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Comme un poisson dans l’eau

« Il y a un petit côté détective dans tout ça, dit Jeremy en riant. C’est amusant de réunir les gens avec leurs effets personnels. » (Crédit photo : Cristiano Pereira)

« Il y a un petit côté détective dans tout ça, dit Jeremy en riant. C’est amusant de réunir les gens avec leurs effets personnels. » (Crédit photo : Cristiano Pereira)

Personne ne connait mieux que lui le fond des lacs de Yellowknife. Dans la capitale ténoise, le plongeur Jeremy Macdonald récupère toutes sortes d’objets perdus : des téléphones, des appareils photo, des bagues, des portefeuilles ou même des voitures.

Jeremy Macdonald est allé passer le dernier long weekend de l’été avec sa famille au lac Hidden et, lundi dernier, lorsqu’il se rapproche de Yellowknife et commence à capter du réseau, son téléphone vibre d’un appel à l’aide : une pagayeuse avait laissé tomber son téléphone intelligent dans le Grand lac des Esclaves, quelque part en face de Sundog Trading Post, sur l’le Latham.

Lorsque l’on perd un objet dans les eaux autour de Yellowknife, on sait bien qui appeler : Jeremy, le plongeur expert dans la recherche et dans la récupération de tout ce qui se retrouve au fond des lacs. Et quand on dit tout, c’est exactement ce qu’on veut dire… tout : téléphones, appareils photo, bijoux, chaussures, montres, balles de golf, portefeuilles, outils, harmonicas, clés, lunettes, dentiers, cannes à pêche, fusils de chasse, motoneiges, ancres de bateau, moteur de bateau, bateaux entiers ou même des camions. Tout.

« C’est tout le spectre : des petites choses aux plus grandes choses » s’amuse Jeremy Macdonald en enfilant ses palmes devant le Sundog Trading Post. Malgré le vent et le lac agité, le plongeur va tout de même tenter de récupérer le téléphone tombé à l’eau. Il disparaît dans un plouf.

Aucun défi n’est trop difficile à relever pour Jeremy et son équipe : de l’inspection de bateau, à la cartographie sous-marine. (Courtoisie JM)

Il est en quelque sorte une célébrité à Yellowknife et une vedette de la télévision locale. Son émission « S**t I Found Diving » entame sa sixième saison sur Northwestel Community TV et sa page Facebook « Shit I Found Diving In YK », compte près de 4 000 abonnés. Fondateur de la compagnie Yellowknife Divers, Jeremy MacDonald offre plusieurs services. Lorsqu’il s’agit de travail à effectuer sous l’eau, c’est à lui qu’on fait appel. Aucune tâche n’est trop difficile pour lui : inspection de bateau, prise de vidéo, cartographie sous-marine ou encore récupération d’objets perdus. Ce dernier service semble être le plus demandé, et sûrement celui qui offre le plus d’histoires à raconter.

Souvent, il ne cherche même pas ce qu’il trouve. Il lui arrive de trouver des appareils photo au fond du lac et de réussir à récupérer la carte mémoire avec les images. « Il y a un petit côté détective dans tout ça, dit-il en riant. C’est amusant de réunir les gens avec leurs effets personnels. » Pour cela, les réseaux sociaux sont un excellent outil. Il suffit de partager une photo de quelqu’un et demander si quelqu’un connait cette personne. « Tout le monde à Yellowknife connait tout le monde, donc ils vous répondent très rapidement sur les choses trouvées qui leur appartiennent », poursuit Jeremy.

Il y a quelques mois, il trouvait une caméra GoPro perdue dans la rivière Cameron en août 2016. En moins de deux minutes, les gens sur Facebook ont identifié la personne sur les photos. Une alliance est également revenue au doigt d’une mariée après avoir été retrouvée au fond de l’eau. Et bien d’autres exemples. Le plongeur dit : « On ne sait jamais quelle est la signification [d’un objet] pour eux. Certaines choses peuvent être insignifiantes pour nous, mais avoir une valeur sentimentale pour quelqu’un. » Et c’est pour ça que Jeremy a commencé cette activité.

 

Jeremy (à gauche) et Collin (à droite), avec deux de leurs trouvailles sous-marines : une bague et une caméra GoPro (Courtoisie JM)

Le vieux billet de un dollar

Au début, Jeremy Macdonald ne pensait pas qu’il pourrait récupérer des objets pour d’autres personnes jusqu’à un épisode de sa vie survenu en 2014. Il vivait alors au Nouveau-Brunswick. Un jour, alors qu’il plonge à Fredericton accompagné d’un ami, le duo trouve le sac à main d’une dame, avec ses documents. Ils lui envoient un message et, surprise, la femme leur apprend que ce sac a été volé dans sa voiture. « Elle nous a demandé s’il y avait de l’argent dans le sac et nous avons dit qu’il n’y en avait pas, mais qu’il y avait des pièces d’identité et d’autres effets », relate le plongeur de Yellowknife.

La femme n’habitait pas à Fredericton et ce n’est que quelques mois plus tard qu’elle s’est rendue en ville pour recevoir son premier traitement médical pour une maladie grave. Après avoir appelé Jeremy Macdonald pour récupérer son sac, elle l’ouvre et tombe en sanglot à la vue d’un vieux billet de un dollar « auquel je n’avais même pas prêté attention », raconte Jeremy. « Puis, elle nous a dit que son père lui avait donné ce billet juste avant de mourir et lui avait dit “Lorsque tu vois ce billet, sache que je veille sur toi”. »

La femme récupère de manière inattendue ce billet qu’elle croyait perdu. Et elle l’a retrouvé pendant une période difficile. « C’était donc juste ce moment de heureux hasard : elle a eu ce moment avec son défunt père, le billet étant la chose qui lui manquait, et nous n’en avions pas parlé. Elle est venue pour un traitement médical et a récupéré le billet de son père », résume Jeremy. Le plongeur avoue : « Cela m’a en quelque sorte donné l’envie de trouver les objets personnels des gens. C’est pour ça que je me suis lancé. »

Cela fait huit ans que Jeremy Macdonald retrouve des objets perdus dans les eaux de Yellowknife. Le plongeur estime qu’il
récupère les choses demandées dans « 80 % des cas » (Crédit photo : Cristiano Pereira)

 

Eau trouble

De retour à Sundog Trading Post. Après quelques minutes sous l’eau, Jérémie émerge, s’approche du quai et commence à déposer ce qu’il a trouvé au fond du lac : une vieille hache, une hélice cassée, un couteau, un ressort et un amas de tuyaux de fer rouillés. Mais pas le téléphone de la pagayeuse.

Jérémie commence à douter de son lieu de recherche et décide de sortir de l’eau pour contacter la personne qui lui a commandé le service, afin de lui demander des informations plus précises. Ce n’était pas tout à fait là, mais à environ 30 mètres plus loin, non loin d’une zone sous l’aile d’un avion. Jeremy replonge, fouille cette zone pendant quelques minutes, mais revient en hochant la tête horizontalement. Pas de téléphone. La visibilité, dit-il, est « terrible ». Il y a beaucoup de vent, le lac est assez agité et l’eau est très trouble. « On ne voit plus rien, je dois revenir ici plus tard », explique-t-il.

Il reste tout de même confiant, comme si ce n’était qu’une question de temps avant de récupérer cet appareil. Cela fait huit ans qu’il retrouve des objets perdus dans les eaux de Yellowknife. Le plongeur estime qu’il récupère les choses demandées dans « 80 % des cas ». Il précise que cela dépend des informations reçues, et que c’est souvent complexe, car les coordonnées sont trop vagues. « Certaines personnes disent simplement qu’elles ont perdu leurs téléphones en pagayant au milieu du lac Long, et c’est une grande zone », détaille le plongeur.

Il y a aussi des lacs plus faciles à fouiller que d’autres. « Certains contiennent beaucoup de dépôts et d’autres sont plus rocheux », précise Jeremy. Le lac Long, par exemple, a un fond peu visible pour trouver quoi que ce soit. « Tout ce qui touche les sédiments au fond va simplement couler, confie le plongeur sous-marin. C’est fini, on ne peut plus voir, ça disparaît tout simplement. » La même chose se produit au lac Pontoon, qui a « une couche de sédiments de deux ou trois pieds de haut ». La récupération d’objets sous l’eau peut s’avérer difficile à cause de la turbidité de l’eau. Souvent, Jeremy utilise des technologies comme des véhicules sous-marins commandés à distance.

Le lac Prelude, par contre, est différent et « a beaucoup d’endroits où les sédiments ont une épaisseur d’un millimètre », selon Jeremy Macdonald. En bref, il s’agit ici principalement de roches ou de fins dépôts sous-marins. « La végétation ne pousse que du rivage jusqu’à environ dix ou onze pieds de profondeur », décrit le plongeur. « Ce n’est certainement pas de la plongée tropicale : si vous allez dans des endroits comme le Honduras, le Mexique ou les Caraïbes, vous verrez des récifs et une variété de poissons », s’amuse-t-il.

Aidé de son équipe de plongeurs et de bénévoles, Jeremy Macdonald s’emploie également au nettoyage des fonds de lacs. On y retrouve toute sorte d’objets. (Courtoisie JM)

 

Nettoyer le fond des lacs

Cependant, Jeremy Macdonald souligne qu’autour de Yellowknife, il existe également des environnements sous-marins aux charmes variés. La rivière Cameron, « c’est beau pour plonger, vous avez toutes sortes de végétation, de cratères, d’escargots, de corégones ou de brochets », selon lui. Un problème demeure cependant. « C’est aussi inondé de canettes de bière », déplore-t-il. « Quand tu plonges dans ces beaux endroits, tu flottes avec de l’herbe qui ondule, c’est très méditatif, et puis tout d’un coup il y a un tas de déchets. »

C’est pour cette raison que Jeremy MacDonald se consacre également au nettoyage des cours d’eau. Avec l’aide de bénévoles de la communauté, il estime avoir retiré plus de 15 000 livres de déchets de l’eau. Il y a beaucoup de canettes et toutes sortes de déchets, mais surtout beaucoup de vieux pneus. Ces activités de nettoyage sont toujours annoncées en avance sur les réseaux sociaux pour essayer de rassembler un maximum de bénévoles. « L’assistance sur terre est importante pour ces évènements pour récupérer les déchets des plongeurs et aider à l’organisation. »

Même si tout cela n’est pas son occupation principale – Jeremy MacDonald poursuivant une carrière dans l’armée canadienne –, le plongeur offre également une certification de plongée sous-marine avec le cours PADI Open Water Diver, « le cours de plongée le plus populaire et le plus largement reconnu au monde », comme on peut le lire sur le site Yellowknife Divers.

Il n’y a pas de saison pour la plongée sous-marine : quelle que soit la saison, le plongeur se rendra disponible pour récupérer des objets dans les fonds marins. (Crédit photo : Cristiano Pereira)


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