S'abonner à Médias Ténois

Betty Harnum (1949-2022), pilier de la défense des droits linguistiques aux TNO

Betty Harnum, 1949 - 2022. (Crédit photo : Denis Lord)

Betty Harnum, 1949 - 2022. (Crédit photo : Denis Lord)

Betty Harnum fut, il y a trente ans, la toute première commissaire aux langues des Territoires du Nord-Ouest. Partie à 73 ans, elle a contribué toute sa vie à apprendre et à documenter les langues officielles du territoire, pour mieux les protéger.

Thomas Ethier
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

En devenant commissaire aux langues, en 1992, Betty Harnum a dû faire traduire son titre, qui n’existait pas encore dans les neuf langues autochtones officielles des Territoires du Nord-Ouest. Aujourd’hui remémorée comme une pionnière et amie dans nombre d’hommages, la linguiste bâtissait alors les fondements d’un rôle voué à protéger les langues et toutes les cultures qui y sont liées.

Betty Harnum parlait couramment l’inuktitut et le français, et connaissait les fondements de plusieurs autres langues autochtones. « Chaque fois que j’avais une question sur les langues, elle avait la réponse, que ce soit sur le plan linguistique, ou simplement sur la manière d’épeler un mot dans l’une ou l’autre des langues officielles du territoire », se souvient Mary Rose Sundberg, interprète-traductrice dénée de renom et amie de longue date de Mme Harnum. « Son héritage, c’est de s’être toujours efforcée d’éduquer les gens à propos des langues, et de s’assurer que le gouvernement respecte la loi. »

 

Polyglotte passionnée

À son arrivée en poste, munie d’un local vide, la nouvelle commissaire aux langues avait tout à bâtir. Un premier employé a été embauché pour assister l’entrée en scène. « Il n’y avait alors aucun meuble, vraiment, elle commençait à zéro. Elle n’avait pas de carte de visite ni de logos, nous avons jeté les bases », se souvient Benoit Boutin, qui a finalement été embauché comme recherchiste durant les quatre années de mandat de la commissaire, de 1992 à 1996.

La première mission de M. Boutin aura été de traduire la carte de visite de sa patronne. « Ce fut tout un casse-tête, le titre de Commissaire aux langues n’existait pas dans les langues autochtones officielles du territoire, raconte celui qui est aujourd’hui directeur du secrétariat aux affaires francophones des TNO. Puis je l’ai assistée dans l’élaboration d’un modèle pour mener les enquêtes, puis dans la production du tout premier rapport annuel du commissariat aux langues. »

« C’était l’emploi rêvé pour elle, poursuit-il. C’était une grande protectrice des langues autochtones. Elle a été pour moi et pour plusieurs personnes, un modèle. Elle a vraiment mis ce rôle à l’avant-plan, dans les médias, dans ses rapports officiels, tout comme devant les députés de l’Assemblée législative. Nous avions désormais une experte pour défendre les langues minoritaires, incluant le français. Au fil de nos voyages dans les collectivités, elle m’a personnellement fait découvrir une nouvelle planète. »

 

Pédagogue de terrain

À travers les hommages qui ont afflué depuis le décès de Mme Harnum, le 8 aout, plusieurs se souviennent d’une pédagogue aussi généreuse que curieuse, toujours engagée dans sa communauté, et surtout, d’une grande passionnée des langues. « Elle a plaidé avec ferveur pour la promotion de l’utilisation des langues, et pour l’enseignement de l’orthographe romaine – dont est composée la langue française, par exemple – et du système d’écriture syllabique », évoque Mary Rose Sundberg

« Le fait qu’elle maitrisait l’inuktitut facilitait énormément les contacts lorsque nous voyagions dans les collectivités, ajoute-t-elle. Nous étions vraiment en mesure d’échanger, de comprendre les réalités sur le terrain. Mais surtout, c’était une femme très humaine, et très facile d’accès. Elle avait des liens réels avec les résidents du territoire. La recherche la passionnait également, elle était extrêmement curieuse ».

« J’ai toujours apprécié sa compagnie, elle était toujours radieuse, que ce soit lors d’évènements sociaux, d’anniversaire par exemple, souligne Mme Sundberg. Elle était pleine de ressources, toujours prête à mettre la main à la pâte. Je ne me souviens pas l’avoir déjà vue fâchée après qui que ce soit, ou quoi que ce soit. Tous ceux et celles qui l’ont connue vont se souvenir d’une femme amicale, d’un esprit tout en finesse. »

 

Au service des cultures

Betty Harnum s’est installée dans le Nord, à Rankin Inlet – collectivité du Nunavut, qui, à l’époque, faisait toujours partie des TNO –, où elle a appris l’inuktitut, langue qu’elle parlait couramment, selon son amie Mary Rose Sundberg. Elle s’est ensuite déplacée à travers le territoire pour occuper des postes au sein du ministère des Droits autochtones, puis au sein de gouvernements autochtones, afin de contribuer à l’élaboration de constitutions.

Après son passage comme commissaire, elle aura participé avec Mme Sundberg à la fondation de la Goyatiko Language Society, à Dettah. Mme Harnum a également contribué à la production de dictionnaires en chipewyan, et d’un dictionnaire de traduction de l’inuinnaqtun vers l’anglais.

La linguiste a dirigé en 2017 le projet d’archives des langues officielles du réseau CBC, qui rassemble aujourd’hui 75 000?heures de récits et de légendes enregistrées sur une soixantaine d’années en huit langues autochtones.

Betty Harnum a reçu en 2019 un prix Wise Woman Awards du Conseil du statut de la femme des TNO. « Depuis son arrivée dans le Nord, Betty a défendu et appuyé les femmes pour le maintien de leur culture et de leurs savoirs traditionnels, à travers la langue », lit-on sur le site Web de l’organisation. « Elle a appris les langues autochtones du Nord et les a enseignées à travers le territoire, et a aidé les ainés et les collectivités à réaliser leur vision, celle de maintenir leurs langues, leur savoir et leurs compétences. »


Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.