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De la détermination (et du cuivre) à revendre

Diane Gionet-Haché a dégainé 55 tonnes de cuivre. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Diane Gionet-Haché a dégainé 55 tonnes de cuivre. (Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

Il y a de ces personnes que rien n’arrête. Diane Gionet-Haché, résidente de Yellowknife depuis 2004, en fait partie.
Cette retraitée a versé 560 000 $ à des organismes de charité en dégainant, un par un, des vieux fils électriques de la mine Diavik et en revendant ainsi 55 tonnes de cuivre.

La première chose qui frappe lorsqu’on rencontre Diane Gionet-Haché, c’est son énergie contagieuse. Pas de doute : cette femme, malgré ses cinq pieds deux pouces et ses 66 bougies, déplace de l’air. Et elle aime sortir des sentiers battus.

Diane, originaire de Caraquet, a travaillé pendant douze ans comme camionneuse et opératrice de machinerie lourde à la plus grosse mine de diamants au pays, Diavik, exploitée par Rio Tinto. Elle a pris sa retraite en 2018. Peu après, un coup de fil d’un ancien collègue : « Diavik cherchait quelqu’un qui voudrait dégainer les vieux câbles électriques et vendre le cuivre pour des œuvres de charité », dit-elle.

« Je me suis dit que ça me ferait un bon hobby comme pensionnée, continue-t-elle. Mais je n’avais aucune idée dans quoi je m’embarquais ! »

Elle s’est aussi fait dire par plusieurs que c’était impossible. Qu’elle échouerait. « C’était leur opinion, dit-elle, pas la mienne. »

Diane Gionet-Haché a publié sa biographie en 2021.

 

« Impossible » ?

Ce n’est pas le premier projet « impossible » que Diane réussit. Elle a pagayé en kayak les 1700 km du fleuve Mackenzie et le passage du Nord-Ouest en solo. Elle a conduit des 18 roues sur la route de glace. Plus jeune, désirant rester à la maison pour s’occuper de ses quatre enfants, elle a fondé une fromagerie et finit par s’occuper de plus de 200 chèvres. Elle relate d’ailleurs sa vie hors du commun dans une biographie prenante intitulée Oser : l’audacieux parcours de Diane de Caraquet à l’Arctique, écrite en collaboration avec l’auteure montréalaise Michèle Morel.

Un livre pour « stimuler les jeunes et réveiller les vieilles et les vieux », dit l’Acadienne en riant.

Elle savait donc que le potentiel monétaire de ces câbles lourds et emmêlés, remplissant d’immenses conteneurs, était « faramineux ». Et que des organismes ténois bénéficieraient grandement de dons.

C’est ainsi qu’au printemps 2019, elle a retroussé ses manches et a retiré toutes les gaines et enveloppes de plastique qui couvraient 33 000 livres de cuivre, soit près de quinze tonnes. De 8 à 17 h, souvent 7 jours sur sept, pendant plusieurs mois.

Ça n’a pas été facile : elle a souffert de tendinites, faute d’avoir maitrisé rapidement la bonne technique pour manipuler les câbles, fils, scies ou pinces. « Je ne pouvais même plus ouvrir une poignée de porte. Mes fils ne l’ont jamais su. »

La première année a été « brutale », reconnait-elle. Mais pas assez pour l’arrêter.

Elle a vendu le fruit de son travail pour 94 000 $ l’hiver suivant, en 2020. Tout l’argent a été remis à la Yellowknife Women’s Society, car, à ses yeux, en aidant les femmes, pilier de la famille, on soigne des maux de la société.

 

 

Une nouvelle passion

« Après un certain temps, c’est devenu une passion. Quand j’ai fini de pagayer le fleuve Mackenzie, j’ai eu l’impression de vieillir de dix ans, car je n’avais plus de but. J’avais atteint mon rêve. Avec ce hobby, moi qui aime l’ouvrage physique, je suis flat out le soir, mais je sais que ça va apporter quelque chose. C’est tellement satisfaisant ! », dit celle dont le modèle, sa mère, faisait énormément de bénévolat. Les larmes lui montent aux yeux dès qu’elle parle d’elle.

« C’est peut-être génétique, d’aider, dit-elle. Ma mère était passionnée. Je suis ses traces. »

Ses efforts durant la courte saison chaude à Yellowknife – quoiqu’elle travaille jusqu’en novembre – lui ont permis de récolter plus de 40 000 livres (18 tonnes) de cuivre en 2020, vendues pour près de 179 000 $ durant l’hiver. L’été dernier, elle a dégainé pour près de 49 000 livres – 22 tonnes ! – et vendu le tout pour environ 290 000 $. D’autres organismes en ont profité, dont le Centre de soutien familial de Hay River, la banque alimentaire de Ulukhaktok et plusieurs projets ciblant les enfants.

Diane vend l’hiver, car les cours de cuivre sont plus élevés durant cette saison. Lorsqu’elle n’est pas occupée à dégainer des câbles ou à cajoler ses petits-enfants, l’entrepreneuse tient en effet le marché du cuivre à l’œil. « J’ai été chanceuse cette année, j’ai vendu début mars, alors que la valeur a atteint un sommet », dit-elle. Elle a été élevée avec ses neuf frères et sœurs sur la ferme familiale où la débrouillardise était de mise et où il y avait toujours quelque chose à vendre.

Si personne n’avait pris sur soi de dégainer ces câbles, continue-t-elle, Diavik aurait probablement vendu chaque conteneur de fils pêlemêle pour une fraction du prix obtenu.

Simon Letendre, porte-parole à Rio Tinto, n’était pas en mesure de s’avancer sur cette question. Chose certaine, il se réjouit des retombées. « C’est un projet qui a donné des résultats spectaculaires quand on pense aux dons possibles grâce à son considérable travail », dit-il.

« Ce qui est aussi extraordinaire, poursuit-il, c’est toute la mobilisation que Diane a créée autour d’elle. Des membres de la communauté l’ont aidée en lui prêtant de l’équipement, de l’espace ou mainforte. »

 

« Elle me rappelle Gandhi »

Plusieurs entreprises, en effet, la soutiennent. Arctic West Transport lui fournit un endroit où travailler, l’électricité ou de l’équipement, comme une chargeuse. Diane y a installé un abri d’auto non chauffé afin d’y travailler non loin de ses conteneurs. « Jay Westgard d’Arctic West m’a sauvé la vie en acceptant que je travaille sur son terrain. Plusieurs personnes avaient refusé, à cause d’assurances. C’est une aide extrêmement précieuse ! » La compagnie KBL Environmental lui fournit des sacs de transport pour y mettre le cuivre afin qu’il prenne la route vers Vancouver.

Quant aux gaines indésirables, c’est la compagnie de gestion des déchets Kavanaugh Bros qui s’occupe de les collecter et d’envoyer ça au dépotoir. « On couvre tous les couts », dit son directeur général, Peter Houweling. « Diane est une guerrière, continue-t-il. Elle est un pilier dans notre communauté. Elle fait un travail extraordinaire et on veut être là pour soutenir cette bonne cause. »

« Elle me rappelle Gandhi », ajoute Peter Houweling, qui la connait depuis plusieurs années. « Cette petite femme francophone brave le froid et nous montre que de travailler dur, d’avoir de bonnes idées et d’être déterminé peut faire une grande différence dans le monde. »

Il y a aussi des bénévoles qui viennent l’aider à l’occasion. Une trentaine sont passés, estime Diane.

L’un d’eux, Michel Lanteigne, revient souvent. Lui aussi originaire de Caraquet, ils se connaissent depuis l’école primaire et ont élu domicile à Yellowknife en suivant des chemins différents. « Quand Diane a quelque chose dans l’idée, dit-il au sujet de son amie d’enfance, rien ne l’arrête. Elle trouve toujours des solutions. » Il la trouve audacieuse et a parfois l’impression qu’elle n’a jamais de problèmes, dit-il, tellement elle est souriante et heureuse !

L’été dernier, Michel a passé une bonne partie de ses samedis à démêler des câbles, à les scier, à les déplacer et à suer. « Ils sont lourds et longs. C’est difficile à sortir. Une fois démêlés, ça l’aide beaucoup pour le dégainage. » Il consacre ainsi de son temps à épauler son amie dans son « ouvrage » pour qu’elle atteigne ses objectifs.

Un « ouvrage » pas possible, selon Fred Linderman, un autre ami proche, camionneur, qui lui donne un coup de main occasionnel. « C’est brutal comme boulot. Je ne sais pas comment elle fait pour tenir ! », dit celui qui la considère comme sa meilleure amie. Il a été son mentor sur les routes de glace, où ils ont roulé ensemble pendant près de huit ans.

« Quelqu’un lui a dit que c’était impossible, continue-t-il. Il ne faut pas dire ça à Diane, car, autrement, elle va le faire. C’est une femme incroyable. » Il ajoute avoir lu sa biographie, écrite en français et traduite en anglais, en une journée. « J’étais incapable de déposer le livre, elle est tellement inspirante ! »

Arctic West Transport fournit à Diane Gionet-Haché un endroit où travailler, l’électricité ou de l’équipement.
(Crédit photo : Marie-Soleil Desautels)

 

Encore pour plusieurs millions

Simon Letendre, le directeur aux relations avec les médias à Rio Tinto, a lui aussi lu sa biographie. Même s’il n’a jamais rencontré Diane en personne, il n’hésite pas à dire qu’elle est une « force de la nature ».

La fin de la production à la mine Diavik est prévue en 2025. N’empêche, Rio Tinto aura encore bien des câbles à faire dégainer.

« Il y en a pour plusieurs millions », concède le porte-parole Simon Letendre. Mais, pour l’instant, « la question de savoir ce qu’on souhaite faire avec ces fils-là s’inscrit dans une réflexion plus large avec la fermeture à venir de la mine. » Cela dit, ajoute-t-il, l’entreprise souhaite continuer d’avoir « un impact positif dans la communauté à travers un projet de ce type-là ».

Le porte-parole répond vaguement aux questions, disant être en discussion avec Diane. Celle-ci, quant à elle, parle d’un projet pilote dont elle ne peut pas dévoiler de détails…

Une chose est certaine, Diane a l’intention de continuer au moins deux ans. « Si je peux aller chercher un million en tout, je serais fière de moi. Ça va tellement faire des heureux ! », dit la grand-mère qui aime de plus en plus passer une partie de l’été avec ses petits-enfants à Caraquet.


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