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La francophonie autochtone des T.N.-O. : Début d’une chronique

22 mars 2002
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Qu'ont en commun Jacques Beauchamps, Baptist Bisson, François Courtois, François Beaulieu, Joseph Landry et Charles Ducette ?

La réponse vous étonnera !

Louis-Pascal Rousseau

Ces francophones étaient tous membres de l’équipée d’Alexander Mackenzie, celui que les crénaux de l’histoire canadienne retiennent comme le découvreur du fleuve portant aujourd’hui son nom. Nous savions déjà qu’Alexander MacKenzie, foulant les berges du Grand lac des Esclaves en 1789, talonnait en fait les pas de « notre » Laurent Leroux, datant de 1784. Ce que son journal de bord a révélé depuis peu, c’est qu’il était appuyé dans son voyage par des voyageurs francophones. Autres découvertes récentes de l’histoire : dès 1786, les registres de la Compagnie de fourrures du Nord-Ouest note la présence de 14 commerçants francophones autour du Grand lac des Esclaves.

Que sont devenus ces commerçants ? La réponse se trouve dans les écrits d’Émile Petitot. Presque cent ans plus tard, lorsque ce missionnaire parcourera la région du Grand lac des Esclaves, il recontrera une communauté métisse, composée de descendants de ces commerçants. Dans son livre « Traditions indiennes du Canada » ce missionnaire de France transcrira les récits que ces Métis lui ont comptés, avec le soin de conserver l’accent du pays. « M’sieu », « asteur », « compagnié », « charcher » étaient autant de canadianismes en vogue chez les Métis des TNO en 1862, que l’on retrouve dans ce livre étonnant.

L’histoire révèle donc que la région du Grand lac des Esclaves a été occupée hâtivement par des Métis francophones. À cette présence autochtone franco-phone s’ajoute celle des élèves des classes missionnaires. En effet, de 1867 aux années 1940, les Sœurs Grises oeuvreront à un enseignement du français chez les Dénés. Cet enseignement connaîtra son sommet dans les années 1920, où plus d’une centaine de jeunes Dénés s’adonneront à l’apprentissage de la langue de Molière. Leçons, dictées, comptines et prières en français furent l’apanage quotidien de ces élèves durant des années. À l’intention de leurs anciens élèves, les Sœurs Grises publieront jusqu’en 1929 le premier journal des TNO, aussi en français, nommé La voix amie.

Il reste encore aujourd’hui quelques groupes d’Autochtones francophones aux TNO, de plus en plus restreints et âgés. L’Aquilon vous invite à rencontrer ces personnes exceptionelles dans les semaines à venir, à travers une série de portraits qui leur sera consacrée.