climatique. « Cette accélération a été évidente au Canada, où les incidences de plus en plus fréquentes et graves de l’érosion côtière et de la fonte de la banquise arctique causent des ravages sur les écosystèmes et les collectivités », affirme le vice-président de la campagne « Habitats résilients » du chapitre canadien du Fonds mondial pour la nature, Simon Mitchell.

Mafalda Miranda est stagiaire postdoctorale en géothermie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Ses travaux de recherche se concentrent sur le Nord. Elle se dit également préoccupée par les conséquences des changements climatiques dans l’Arctique canadien. « Ça aura des conséquences exponentielles sur les collectivités qui vivent dans le Nord, qui sont d’ailleurs majoritairement autochtones et qui ont un lien étroit avec le territoire », résume-t-elle.

Elle soutient qu’il est nécessaire d’agir rapidement dans la lutte contre le réchauffement climatique. « Il est maintenant temps de trouver des solutions viables pour ralentir la perte de biodiversité, la dégradation des écosystèmes et de leurs conséquences sur le bienêtre de la population avant que le point de non-retour arrive », ajoute-t-elle.

 

Trop tard pour freiner la tendance ?

Simon Mitchell estime qu’il est encore possible d’éviter les pires effets du réchauffement climatique dans l’Arctique. Parmi les solutions envisagées, il propose l’augmentation du nombre des zones protégées, la restauration des terres dégradées et la réduction des effets causés par l’homme. « Cela débute avec des pays qui réduisent considérablement les émissions provenant des combustibles fossiles tout en investissant dans la résilience des écosystèmes et des communautés. Les solutions climatiques basées sur la nature, telles que la protection et la restauration des écosystèmes qui absorbent et stockent le carbone et l’eau, peuvent aider à faire les deux », résume-t-il.

Mafalda Miranda croit également qu’une grande partie de la solution se retrouve dans la diminution des émissions carbone. « De nombreux pays commencent à repenser leur politique actuelle et à reconsidérer la dépendance aux combustibles fossiles qui ont été signalés comme contribuant à la crise climatique mondiale », précise-t-elle. Elle se réjouit d’ailleurs de la mise sur pied de plusieurs programmes de financement fédéraux, provinciaux et territoriaux à ce sujet.

Aux Territoires du Nord-Ouest, par exemple, le gouvernement fédéral a annoncé en avril 2021 un financement de plus de 640 000 $ pour deux projets visant à réduire la dépendance au diésel utilisé pour le chauffage et l’alimentation électrique. Le premier investissement de 442 000 $, destiné au hameau d’Ulukhaktok, visait à permettre l’élaboration d’un plan énergétique communautaire en appui à de futures initiatives d’amélioration de l’efficacité énergétique et des projets d’énergie renouvelable. Quant au second investissement de 20 000 $, il était adressé à la Rat River Development Corporation pour la mise en place d’une chaine de valeur durable afin de fournir des copeaux de bois à la nation Gwich’in.

« Si on regarde au cours de la dernière année, l’intérêt pour la réduction de la consommation de diésel dans les collectivités nordiques du Canada, que ce soit par des projets d’efficacité énergétique ou d’énergie renouvelable, s’est accru », précise-t-elle en ajoutant que les ressources géothermiques peuvent contribuer à augmenter la sécurité alimentaire dans le Nord.?

Elle déplore néanmoins les forts couts d’installation associés à l’utilisation de l’énergie géothermique.

Peu importe les solutions mises en place, Mafalda Miranda insiste sur l’importance de travailler ensemble pour pouvoir espérer des résultats. « Sans un effort global pour atténuer le changement climatique, il y aura un point où les collectivités nordiques ne pourront plus s’adapter », déclare-t-elle.

 

L’implication des peuples autochtones

Alors que le GIEC soulève l’importance du leadeurship et de la participation à la prise de décision à l’échelle locale pour une adaptation efficace, la militante écologiste inuite originaire de Kuujjuaq au Nunavik, Sheila Watt-Cloutier, déplore de son côté, dans un article intitulé « Upirngasaq (Arctic Spring) », publié en novembre 2020 dans le magazine Granta, que les connaissances traditionnelles sont sous-estimées. « Nous apporterions beaucoup plus à ce débat si nous étions inclus à tous les niveaux. Nous vivons des états d’urgence depuis des décennies et nous avons tenté de signaler au monde la crise climatique qui se profile devant nous », écrit-elle.

Mafalda Miranda croit également à l’importance de mettre à profit les connaissances traditionnelles. « L’implication des peuples autochtones est essentielle à l’élaboration et à la mise en œuvre de solutions de rechange énergétiques. Leur participation est indispensable pour le développement énergétique durable du Nord. C’est aux communautés du Nord de choisir quel choix leur convient. C’est à ces communautés de prendre des décisions », déclare-t-elle.

Il existe toutefois des initiatives dans le nord du pays qui sont très inspirantes selon la stagiaire postdoctorale. À Fort Nelson, dans le nord de la Colombie-Britannique, Tu Deh-Kah geothermal qui devrait être opérationnel en 2025, est le premier projet géothermique au Canada à appartenir à 100 % à une communauté autochtone. Ce projet, qui fournira jusqu’à 7 à 15 mégawatts d’électricité géothermique propre dans le Nord-Est de la Colombie-Britannique, sera la première centrale d’électricité géothermique de la province et l’une des premières au Canada.

Par ailleurs, différentes démarches sont réalisées aux Territoires du Nord-Ouest afin d’évaluer le potentiel de l’énergie géothermique. L’été dernier, une équipe de l’INRS s’est déplacée à Yellowknife, plus précisément du côté de l’ancienne mine Con, pour y mener des études.

Au Yukon, la Commission géologique du Yukon réalisera cet été ou à l’automne 2022, un forage de 1500 mètres à Burwash Landing dans la faille Denali, dans l’Ouest du territoire. « Ils sont en train de faire des forages, de faire des travaux de terrain pour bien comprendre le potentiel de la région », résume Mafalda Miranda.


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