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Assemblée législative : le député Edjericon refuse de présenter ses excuses

Richard Edjericon, député de Tu Nedhé-Wiilideh, prenait part virtuellement aux travaux législatifs avant de devoir quitter la séance du 31 mai 2022. (Capture d’écran – Assemblée législative des TNO)

Richard Edjericon, député de Tu Nedhé-Wiilideh, prenait part virtuellement aux travaux législatifs avant de devoir quitter la séance du 31 mai 2022. (Capture d’écran – Assemblée législative des TNO)

« La ministre de la Santé et des Services sociaux doit des excuses à mes électeurs et à la population des Territoires du Nord-Ouest », a déclaré le député de Tu Nedhé-Wiilideh.

Thomas Ethier
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

Pour des allégations proférées en chambre à l’endroit de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Julie Green, le député de Tu Nedhé-Wiilideh, Richard Edjericon, a été contraint de quitter la séance de l’Assemblée législative du 31 mai. La veille, ce dernier a notamment accusé la ministre d’être responsable de traitements « désastreux » vécus par les résidents des petites collectivités dans leurs centres de soins de santé.

Dans sa déclaration en chambre, M. Edjericon a demandé des excuses de la part de la ministre, au nom des électeurs « qui ont réclamé haut et fort de meilleurs soins et qui ont été rejetés par leurs dirigeants ».

« Ces enjeux découlent de la gestion des soins de santé, des hôpitaux et du ministère par la ministre de la Santé et des Services sociaux. Elle est la seule responsable du traitement désastreux subi par les Autochtones dans les petites collectivités et elle doit assumer la responsabilité de son portefeuille », a-t-il déclaré.

M. Edjericon a également pointé du doigt des propos émis par la ministre au réseau CBC North, le 9 mai. Mme Green a notamment encouragé les patients à s’exprimer davantage lorsqu’ils jugent ne pas avoir reçu les soins appropriés. Mme Green aurait ainsi, selon le député Edjericon, « minimisé » les expériences rapportées, et manipulé les patients par une méthode de détournement cognitif (expression mieux connue sous le terme gaslighting) en les rendant responsables des soins « inacceptables » qu’ils ont reçus en centres de soins de santé.

La ministre Green a fait appel au règlement au règlement au terme de cette déclaration. « Suggérer que je minimise, que je fais de la manipulation (gaslight), que je dois présenter des excuses pour des traitements désastreux… je crois que le député dépasse les bornes », a-t-elle rétorqué, en déplorant également un langage jugé « abusif et injurieux ».

Au lendemain de l’échange, le président de la chambre, Frederick Blake, a exigé de M. Edjericon qu’il retire ses propos et présente ses excuses, jugeant que les allégations émises ainsi que le langage employé allaient à l’encontre des règles de l’Assemblée législative. « Je ne fais que représenter mes électeurs en mettant cet enjeu de l’avant, et je maintiens mes propos. Je ne présenterai pas d’excuses », a déclaré le député avant d’être expulsé de la séance.

 

Des patients appelés à se plaindre plus tôt

En avril 2022, Richard Edjericon a invité un journaliste du média NNSL à Fort Resolution pour y recueillir les témoignages de résidents. Des services inadéquats, un personnel de soin de santé incompétent et l’obligation de payer pour des voyages médicaux essentiels ont notamment été rapportés à travers quatre témoignages.

Cité dans l’article, M. Edjericon indique avoir reçu un nombre « accablant » de témoignages liés au système de santé depuis son élection en janvier 2022. Il affirme que le personnel de soin de santé de la région ne « prend pas le travail au sérieux ». Selon lui, les patients autochtones des petites collectivités n’ont pas droit aux mêmes traitements que ceux des grands centres.

La ministre Julie Green a par la suite été questionnée sur les ondes de CBC North quant aux mauvaises expériences rapportées dans les petites collectivités. Cette dernière a, entre autres, encouragé les patients à défendre leur point lors de leurs visites médicales, lorsqu’ils jugent ne pas être compris du personnel infirmier, et ne pas avoir obtenu le traitement adéquat.

« Ce que j’aimerais voir, c’est des gens qui se sentent à l’aise de s’adresser à leur centre de soins de santé et de dire “Vous m’avez donné des Tylenols, ça ne fonctionne pas. Pourriez-vous faire ceci, ou cela pour moi ?” [Les patients devraient] tenter ces interactions dès le départ, plutôt que d’attendre et de se plaindre après avoir atteint un point de crise », a-t-elle déclaré en ondes.

La ministre évoquait le témoignage d’un patient ayant dû être opéré pour une tumeur. Ce dernier s’est d’abord fait prescrire un analgésique à son centre de soins de santé local, pour calmer la douleur, sans plus. Reconnaissant certaines failles au système de santé des TNO, Mme Green a fait l’éloge d’un système de plaintes qu’elle juge efficace, et elle a invité les patients à y avoir recours pour combler les lacunes, plutôt que de rapporter leurs plaintes dans les médias.

Aux yeux de M. Edjericon, la ministre aurait, par ces propos, tenu les patients responsables de leur sort. « Durant [cette entrevue], a-t-il déclaré à l’Assemblée législative, la ministre a fourni de grands efforts pour minimiser les expériences négatives vécues par les patients, et a même essayé de les tenir pour responsables de services inacceptables, en leur faisant croire que c’était de leur propre faute puisqu’ils avaient échoué à faire valoir leur propre condition médicale », a-t-il déclaré.

 

Critiques d’une femme « non-autochtone »

Richard Edjericon a également condamné à l’Assemblée législative les critiques émises par la ministre à son endroit après la parution de l’article auquel il a collaboré. La conversation par courriels entre les élus a été dévoilée le 16 mai par NNSL, après une fuite du document. « Je regrette que ces échanges privés aient été révélés sans cadre contextuel. Je m’en excuse », a d’abord déclaré M. Edjericon.

Ce dernier a ensuite vertement condamné la missive ainsi que d’autres propos qu’aurait tenus la ministre à son endroit. « Je dois maintenant revenir sur le ton méprisant et condescendant adopté par la ministre de la Santé et des Services sociaux lors de notre échange écrit, et à plusieurs autres occasions au sein de cette chambre, et dans le cadre de notre mandat au service de cette institution », a-t-il lancé.

Dans l’échange de courriel évoqué par le député, la ministre critique le choix d’inviter un journaliste à Fort Resolution pour y recueillir ces témoignages. Elle invite ensuite M. Edjericon à lui rapporter directement à l’avenir, les plaintes exprimées par ses électeurs. Qualifiant cet article de « signal d’alarme » pour le député, elle avance que cette manière de présenter les enjeux du système de santé est susceptible d’affecter l’embauche de personnel, dans un contexte de pénurie.

M. Edjericon y a vu une tentative de le réduire au silence. Ce dernier a publié, le 31 mai, l’intégralité de cet échange courriel à la suite d’un communiqué de presse. On y constate notamment que les deux élus sont liés dans certains conflits qui débordent de l’accrochage survenu à l’Assemblée législative.

« Je suis là depuis assez longtemps pour savoir à quel moment j’ai fait une erreur, et, aujourd’hui, ce n’est pas le cas. […] Mme Green n’aime pas que j’exige des excuses pour son manque d’action face à l’effondrement continu de notre système de santé », peut-on lire. « Elle préfère que je me soucie de ses sentiments personnels plutôt que des préoccupations de mes électeurs. Pour cette raison, je ne peux et ne vais pas présenter d’excuses à la ministre ni retirer mes propos. »

« Il n’est pas approprié pour quelque ministre que ce soit de réprimander un député pour avoir fait son travail et avoir représenté ses électeurs, avait-il affirmé en chambre, la veille. Il n’est pas approprié de tenter de faire taire les critiques légitimes formulées quant au travail d’un ministre alors que ce travail menace l’intégrité des services de soins de santé dans la collectivité que je représente. »

« Finalement, il n’est pas approprié pour une femme non-autochtone résidant à Yellowknife de faire la leçon au représentant de petites collectivités lorsqu’elle n’a aucune expérience de la vie quotidienne dans les collectivités autochtones éloignées », a-t-il ajouté.


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