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Alerte à la rage dans le Nord canadien

Dre Naime Jutha lors d’une opération de vaccination contre la rage à Tuktoyaktuk dans les collectivités des Territoires du Nord-Ouest, les 15 et 16 février 2022. (Courtoisie GTNO)

Dre Naime Jutha lors d’une opération de vaccination contre la rage à Tuktoyaktuk dans les collectivités des Territoires du Nord-Ouest, les 15 et 16 février 2022. (Courtoisie GTNO)

Le nombre de cas de rage dans les populations de renards du nord des TNO inquiète les autorités, qui mettent en garde les populations contre les risques de transmission aux chiens. On pointe du doigt les dynamiques démographiques des espèces porteuses et les causes climatiques et environnementales.

Lambert Baraut-Guinet
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

« Une fois que les symptômes sont apparents, le virus tue en quelques semaines. »

Voici comment la vétérinaire en chef des Territoires du Nord-Ouest, Naima Jutha, résume le principal danger du virus de la rage dans le nord du Canada.

La semaine dernière, à Tuktoyaktuk, deux chiens ont été déclarés positifs au virus de la rage. Il y a quelques semaines, le gouvernement des TNO avertissait la population quant au risque élevé de transmission du virus, si contact était établi entre les chiens et des renards polaires. Un peu plus à l’est, la situation demeure encore plus préoccupante. Rien qu’au mois de janvier, au Nunavut, ce ne sont pas moins de trois cas positifs qui ont déjà été détectés. Deux renards et un chien ont été testés positifs.

Comme l’explique Naima Jutha, la rage se manifeste de manière normale chez les populations de renards polaires, ici, dans le Nord canadien, mais n’est pas toujours évidente et visible. De manière périodique, par contre, elle se répand, touche de plus en plus d’animaux, et se transforme en épidémie. On parle alors d’épizootie lorsque la maladie touche les animaux – le terme épidémie étant en général réservé aux maladies humaines.

« Pendant les années d’épizootie, on observe une augmentation des cas cliniques : des renards qui présentent des symptômes et qui meurent de la rage, précise-t-elle. C’est ce qui se passe depuis l’automne 2020 aux Territoires du Nord-Ouest. C’est concentré à Tuk en ce moment, mais on voit des cas apparaitre un peu partout dans l’Arctique, du Nunavut et dans la région de Beaufort-Delta. »

C’est cette augmentation des cas cliniques qui inquiète les autorités. Les interactions possibles entre animaux sauvages dans le nord du Canada, principalement des renards polaires et animaux domestiques, font peser un risque non négligeable sur la population locale. La rage est une maladie mortelle si elle n’est pas traitée, et reste difficile à diagnostiquer avant la phase symptomatique synonyme d’atteinte du système nerveux.

Dre Jutha l’explique : « Une fois que le cerveau est atteint, on commence à voir des changements de comportement. Parfois, l’animal a un comportement instable, il est étourdi, il titube, voire a l’air d’être sous sédatif. Les gens décrivent parfois une peur de l’eau, des animaux qui marchent à reculons. Le virus atteint à peu près à ce moment les glandes salivaires, et c’est là que [l’animal malade] commence à présenter le symptôme typique [d’une sursalivation], mais peut aussi transmettre le virus à l’hôte suivant. »

Hôte suivant qui peut, donc, être un animal domestique, comme un chien, souvent aussi voire plus nombreux dans les collectivités du Nord que les humains. Début février 2022, Charmaine Brett-Mills, directrice générale de la branche canadienne de Vétérinaires sans Frontières, a expliqué à Médias ténois l’importance « d’aider les collectivités à avoir un service de santé animale stable et durable », notamment grâce à la vaccination contre la rage. Naima Jutha abonde en ce sens, car la vaccination reste la « meilleure approche » pour protéger les chiens et leurs maitres de la propagation de la maladie. « Le vaccin contre la rage est très efficace, précise Dre Jutha, si les chiens sont vaccinés chaque année. »

L’évolution de la vaccination contre la rage, qui reste la méthode numéro un de lutte contre cette maladie, va être de plus en plus centrale. Car les interactions entre les espèces réservoirs de la rage que sont les renards et les autres espèces de mammifères qui peuplent le nord du Canada évoluent avec le temps et les changements environnementaux. Comme l’explique Dre Naima Jutha, ce qui déclenche l’augmentation du nombre de cas clinique de rage chez les renards est probablement « une sorte de changement dans les relations entre l’hôte, le virus et l’environnement ».

D’après elle, « la dynamique des populations de renards change avec le changement climatique. Nous avons des renards roux qui se déplacent plus au nord, des renards arctiques qui se déplacent vers les collectivités. » Ces migrations facilitent les interactions, qui, elles-mêmes, facilitent le transfert de maladies de certaines espèces à d’autres, peut-être moins habituées ou plus sensibles.

D’où l’importance de prendre en compte les changements, actuels et futurs, auxquels sont soumis les organismes peuplant les territoires. « Nous savons que le climat change, nous savons qu’il change rapidement ici dans le Nord, et que nous commençons à en voir les effets, poursuit-elle. Différents animaux se déplacent vers le nord et peuvent être porteurs de maladies auxquelles les animaux d’ici ne sont pas habitués. La fonte du pergélisol et les changements de paysage peuvent affecter la capacité de survie de certaines bactéries, champignons ou virus. Les animaux doivent apprendre rapidement à faire face à ces changements. »

Comme elle l’explique, du climat aux infrastructures humaines, le changement est constant dans le Nord. Et si, comme le dit Dre Jutha, « tout n’est pas mauvais », il va tout de même falloir nous adapter, et comprendre.

Comme elle l’explique, « ces flambées périodiques [de rage, NDLR] vont continuer de se produire. Nous voulons avoir une meilleure compréhension des interactions entre les espèces, mais, au bout du compte, nous ne nous en débarrasserons pas. » D’où l’importance de poursuivre leur surveillance, et la sensibilisation des populations à détecter les situations à risques, les éventuels symptômes, et à faire vacciner leurs chiens dès que possible.

À la question de Médias ténois quant à la procédure à adopter en cas de doute ou de contact avec un animal au comportement étrange, Dre Naima Jutha répond clairement : « Appelez votre agent de santé environnementale. » La rage est une maladie mortelle si non traitée, pour vous comme pour votre animal.


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