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Nouveau vent francophone : Du nouveau à la maison bleue

C’est avec humilité et enthousiasme que la nouvelle directrice générale de Médias ténois, Eden Maury, prend un tournant décisif de sa vie (Crédit photo : Francis Tessier-Burns)

C’est avec humilité et enthousiasme que la nouvelle directrice générale de Médias ténois, Eden Maury, prend un tournant décisif de sa vie (Crédit photo : Francis Tessier-Burns)

Lorsque Eden Maury débarque à Yellowknife, il y a de cela environ 18 mois, elle n’a pas d’emploi en vue. La vie lui a finalement donné un moment propice pour faire ses bagages et entamer un nouveau chapitre.

« Que j’ai un alignement comme ça, dans ma vie, où je pouvais enfin être libre et je pouvais rentrer au Canada, dans mon Grand Nord », dit-elle ! « C’était la première fois en 21 ans que ça m’arrivait. » Elle a pris un risque pour revenir plus près de sa famille.

Cependant, son retour n’a pas été facile. Elle confie avoir été, il y a quelques mois, « tellement désespérée que j’ai envisagé de tout plaquer, de tout vendre et de partir m’installer en Alberta. »

Maintenant, Eden Maury s’apprête à prendre la relève comme directrice générale de Médias ténois, une fusion du journal L’Aquilon et Radio Taïga. Sa priorité est de continuer d’informer la communauté francophone des Territoires du Nord-Ouest. « Ça restera toujours ma priorité. »

 

Voir les choses en grand

Le directeur général sortant, Maxence Jaillet, occupe le poste depuis 2016. Sous sa direction, l’équipe a grandi de deux personnes à temps plein au journal et une à la radio, à maintenant dix personnes à temps plein, ainsi que quatre à temps partiel entre les deux entités.

« Ça a été tout un développement », affirme-t-il. Le personnel grandit encore pour inclure des aides à la direction, des postes nécessaires d’après M. Jaillet : « On n’est plus de petits médias. On est une entité qui gère un budget de plus d’un million de dollars. »

Cette croissance est aussi venue avec de nouveaux projets. M. Jaillet donne l’exemple de Cabaret Taïga, un évènement annuel qui a débuté en 2016 et s’est terminé cette année. Le cabaret était une série d’émissions radio diffusée en direct qui donnait l’opportunité aux musiciens, écrivains, poètes et autres de partager leurs œuvres devant un public francophone. Maxence Jaillet dit être fier d’avoir pu offrir cet espace aux artistes, ainsi que de les « pousser à devenir de plus en plus professionnels et de leur donner de la pratique et de la formation. »

Du côté écrit, M. Jaillet pointe vers les Articles de l’Arctique : un effort qui voit publier des articles sur les enjeux de l’Arctique, aussi canadien qu’international, chaque semaine. En partenariat avec les journaux francophones L’Aurore boréale au Yukon et le Nunavoix, ces chroniques sont rassemblées dans un magazine tous les six mois.

Un dernier exemple peut-être moins voyant, mais non moins important, c’est la rigueur journalistique. « C’était déjà en nous, mais on a vraiment bien stabilisé, » rapporte le directeur sortant. Surtout avec l’émergence et la propagation des fake news, lui et son équipe ont vu l’importance de garder le journal et la radio comme « phares d’informations fiables ».

Ses années d’expérience dans le journalisme, sa conviction dans la poursuite des faits, ainsi que son rapport culturel font que M. Jaillet est confiant dans l’évolution de Médias ténois avec Mme  Maury à la direction.

« J’ai beaucoup de respect pour le travail de Maxence, affirme Mme Maury. Il s’est vraiment battu comme un lion. Il a vraiment fait un travail titanesque. J’ai maintenant de très bonnes bases. »

Les deux sont d’accord qu’une des prochaines étapes pour Médias ténois est de faire grandir leur présence dans les plus petites communautés des TNO. Pour la nouvelle directrice, cet objectif est particulièrement personnel.

 

Un parcours mouvementé

Eden Maury a grandi en France avec sa mère, mais est revenu plusieurs étés voir son père Henry Morris Beaulieu et sa famille dénée à Dettah. Cet échange culturel n’était pas toujours facile « parce que toute la culture européenne est quasiment à l’inverse des Amérindiens », confie-t-elle.

Son nom légal est Fleur Yake Maury, Eden étant traduction de Yake, qui veut dire « ciel » ou « paradis ». Depuis l’âge de 15 ans, lors de ses études aux États-Unis et à la suite de plusieurs mauvaises prononciations de son nom, elle choisit d’utiliser cette traduction ; mais sa famille autochtone utilise toujours son nom original.

Et ce n’est pas seulement l’usage de son nom qui est différent.

« En France, j’ai toujours eu l’impression que je n’étais pas à ma place, dit-elle. Ici, je fais vraiment couleur locale. Souvent, j’aime bien me balader en ville parce que je croise des gens qui me ressemblent. C’est une des premières fois dans ma vie que ça m’arrive. »

En tant que descendante de Premières Nations, elle veut créer plus de « ponts » entre la communauté francophone et autochtone. Ces ponts, idéalement, vont prendre plusieurs formes. Certains sont possibles immédiatement : commencer à traduire des phrases ou des termes traditionnels, par exemple. D’autres vont prendre plus de temps à bâtir, comme aider à former de jeunes journalistes venant des TNO.

« J’ai bien conscience de l’importance de notre média », dit-elle. Il peut être utilisé même s’il y a parfois une barrière linguistique. Sa grand-mère Madeline Beaulieu en est l’exemple. De son vivant, elle traduisait les nouvelles en anglais, et sa sœur les traduisait ensuite en Dené. Mme Maury est sure que ces ponts peuvent être bâtis : « Je suis sure que ces deux cultures peuvent s’entendre, sinon je ne serais pas là. »

Mme Maury devient officiellement directrice générale à la fin du mois de mai. Elle planifie passer ses premiers mois à rencontrer ses concitoyens et essayer de comprendre davantage certains enjeux politiques et culturels comme les mines et les changements climatiques dans leurs contextes nordiques. Elle espère aussi créer un dialogue avec les lecteurs et les auditeurs, leur donnant plus de place dans les pages de l’Aquilon et sur les ondes de Radio Taïga.

Pour Maxence Jaillet, ses dernières semaines seront occupées autant au bureau avec la transition qu’à la maison : sa femme et lui préparent leur déménagement en Colombie-Britannique, où sa fille les rejoindra par la suite. Il affirme qu’il aurait pu vivre à Yellowknife le restant de ses jours, mais que « le fait d’avoir ma fille qui vient vivre avec nous deux là-bas, ça m’a donné le gout aussi de voir autre chose ».

Il remercie ses collaborateurs à travers les années, ainsi que les gens qu’il a interviewés et photographiés. « C’est tout ça qui a fait que c’était aussi plaisant de travailler ici à Yellowknife, pour les Territoires du Nord-Ouest, et pour la francophonie », dit-il.

Il ajoute qu’il est content de passer le flambeau à Mme Maury, une personne « travaillante » et qui a « le sens de la communauté » pour mener un organisme communautaire. Cette image de passation est reprise par la nouvelle directrice. « Il me donne la flamme olympique et c’est à moi de continuer, ajoute-t-elle. J’ai bien conscience de l’effort encore et du temps qu’il faudra mettre pour courir le plus loin et le plus longtemps possible. »


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