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Cabaret Taïga : « Je n’ai jamais »

Apollo J. récitant le poème, Jalousie immortelle lors du Cabaret Taïga du 4 mars 2022. (Crédit photo : Maxence Jaillet)

Apollo J. récitant le poème, Jalousie immortelle lors du Cabaret Taïga du 4 mars 2022. (Crédit photo : Maxence Jaillet)

Présenté devant un public et sur les ondes de Radio Taïga, la dernière édition en date du Cabaret Taïga s’est tenue le 4 mars 2022 à Yellowknife.

Durant cette soirée aux multiples performances, plusieurs des artistes invités n’ont présenté qu’un extrait de leur création. Pour ce mois de la francophonie, la composition écrite étant un des meilleurs moyens de prendre le temps d’apprécier la langue, voici l’ensemble de leurs textes.

 

Apollo J.

Apollo J. est un poète originaire de Yellowknife. Iel commence à écrire sérieusement à 10 ans et, à 11 ans, commence à écrire pour le journal L’Aquilon. À 15 ans, iel publie son premier recueil de poésie, EurophiÆ. Depuis, iel collabore avec plusieurs magazines et organisations partout au Canada, tels que Lettres québécoises, Radio-Canada, les Éditions de la Nouvelle Plume, et plus encore. Iel écrit des poèmes et des histoires et pratique aussi la comédie.

 

Ludivine Bellefleur (Andréanne Simard)

Depuis plus de 15 ans, Andréanne Simard s’exprime au travers de différentes disciplines : humour, musique (auteure-compositrice-interprète), improvisation, cinéma, poésie, l’effeuillage et clown. Elle est une passionnée de la scène. Récréologue, elle a travaillé sur l’organisation et la production d’évènements et de spectacles. Jusqu’à ce jour, les arts n’étaient pour elle qu’un passetemps. Toutefois, elle profite de toutes les occasions pour monter sur scène, afin de donner vie à ses créations. Durant trois ans, aux Îles-de-la-Madeleine, elle a écrit et offert des prestations sur les scènes de l’archipel. C’est aux Territoires du Nord-Ouest que l’artiste a vécu un envol artistique : Cabaret Taïga, Parkas & Pasties, membre des Couteau-Jaune et des Maisons-Bâteaux, etc. Elle a participé à de nombreux projets de création scénique, autant d’occasions de professionnaliser sa démarche, d’orienter sa carrière et de cerner ses objectifs.

Vincent Poirier, animateur, artiste d’impro

Vincent Poirier était à Yellowknife, comme animateur dans le cadre de la série télévisée Hors Québec.

Au début du mois de mars, il a fait la rencontre de l’artiste Apollo J., avec qui il a suivi un petit atelier d’écriture. Ce texte est donc le résultat de cette rencontre créative.

Vincent baigne dans le milieu de la télévision depuis 20 ans ! Vos enfants l’ont peut-être vu dans Mehdi et Val ou Motel monstre, vos ados dans La Malédiction de Jonathan Plourde, et pas mal n’importe qui dans 100 % local. Quand il n’est pas devant la caméra, il est derrière à titre de scénariste, ou parfois de réalisateur. Sinon, il est sur le côté de la caméra à titre de « gars qui regarde ce qui se passe devant ou derrière ».

Un projet cher aux Franco-Ténois

Depuis 2016, Cabaret Taïga a su gagner les cœurs des Ténois. Financé par Patrimoine canadien, Cabaret Taïga est une série d’émissions radiophoniques réalisées en direct devant le public.

Ce projet avait comme objectif premier de créer du contenu original pour la radio locale, tout en offrant des scènes professionnelles aux artistes de chez nous. Avec le temps, ce projet a soutenu les artistes de la scène avec des formations, de l’accompagnement et de la direction artistique, afin de favoriser l’épanouissement et l’évolution des artistes des Territoires du Nord-Ouest.

La communauté s’est rapidement attachée à ces petits spectacles de 1 h -1 h 30 où le public pouvait découvrir et savourer de l’art en français. Évènement rassembleur, Cabaret Taïga s’est toujours taillé une place dans l’agenda bien garni des Franco-Ténois. Que ce soit au Fat Fox, au Twist, au NACC, à la Saint-Jean sur le site de Folk On The Rocks, aux Jeux d’hiver de l’Arctique à Hay River, devant l’industrie du Contact Ouest ou encore via Zoom, le public était constamment au rendez-vous pour soutenir et découvrir les talents ténois, collègues et autres membres de la communauté.

C’est avec la plus humble gratitude que Médias ténois tient à remercier tous les artistes qui ont contribué au succès de ce projet, ainsi qu’à la communauté et à Patrimoine canadien pour avoir soutenu et aimé Cabaret Taïga.

 

Jalousie immortelle

Apollo J.

 
Pour une meilleure immersion, l’auteur.e recomman de de lire son texte en écoutant cette liste de lecture musicale

Personne ne savait comment cela s’était passé. La sécurité était serrée ; il y avait des gardes partout, à chaque porte et à chaque fenêtre. Les couloirs de pierres étaient envahis de silence, brisé seulement par l’écho d’une respiration lourde. Cette nuit-là, la lune perçait à travers les murailles de verre coloré, illuminant le palais d’aurores boréales. Tous étaient dans leurs chambres, mais aucun ne pouvait dormir, éveillé par un délire quelconque. Il semblait que le palais entier frémissait. Personne n’osait dire un mot.

Le peuple du royaume aussi était étrangement atteint. Le ciel retenait son souffle et les étoiles gisaient figées dans les quelques nuages indociles. C’était comme si la Terre elle-même était gelée dans un bloc de glace transparent. Le vent retenait ses rafales. Toutes les créatures, petites et grandes, étaient dormantes, juste pour cette nuit, en regardant les étoiles. Dans les yeux de quelques oiseaux médusés, les constellations racontaient l’avenir. Un petit cardinal, caché dans les feuilles d’un peuplier, fit tressaillir ses ailes, anxieux. Une seule plume rouge flotta doucement vers le sol, portée par l’air inexistant. Elle atterrit sur la surface immobile d’un étang, et flotta.

Dans le palais, les ombres frissonnaient. Les respirations devenaient de plus en plus fortes, de plus en plus lourdes. Elles se transformèrent en halètements rapides et douloureux, puis en pleurs et en cris. La voix gémit et hurla de douleur.

Au-dessus des nuages, au-delà du ciel, dans l’Olympe, il y avait l’orage qui faisait taire le monde. Les dieux, grands et majestueux, se faisaient petites guerres. La pluie ruinait leur terre comme les larmes qui glissaient sur des joues poudrées de rose.

Les éclairs envoyaient des chocs d’électricité dans la mer, comme les vagues de douleur qui saccagent ses veines. Le tonnerre secouait la nuit comme ses cris secouaient le peuple.

Les gardes, postés à chaque coin, se regardaient nerveusement. Ceux les plus proches de la porte la plus extravagante de la plus grande tour du palais, s’ils tendaient l’oreille, pouvaient entendre des mots d’encouragement. De doux murmures, chuchotant des conseils et du soutien au milieu de la clameur, formaient une mélodie constante. Mais doucement, dans l’Olympe, la pluie s’atténuait. Les éclairs s’arrêtaient. Le tonnerre se taisait. Les dieux se calmaient. Et, pendant que le vent sifflait, les nuages se séparaient et un fin brin de lumière frappait les eaux. Un joli petit cri se lâcha dans les airs quand le soleil se leva, et les hurlements firent place à des petits halètements fatigués, mais heureux.

Dans la pièce la plus extravagante de la plus grande tour du palais, des gouttes de sueur coulaient sur le visage de la reine. La transpiration était salée sur sa langue, mais elle souriait de toutes ses dents. Sa femme de chambre personnelle lui passe un linge mouillé sur le front. La reine soupire de joie quand elle sent la fraicheur. Un autre pleur mignon gémi dans ses bras, et elle baissa la tête. Son nouveau-né, enrobé dans une serviette de velours, suçotait son sein et agrippait sa poitrine avec des petites mains potelées.

L’enfant était rose et adorable, couvert de marques de sang. La femme de chambre le ramassa délicatement et le nettoya avec un chiffon de coton. L’enfant pleurait et se débattait, mais les deux femmes riaient et séchaient leurs larmes. Il était fort et en bonne santé. La reine avait des larmes aux yeux et, une fois que le bambin était de nouveau dans ses bras, elle posa ses lèvres sur le front de son petit miracle. Elle lui donna un baiser tendre et, avec les yeux fixés sur les cieux, elle chuchota un remerciement.

La reine savait que son enfant ne vivrait peut-être pas. Elle connaissait les risques. Elle savait aussi que le risque continuerait aussi longtemps que son enfant fut vivant. L’histoire de la jalousie, sortie de la boite de Pandore, se répète. Toutes les femmes sur Terre connaissent le destin terrible qui attend n’importe qui couche avec le roi du ciel. Sa femme a bien répandu la peur dans le monde, a tué des dizaines pour leurs tromperies et ne s’est jamais arrêtée pour considérer la possibilité que la grande majorité ne voulaient pas dormir avec son mari.

Zeus prend ce qu’il veut sans conséquence, comme toujours. Personne n’est assez puissant pour l’en empêcher. Héra essaye, bien sûr, mais cela fait longtemps qu’elle a appris que sa rage ne nuisait pas du tout au dieu du ciel. Sa rage a bouilli, chauffée par son inhabilité d’arrêter son mari de la tromper, et s’est évaporée en jalousie et en haine. Elle dirigeait sa colère envers chaque femme que Zeus apportait à son lit, puisque ce n’était pas elle.

La reine savait que Héra viendrait pour son enfant. Il était chanceux d’avoir vécu aussi longtemps. Son petit miracle, né de rouge et d’or, aux yeux bleus et blancs comme les éclairs de son père. Son magnifique bébé, qui gazouille dans ses bras. Son bambin mignon, qui danse avec le décès, juste à cause de son existence.

Avec des larmes chaudes qui se balancent sur ses cils et une nuance de regret dans l’esprit, la reine serre son enfant dans ses bras et laisse sa tête retomber sur son oreiller doux. Si elle n’a que quelques moments à passer avec son petit demi-dieu, que ça soit une journée ou une minute, elle en profitera.

Le petit cardinal rouge, perché sur son peuplier à l’extérieur de la fenêtre de la pièce la plus extravagante de la plus grande tour du palais, s’envole. Son plumage vermillon scintille dans le ciel étoilé noir, pivotant entre les arbres et les mauvais présages, pendant qu’il vole de plus en plus haut. Il ne chante pas, ne fait pas de détour ou de distraction. Sa mission est terminée et il suit son parcours.
Il monte dans les nuages, dans l’atmosphère où l’oxygène devient fin, et disparait lentement du monde mortel.

Au-delà du monde mortel, au-dessus de l’air, il y a des légions de temples argentés dégoulinants d’or. Une harmonie se balance langoureusement dans les airs et une senteur de sucre et de cannelle suit le vent. La gloire semble fusionnée avec l’ichor et la noblesse, enchainée dans les cœurs. Le soleil brille chaque heure, chaque jour, pour toujours, et ne laisse jamais place à l’obscurité. Il semble que la négativité n’a jamais même considéré envahir ce paradis.

Dans les arbres d’olive poussant auprès des autels d’Athéna, des hiboux perchés observent avec la tête penchée. Leurs yeux, comme des étincelles d’un feu de joie, analysent tous les passants, des nymphes et des dryades, des naïades et des fées, des dieux et des déesses ; tous des personnages qui sont tous plus beaux les uns que les autres.

Il y a des fleurs, roses et rouges, poussées par Aphrodite et Déméter ensemble, qui s’épanouissent dans chaque coin et qui propagent une délicieuse odeur dans l’air vivifiant. Le ciel est éthéré et le monde est idyllique. Le son des ruissèlements de fontaines forme un rythme doux berçant, assemblant la musique des neuf muses.

Des statues de bronze pur ornent les routes de marbre et les palais de dolomie. Des veines de cipolin traversent le marché, qui est peuplé de créatures les plus élégantes dans le monde existant. Les centaines de petits étals vendent tout, variant des tapisseries et sortilèges jusqu’aux pommes dorées et aux amulettes de protection. Les gens dansent et gambadent ensemble sur une douce mélodie dans les airs. C’est une place splendide, tellement magnifique et somptueuse qu’on dirait un mirage dans la mémoire d’un homme rêvant.

C’est l’Olympe. La demeure des dieux. Un monde si inouï qu’il ne peut pas exister sur la plaine mortelle.

Dans ce paradis, les dieux et les déesses continuent leurs vies infinies. D’un simple coup d’œil, leurs activités sont glorieuses et majestueuses. Par contre, de plus proche, certaines mains tremblent et un fin brin de sueur coule sur quelques fronts. Une nervosité aigüe vrombit dans les cœurs. Le peuple est inquiet, même s’il ne montre aucune faiblesse. Leurs yeux sont fuyants et ils jettent des regards furtifs vers le temple des Olympiens.

C’est le lieu le plus spectaculaire du monde immortel, paré d’or, de diamants et de minerais précieux. Des statues grandioses entourent le temple de marbre argenté, racontant les histoires les plus merveilleuses des douze dirigeants de l’Olympe. Il y a Arès, avec sa lance aiguisée, et Athéna, avec son épée tranchante. Hermès, avec ses sandales ailées et Dionysos, avec des vignes enroulées autour de ses bras. Héphaïstos, un marteau en main, et Poséidon, entouré de vagues. Déméter, qui tient un bouquet de blé, et Aphrodite, avec un regard mi-séduisant, mi-terrifiant. Les dieux jumeaux, Apollon et Artémis, se tiennent l’un à côté de l’autre, les deux tenant des arcs. Et, encadrant l’entrée de bronze, les statues de Zeus et d’Héra sont construites plus hautes que toutes les autres ; le roi et la reine de l’Olympe. Leurs yeux sont sévères, fixés sur ceux et celles qui entrent dans leur salle de trône. C’est un avertissement et un « bienvenu ».
 
Malgré la beauté éblouissante de l’extérieur, l’intérieur est le contraire. La grande pièce, encerclée de douze trônes pour les Olympiens, est vide et emplie de noirceur ; c’est la seule obscurité dans tout l’Olympe. La musique et la joie de dehors ne franchissent pas le seuil de la porte, et les seuls sons sont quelques respirations fâchées. Il y a seulement quelques heures, la pièce faisait écho de cris et d’acclamations furieuses. Dans le fond de la salle, une seule figure est encore assise sur un trône.
Toutes les créatures errantes dans le monde surnaturel savent qu’ils doivent la laisser seule quand ceci arrive. Ce n’est pas la première fois. Ce ne serait pas la dernière. Ça se passe de cette manière depuis le début des temps. Zeus s’ennuie, il trouve une jolie dame, et Héra se fâche. Comme toujours, Zeus annonce sa nouvelle conquête fièrement au conseil et Héra, qui essayait de rester calme, le ravage.
 
Comme chaque fois, Zeus l’arrête et l’intimide avec ses éclairs.

 

 Des spectateurs de Cabaret Taïga appréciant le conte coquin d’Andréanne Simard. (Crédit photo : Maxence Jaillet)

 

Sul’ Cuir !

Andréanne Simard, alias Ludivine Bellefeuille
 

Les femmes aiment le cuir. Cessez de vous cacher, mesdames, derrière de la flanelle. Je vous connais. Que celle qui n’a jamais rêvé de s’enfuir au bout du monde avec Ovila Pronovost me jette la première pierre. Vivre des -40 en Mauricie à se réchauffer à grand coup de buche de bois dure dans le poêle à bois.
 
Ah, mais que je suis sotte ! Je ne me suis pas encore présentée. Je suis Ludivine, personnalité inspirée de votre déesse intérieure, mesdames, et de vos fantasmes précieux, messieurs. Je collectionne les histoires rocambolesques à vous faire rougir. Je suis celle qui mentionne pour vous des fresques de plaisir.
 
Nous sommes issues d’une culture de femmes résilientes. En même temps que, jadis, nous élevions seize enfants ; nous toutes étions en mesure d’entretenir secrètement notre brasier d’envie et de passion charnelle. Oui juste ici…, et ce, depuis des générations vaginales. Avant, ma sœur, c’était ton jardin du péché ; aujourd’hui, ce sont tes désirs inavoués.
 
Notre père, qui est aux deux,
que ton nom soit fort crié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la table, le plancher, la grange ou la chapelle.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ;
pardonne-nous nos fessés
comme nous pardonnons aussi à tout ceux qui nous ont enfoncés,
mais délivre-nous du mal.
Hymen !
Délivre-nous du mal, et, si nous étions seules, mes sœurs, à savoir créer cette emprise du mal qui est en fait juste un peu de timidité mal placée.
 
J’adore le cuir, parfois veillot, verni ou souple. Son odeur, son toucher. J’avais un vieux sac à main rouge que je devais faire réparer.
 
Près d’ici, il y a un cordonnier qui fait un effet bœuf, fortement reconnu pour son savoir-faire. Je pousse la porte de l’atelier. Une cloche signale mon arrivée. Personne ne semble avoir entendu. C’est sombre à l’intérieur, les planchers et les murs sont de bois. Il fait chaud. Ça sent le tanin et l’automne.
 
J’entends alors les pentures grinçantes de lourdes portes de métal. Je m’approche pour essayer de signaler délicatement ma présence. JE SUIS ICI ! Penché près d’un feu de bois, un homme de la carrure de Louis Cyr s’affaire à nourrir le brasier. Il referme les portes, m’aperçoit, et se relève. Il doit faire au moins six pieds mille.
 
Un sourire tannant, des bouclettes oranges, des yeux brun-jaune.

? Je suis désolée, je ne vous ai pas entendu madmoizelle. Est-ce que je peux vous aider ?

Sa voix avait la douceur des roches de grinder à café. On aurait dit qu’il y avait tellement de testostérone dans cette pièce d’homme-là, qu’elle ne savait juste pu par ou ressortir.

? Oui, désolée, le fermoir de mon sac est brisé… Je suis entrée, et…

D’un élan, il prend mon sac, mais avec les hormones et les ovules en pleine séance de ballet-jazz. J’avais malencontreusement emmêlé mes mains dans les sangles. Donc, quand il tira, je me suis retrouvée bêtement appuyée sur la cuirasse de son tablier. Entre lui et moi, du textile coriace, des spots de teinture et une odeur de vieux lacet. La bavette bien écrasée contre lui, mon décolleté lui dévoile le patron de mes courbes intimes. Vraisemblablement rouge comme un ossobuco, je souris naïvement. Et si j’osais prendre le taureau par la corne ?

D’un habile jeu de poignet, je réussis à libérer ma main droite et je décide de promener mes doigts sur la cordelière de son tablier. Je sens son souffle chaud dans mon cou, son regard sur ma peau et son cœur d’homme fort battre comme celui de Starbuck. Je défais alors délicatement la boucle, mais avec la force et l’habileté du toréador il m’attrape le poignet. Impossible de me libérer. Il me rassure d’un sourire tendre, mignon et me retourne d’un geste vif.

? Me donnez-vous la permission d’oser ?

? OUI !

Je l’entends agripper une lanière, et il m’attache complètement le corps. Je me sens un comme un roast beef pis… j’ai les rosettes à l’air. Il fait chaud, la sueur est au rendez-vous. Moi pis la sueur. Mon corps est brulant comme un BBQ, j’ai le charbon ardent. Il m’embrasse alors doucement la nuque, sa respiration rafraichit mes sens. On est tellement proche que, malgré l’épaisseur de nos vêtements, je suis en mesure de sentir son T-Bone. C’est alors que ses lèvres rencontrent enfin mes lèvres. Ses baisers goutent le beef jerky teriyaki.

Ses mains s’affairent alors à détacher brusquement le ceinturon de son pantalon. C’est sexy, du poil ! Et c’est là que j’aperçois son gros chorizo. Je vous garantis qu’un harnais peut servir à beaucoup plus de choses que vous ne pouvez l’imaginer.

Ses mains se promènent alors adroitement sous ma robe pour aller réveiller mon smoked meat. Ses doigts robustes visitent vigoureusement mon point GRILL et c’est alors que, dans un pataquès, la charrue se retrouve réellement devant le bœuf. Pour un gros trip de bœuf Angus.

Une noix de ronde parfaite. Je tremble sous les efforts du rodéo. Les tissus sont de trop dans cette chaleur infernale. Les odeurs nous coulent sur la peau, un geste animal, des cheveux en guise de bride et dans un dernier souffle, je me cambre et laisse aller mon corps dans un déluge de sauce HP… A…A… A. L’homme s’essouffle, serre les mains et dans un élan laisse aller sa patine.

Je devais avoir des œillères pour n’avoir jamais remarqué la richesse de ce corps de métier. Il s’appelait Robert. Par la suite, il a voulu entrer dans ma vie avec ses grands sabots. Ça m’a tanné et je suis monté sur mes grands chevaux.

Morale de l’histoire : Osez, car, croyez-moi, une fois que vous avez gouté au cuir véritable, vous ne craquerez plus jamais pour de la banale maroquinerie.

 

Vincent Poirier, animateur de la série Hors Québec, s’est prêté au jeu d’écrire un texte sur les Territoires en 20 minutes. Il l’a lu devant le public de Cabaret Taïga. (Crédit photo : Maxence Jaillet)
 

Je suis jamais venu aux TNO

Vincent Poirier

Je suis jamais venu aux TNO.
J’étais jamais venu aux TNO.
Mais là, chus là. Chus là là. Là, chus là.
Honnêtement je m’attendais pas à ça.
Les montages sont pas là.
Y’en a… Mais pas là.
Sont plus loin, là-bas.
Mais là je les vois pas.
De la roche, ça y’en a !
Je la vois pas là, là.
Elle est là mais je la vois pas.
Elle est recouverte, c’est pour ça.
Je l’ai vu. Internet. Google image. #FaitesVosRecherches.
Y’a de la neige.
Bien de la neige.
Y’a noir de neige.
Noir. Noir. Noir. Noir…
Épinettes noires.
Eh que y’a de l’épinette noire !
Tu sors dehors. T’es vois en char.
Épinette noire. Épinette noire. Épinette noire. Pinette noire. Nette noire. Nette noire.
Noir. Noir. Noir. Noir…
Hey il fait pas si noir finalement !
Pendant le jour c’est encourageant.
Y se rallonge, le temps.
On voit quasiment le printemps.
À moins que ce soit les gens ?
C’est peut-être vous, mes petits tannants.
Franco-Ténois. Franco-Té-quoi ? Franco-Tén-What ?
Franco-Té-moi. Franco-Té-toi.
Non, non ! Pas Franco-Tais-toi !
Non, Franco-sois-toi !
Que tu sois du d’ici, du Québec aussi, de l’Acadie, de l’Ontarie.
Prends place ici.
Expatrié. Exilé. Rapatrié. Rapaillé. Regroupé. Rassemblé. Ressemblé. Resserré. Tissé serré.
Pour trois ou trente années.
Nouvelle famille, nouveau party.
Place occupée. Place assumée.
Faut continuer.
D’un Franco-Ontarien impressionné.

 

 

 

 

 


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