Si les immigrants s’en mêlaient… : Ça mange quoi en hiver, l’OIF?

Suite à la polémique suscitée par la candidature et ensuite la nomination de Mme Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie, il y a lieu de se demander si cette institution n’est devenue qu’un autre outil dont les États se servent à des fins qui ne correspondent pas aux principes et aux valeurs que devrait véhiculer la francophonie.

Depuis sa création, l’histoire de la francophonie a évolué de la coopération en matière de culture à l’éducation pour finalement intégrer le champ politique. La « Déclaration de Bamako » qui a été adoptée en 2000 est le premier texte normatif de la francophonie portant sur les pratiques de la paix, démocratie, des droits et des libertés. Par cette Charte, la francophonie s’est engagée à faire respecter des valeurs démocratiques communes par ses membres.


Concrètement, l’OIF mène de front plusieurs projets allant du domaine culturel au développement durable en passant par l’innovation numérique. Lors du premier sommet de l’OIF tenu à Versailles en 1986, le Premier ministre canadien a annoncé le Programme canadien de Bourses de la francophonie. Ce programme a vu le jour au Sommet de la francophonie qui a eu lieu à Québec en 1987. Le PCBF a offert des bourses à plus de 2450 étudiants et étudiantes depuis sa création jusqu’à aujourd’hui. C’est un programme de bourses d’excellence destiné aux étudiants de 37 pays membres de l’OIF admissibles à l’Aide publique canadienne au Développement. Il a pour but d’appuyer l’éducation, la formation et l’enseignement supérieur. J’ai été bénéficiaire de ce PCBF à deux reprises, ce qui m’a permis de compléter mes études de 2e et 3e cycle au Canada. Même si un certain nombre de boursiers choisissent de rester au Canada à la fin de leurs études, ils continuent à aider leurs pays respectifs de diverses façons.


La francophonie rayonne aussi par le biais de la chaine TV5Monde. Cette chaine est pour moi un incontournable du « bouquet » de chaines télévisuelles qui me permettent de rester connectée à l’Afrique et à l’espace francophone.

L’OIF est un dispositif institutionnel puissant d’où l’intérêt géostratégique qu’il suscite. Le Sommet de l’OIF qui s’est tenu à Erevan en Arménie la semaine dernière en est une preuve frappante. Il s’est donc conclu avec la nomination à la tête de l’OIF de Mme Louise Mushikiwabo qui était jusqu’à alors ministre des Affaires étrangères du Rwanda. Mme Louise Mushikiwabo a reçu le soutien de la France, de l’Afrique et ensuite du Canada et du Québec au détriment de la Secrétaire générale sortante la Canadienne Michaëlle Jean. Cette bataille m’a intéressée à plus d’un titre. Je partage une nationalité avec chacune des deux candidates et la passion de la langue française avec l’une des deux protagonistes. Pour citer Léopold Sédar Senghor : « Dans les décombres du colonialisme, nous avons trouvé cet outil merveilleux, la langue française ».

Ceci dit les deux candidates en lice étaient toutes deux hautement qualifiées pour le poste. Mais malheureusement il semblerait que les qualifications des candidates étaient plutôt secondaires, c’est le pragmatisme des politiciens, un vrai cas d’école de la real politic, machiavélique et cynique à la Bismarck qui l’a emporté. On mentionne les dépenses outrancières et la gestion douteuse des finances de l’OIF par Mme Jean et dans la foulée le Canada qui se cherche des appuis pour un siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies en 2020 lâche son ancienne Gouverneure générale. Le président Macron dont le pays est régulièrement accusé de participation au génocide rwandais propose et soutient fermement Mme Mushikiwabo pour que Kigali mette en veilleuse ses accusations et arrête de demander un Mea Culpa officiel de l’État français.


Le président Kagame qui à toutes fins pratiques a banni le Français comme langue d’enseignement et dont l’administration discrimine les francophones veut tout de même infiltrer l’OIF, par mégalomanie ou dans sa poursuite d’une immunité pour les crimes contre l’Humanité commis sous sa gouverne, avant, pendant et après le génocide au Rwanda. Crimes commis non seulement au Rwanda mais aussi au Congo voisin en soutenant diverses milices ayant mis à feu et à sang le Congo pour en piller les ressources.


Pour les Africains subjugués par la reconstruction du Rwanda, la candidature de Mme Mushikiwabo coulait de source. Les autres Africains nous envient notre « bon tyran ». Un bel oxymore !


Les gratte-ciels, les rues propres, les fleurs qui parsèment les avenues de Kigali ne sont à mon sens que des chirurgies plastiques qui cachent la peur et les traumatismes dont souffrent les Rwandais tétanisés par un régime sanguinaire qui s’accroche par tous les moyens. Au-delà de tous ces « arrangements entre états » que dénonce Mme Jean dans son discours leitmotiv avant de céder sa place à Mme Mushikiwabo, que devient la francophonie plurielle ? Je parle de celle qui véhicule cette langue dans la diversité de ses expressions et des cultures qu’elle porte. Cet espace d’échange et d’épanouissement culturel et économique, est-ce vraiment un enjeu de ces sommets au plus haut niveau de la francophonie ? Mme Mushikiwabo saura-t-elle vraiment porter haut et fièrement ce flambeau de la francophonie tant décriée au Rwanda ou n’est-elle seulement que la lobbyiste du président rwandais ?

Plusieurs voix proclament qu’avec Michaëlle, la Canadienne, on espérait encore que les idéaux de ses fondateurs étaient encore le moteur de l’OIF, mais qu’avec Louise, on ne se fait plus d’illusions.


Il y a tout de même quelques signes d’espoir. Le président rwandais a gracié des opposantes qui croupissaient en prison depuis qu’elles ont osé se présenter aux élections présidentielles, en les affublant d’une panoplie d’accusations allant du négationnisme, fraudes, et autres méfaits. Libérations qualifiées d’heureuses coïncidences par Mme Louise Mushikiwabo.
On se réjouit de ces bénéfices collatéraux de la course à la tête de l’OIF et on espère que le régime de Kigali va continuer sur cette lancée et assouplir son autoritarisme fasciste même si ce n’est que pour assoir cette image, ce branding de la success-story à la rwandaise.


Mme Mushikiwabo a eu une belle porte de sortie et au lieu d’être la caisse de résonance du régime militaire de Kigali, elle a l’occasion d’utiliser son intelligence a des causes plus nobles.


La francophonie est une énergie renouvelable, cette énergie ne sera pas facilement sacrifiée sur l’autel des intérêts géostratégiques et elle résistera. La Reine est morte, vive la Reine.


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