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Alfred Moses (1977-2022), l’allié de la francophonie ténoise

En complet veston, ruban à la main, en 2018, le ministre Alfred Moses célèbre l’inauguration du nouveau gymnase de l’école Allain St-Cyr. (Courtoisie Christine Ratel)

En complet veston, ruban à la main, en 2018, le ministre Alfred Moses célèbre l’inauguration du nouveau gymnase de l’école Allain St-Cyr. (Courtoisie Christine Ratel)

Décédé le 26 juillet à l’âge de 45 ans, Alfred Moses est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands alliés du système d’éducation francophone des Territoires du Nord-Ouest.

Thomas Ethier
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

Les Territoires du Nord-Ouest se souviennent cet été d’Alfred Moses. L’homme d’Inuvik cumulait, à 45 ans, nombre d’accomplissements au service d’une communauté aux multiples facettes. Si son nom résonne aujourd’hui en français, c’est qu’on le reconnait, à travers l’ensemble de ses initiatives, comme celui qui aura établi le dialogue entre le GTNO et les écoles francophones du territoire.

Simon Cloutier accédait tout juste à la présidence de la Commission scolaire francophone des TNO (CSFTNO), en 2015, lorsque Alfred Moses a été nommé ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Formation des TNO. « Lors de sa première rencontre avec la CSFTNO, il était tout souriant, il avait hâte de se présenter. Pauvre Alfred ! Je prends le blâme s’il le faut, mais, de notre côté, nous l’attendions avec une attitude plutôt méfiante et agressive ! », se souvient celui qui parle aujourd’hui d’un ami.

 

Une nouvelle ère

C’est qu’avant l’arrivée de M. Moses au ministère, selon M. Cloutier, les communications étaient pratiquement inexistantes entre le GTNO et la CSFTNO, ou avaient lieu devant les tribunaux. « Lors de cette première rencontre, nous avons déballé notre sac, relate M. Cloutier. Alfred a alors été très franc avec nous. Il nous a dit “Nous avons beaucoup de travail à faire, mais il faudra mettre de l’eau dans notre vin, et apprendre à collaborer”. À partir de ce moment, l’attitude générale s’est mise à changer. »

La CSFTNO voit aujourd’hui l’arrivée d’Alfred Moses comme le début d’une nouvelle ère pour l’éducation en français aux TNO. « Les relations avec le GTNO étaient extrêmement difficiles, et ce, depuis l’ouverture de nos deux écoles, rapporte l’ancien président. Une fois qu’elles ont été bâties et qu’elles se sont remplies, le robinet s’est fermé. Nous n’avons pour ainsi dire eu aucun contact avec les précédents ministres de l’Éducation. C’était avant l’arrivée d’Alfred Moses au ministère. »

Durant son court mandat – il a été transféré au ministère des Affaires municipales et communautaires dans le cadre d’un remaniement ministériel –, le ministre Moses a notamment instauré les Rencontres de leadeurs en éducations, qui rassemblent aujourd’hui, trois fois par année, le ministre de l’Éducation en place et l’ensemble des conseils scolaires des TNO.

« Il nous a fait signer un protocole d’entente pour s’assurer que ses successeurs soient obligés de s’assoir avec les conseils scolaires, souligne M. Cloutier. Avant cela, on nous ignorait. Nous n’avions absolument aucun contact avec les précédents ministres de l’Éducation. Je parle pour la CSFTNO, mais je crois pouvoir parler au nom de tous les conseils scolaires du territoire en disant qu’Alfred a vraiment apporté un vent de fraicheur dans tout le secteur de l’éducation du territoire. »

C’est également sous le ministre Moses que l’école Allain Saint-Cyr a inauguré son nouveau gymnase, en 2018. Bien que l’investissement ait été ordonné devant les tribunaux, pour la construction d’un gymnase de niveau primaire, le ministre a surpassé les conditions du juge et fait construire des classes supplémentaires et un gymnase adapté au niveau secondaire. « Ce n’était pas dans le jugement de la cour. Ces ajouts découlent d’une volonté du ministre Alfred Moses de travailler avec la CSFTNO », affirme M. Cloutier.

 

Comprendre et apprendre

L’ancien président se souvient également avec émotion du congrès annuel de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones de 2015. Environ 300 conseillers scolaires du pays étaient alors rassemblés à Yellowknife. « Un groupe s’est retrouvé au bar Gold Range. Le ministre s’est mis à danser avec nous, raconte M. Cloutier. Plusieurs invités m’ont dit : “Mon dieu, nous ne sommes pas habitués à cette connexion avec nos politiciens, c’est incroyable !”. C’était bien lui, une personne très ouverte, qui voulait apprendre à connaitre les autres. »

« Durant le congrès, poursuit M. Cloutier, Alfred m’a dit ceci : “Je suis Autochtone, je veux défendre ma culture et ma langue, et vous, en tant que francophones, vous voulez la même chose, en quelque sorte. Nous avons tellement à apprendre ! Nous devrions trouver de meilleures manières de travailler ensemble.” Nous avions son écoute. C’était un homme capable de comprendre, qui voulait apprendre », ajoute M. Cloutier.

Alfred Moses a notamment été conseiller municipal de la collectivité d’Inuvik, avant d’être élu député d’Inuvik Boot Lake, un siège qu’il a occupé de 2011 à 2019. C’est notamment sous ses ministères qu’ont été déployés le programme de garderies des TNO et la ligne d’urgence 9-1-1.

Nombre de personnalités publiques des TNO lui ont rendu leurs derniers hommages dans les jours suivant son décès. Sur Twitter, la première ministre, Caroline Cochrane, a parlé de son ancien collègue de l’Assemblée législative comme d’un « fonctionnaire dévoué, qui a investi une grande partie de sa vie à faire de sa communauté natale d’Inuvik et des Territoires du Nord-Ouest un meilleur endroit pour tous ». Une enquête est en cours à la GRC pour déterminer la cause de son décès.


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