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90 jours et loin de tout

La famille Wohlgemuth a confié avoir pêché et mangé pas moins de 73 poissons au cours de leur dernière aventure.
(Courtoisie famille Wohlgemuth)

La famille Wohlgemuth a confié avoir pêché et mangé pas moins de 73 poissons au cours de leur dernière aventure. (Courtoisie famille Wohlgemuth)

Une famille de Yellowknife revient d’une expédition dans la toundra. Les quatre aventuriers cherchent à s’éloigner du monde moderne pour trouver une vie plus simple et des moments de sérénité.


Quelques jours après être revenus d’une expédition de 90 jours loin de la civilisation, Dwayne Wohlgemuth, et ses enfants, Emile (sept ans) et Aleksi (quatre ans) sont assis au café Javaroma, au centre-ville de Yellowknife. Après leur avoir demandé quelle a été la meilleure partie du voyage, le père, M. Wohlgemut, prend quelques secondes de réflexion. Avant même pouvoir donner sa réponse, le petit Emile s’en charge d’une voix forte : « Tout ! »

La semaine du 5 septembre, la famille de quatre est revenue d’une aventure en canot de 800 km, de Behchoko` à la toundra. Ce n’est pas la première fois qu’ils se lancent dans une telle escapade. À l’été 2020, ils ont entrepris une expédition encore plus grande : de Fort Fitzgerald, près de Fort Smith, à Yellowknife, en passant par plusieurs rivières, pour un total de 1500 km répartis sur 107 jours, avec 116 portages. À l’époque, Aleksi fêtait son premier anniversaire sur le canot. Cette aventure a donné lieu à un film documentaire : Family Routes, réalisé par Keith Robertson, disponible sur Amazon Prime Video. Il y a quelques semaines, Aleksi a fêté ses quatre ans, toujours sur un canot.

Les enfants aiment cette vie. « Ils adorent avoir un nouveau lieu de camping chaque jour, un espace totalement nouveau à explorer. Ils sont tellement enthousiastes [à l’idée de] de courir et d’avoir de nouvelles choses à voir et avec lesquelles jouer. Ils ressentent aussi le sens de l’aventure et l’impression d’être de petits explorateurs », raconte le père.

Une expédition de cette ampleur n’est pas faite pour tout le monde. Certains n’en font pas parce qu’ils n’ont pas le temps. D’autres n’osent pas parce que les conditions sont intimidantes. Partir en canot avec deux enfants pendant près de 100 jours dans les régions reculées du Nord canadien est un scénario qui peut susciter quelques réserves : tout cela n’est-il pas dangereux ?

 

Le grand risque est de ne pas partir

M. Wohlgemuth semble habitué à faire face à ce genre de réactions venant de personnes effrayées à l’idée de partir dans le Nord isolé. « Nos peurs ne sont pas logiques », commente-t-il, accompagné d’un haussement d’épaules. Il rappelle que, dans une vie « normale », il y a « des risques qu’on prend tous les jours et on n’y pense pas ». « Nous acceptons simplement les risques et les dangers de la conduite, poursuit-il. La chose la plus dangereuse que nous faisons dans notre vie quotidienne est de monter dans un véhicule. Honnêtement, nous sommes plus en sécurité en voyageant en canot qu’en allant travailler tous les jours en voiture. »

« Les gens ont peur des ours et de la nature, car c’est un nouveau risque, inconnu pour eux », conclut-il.

 « Le plus gros risque est de ne pas partir du tout », confie Leanne Robinson dans le documentaire Family Routes. (Courtoisie famille Wohlgemuth)

« Le plus gros risque est de ne pas partir du tout », confie Leanne Robinson dans le documentaire Family Routes. (Courtoisie famille Wohlgemuth)

Dans le film sur la précédente expédition, Leanne Robinson mentionne à un moment donné qu’il existe des risques bien réels : l’hypothermie, les animaux sauvages, les blessures, les maladies, la déshydratation, les noyades ou les tempêtes. « Mais le plus gros risque est de ne pas partir du tout », rétorque-t-elle. Dans le documentaire, nous entendons également que « la pollution, les Big Macs et un mode de vie sédentaire constituent de plus grandes menaces pour notre santé que tout ce que vous êtes susceptible de rencontrer dans les bois ».

En 90 jours dans les régions sauvages, ils n’ont vu qu’un seul ours. Un ours noir. Et c’était le tout premier jour, près de Behchoko`. « Et on n’a jamais vu un autre ours pendant tout l’été, nous avons juste aperçu des traces et des indices comme des excréments », s’amuse Dwayne Wohlgemuth.

Le plus grand défi était ce à quoi ils s’attendaient : la météo et les insectes. « Chaque jour est différent et présente un nouveau défi. Un jour, ce sera peut-être les insectes, et le lendemain ce sera peut-être le vent. Mais un autre jour [le défi], c’est peut-être la pluie », raconte l’aventurier.

Cependant, quelque chose l’a surpris : l’absence de moustiques dans la seconde moitié de l’expédition. « Quelque chose de bizarre s’est produit avec les insectes dans la toundra et le 21 juillet a été la dernière fois que nous avons utilisé nos vestes moustiquaires. C’était le paradis, car les moustiques sont généralement le plus grand défi », s’étonne le père de famille. Dwayne Wohlgemuth ne trouve aucune explication à ce fait, mais ce n’est pas pour lui déplaire. Assis à côté de lui, Emile, 7 ans, interrompt à nouveau son père : « Oui, on a aimé, mais pas les araignées, elles n’avaient rien pour manger. »

Pour l’instant, Leanne et Dwayne ne pensent plus à faire d’autres cartes, car les itinéraires de leurs dernières expéditions sont trop éloignés. (Courtoisie famille Wohlgemuth)

Pour l’instant, Leanne et Dwayne ne pensent plus à faire d’autres cartes, car les itinéraires de leurs dernières expéditions sont trop éloignés. (Courtoisie famille Wohlgemuth)

 

La famille Wohlgemuth n’a pas manqué de nourriture. Ils ont emballé des denrées non périssables, déshydratées et ont « pris beaucoup de beurre d’arachide ». Mais ils ont aussi compté sur les poissons pêchés en cours de route. Chaque jour, ils faisaient un feu pour les repas. « Il y a moins de bois dans la toundra, mais nous cuisinons avec des brindilles », raconte Dwayne.

Entre-temps, à Wekweèti, ils ont reçu un ravitaillement alimentaire que des amis de Yellowknife leur ont envoyé par avion. « Nous étions en train de déjeuner et, tout à coup, des caribous sont arrivés, et certains se sont approchés de nous », relate Dwayne avec enthousiasme.


Loin des contraintes de la ville, Leanne, Dwayne et leurs deux enfants vivent sa dernière aventure familiale. (Courtoisie famille Wohlgemuth)

Loin des contraintes de la ville, Leanne, Dwayne et leurs deux enfants vivent sa dernière aventure familiale.
(Courtoisie famille Wohlgemuth)

 

« En famille, nous voulions aller voir des caribous dans la toundra et le lac Point, à la fin du mois d’août. […] Nous avons eu beaucoup de chance, il y avait beaucoup de caribous qui descendaient, nous en avons vu des centaines, ils étaient tous en petits groupes en migration vers le Sud. »

Voir des caribous faisait partie des envies, mais l’expédition n’avait pas vraiment de but autre que de profiter d’un bon moment en famille « et d’avoir cette vie simple », explique M. Wohlgemuth.

Dans le documentaire Family Routes, Leanne Robinson déclare : « J’ai appris à apprécier les choses pour ce qu’elles sont, sans forcément avoir besoin d’un but. On peut sortir et faire quelque chose juste pour le plaisir, le pur plaisir. »

 

Déconnexion

Au cours de la conversation avec Dwayne, il est facile de voir que ses expéditions sont motivées par le besoin de se déconnecter du monde moderne.

C’est ce qu’on ressent lorsqu’on voit Dwayne, assis au Javaroma, regardant par la fenêtre, et que l’on entend les mots qui sortent de sa bouche : « La vie moderne dans la ville est chaotique, tellement centrée sur l’ordinateur et sur le téléphone. »

En ville, dans la jungle urbaine, Dwayne a le sentiment qu’il y a « toujours mille choses à suivre, trop de stimulations, trop de choses qui se passent, trop d’horaires ».

Mais ailleurs, loin de la ville, à l’écart de la civilisation, au-delà des horizons, c’est tout un autre monde. « La vie est si simple, sans stress et si pure », assure-t-il. « J’adore la simplicité de la vie dans la nature : tant qu’on est bien nourri, au chaud et au sec, on est heureux et il n’y a rien d’autre pour nous compliquer la vie », déclare le père aventurier.

« Je n’ai pas à m’inquiéter que les gens envoient des messages tout le temps ou à suivre les nouvelles. C’est tellement déprimant de revenir, d’allumer la radio et d’écouter quelque chose à propos de Trump. »

« Tout d’un coup, on a le temps de penser et de vraiment réfléchir à ce qu’est la vie. Il n’y a pas d’autre moment où je pourrais le faire, à part lorsque je suis loin dans la nature », confie la mère de famille. (Courtoisie famille Wohlgemuth)

« Tout d’un coup, on a le temps de penser et de vraiment réfléchir à ce qu’est la vie. Il n’y a pas d’autre moment où je pourrais le faire, à part lorsque je suis loin dans la nature », confie la mère de famille. (Courtoisie famille Wohlgemuth)

Aleksi et Emile n’ont que quatre et sept ans respectivement, mais sont déjà des aventuriers d’expérience (Courtoisie famille Wohlgemuth)

Aleksi et Emile n’ont que quatre et sept ans respectivement, mais sont déjà des aventuriers d’expérience.
(Courtoisie famille Wohlgemuth)

Loin des impositions de la réalité urbaine, l’aventurier assure que c’est dans la toundra qu’il parvient à déterminer « ce qui est vraiment important dans la vie ». Et il donne un exemple : « On ne pense même pas à notre situation financière à la maison, je ne m’inquiète pas pour mon hypothèque. Quand nous sommes là-bas, nous pensons à la vie. C’est tellement paisible. »

Ses pensées font écho à ce que Mme Robinson dit dans le documentaire Family Routes. Au 97e jour du périple, assise sur un rocher dans la baie McLeod du Grand lac des Esclaves, elle célèbre le fait d’être « complètement détachée de la société ». « Tout d’un coup, on a le temps de penser et de vraiment réfléchir à ce qu’est la vie, confie la mère de famille. Il n’y a pas d’autre moment où je pourrais le faire, à part lorsque je suis loin dans la nature. Et dehors assez longtemps pour que je puisse vraiment approfondir qui je suis, ce que je fais de ma vie, ce que je fais avec ma famille. »

Leanne précise : « C’est pour ça que je fais ça, pour ce moment de clarté que je trouve lorsque je suis ici. »

 

Aventuriers d’expérience

Leanne et Dwayne sont des canoteurs expérimentés qui connaissent bien la réalité de la navigation fluviale aux TNO. Ce sont eux qui ont conçu de nombreuses cartes d’itinéraires de canotage de la région.

En 2014, ils ont créé le projet Arctic Tern et édité six cartes et guides de canotage avec des itinéraires le long de la route Ingraham. Pour cela, ils ont parcouru tous ces itinéraires et pris des notes et des photos au long des trajets. Les cartes sont en vente dans plusieurs endroits de Yellowknife, notamment à la librairie Book Cellar et à la boutique d’équipement de plein air Overlander Spots.

(Courtoisie famille Wohlgemuth)

Dwayne Wohlgemuth, ne cache pas une certaine fierté de ces cartes et de la contribution qu’elles peuvent apporter à quiconque souhaite découvrir de nouveaux itinéraires dans la région. « Avant ces cartes, les gens devaient faire un itinéraire avec quelqu’un qui l’avait fait avant », explique-t-il. Mais maintenant, avec ces cartes, « quelqu’un peut simplement prendre ça et partir, il n’a pas besoin d’autres cartes, il a toutes les informations dont il a besoin pour faire l’un des itinéraires », ajoute M. Wohlgemuth.

Le canoteur est heureux d’avoir reçu « des tonnes de retours positifs » et surtout d’avoir aidé les gens à se lancer dans l’aventure. « Pour la plupart des gens, ce sont les excursions en canot qu’ils peuvent faire, des sorties d’un weekend ou d’une semaine et tous ces itinéraires de la route Ingraham », explique le canoteur.

Pour l’instant, Leanne et Dwayne ne pensent plus à faire d’autres cartes, car les itinéraires de leurs dernières expéditions sont trop éloignés. « La plupart des routes à l’extérieur de Yellowknife ne sont pas assez fréquentées pour que cela vaille la peine de créer une carte officielle, il n’y a pas assez de canoteurs là-bas pour prendre le temps de produire ce genre de carte », précise Dwayne Wohlgemuth.

Cependant, Dwayne dit qu’il continue de prendre beaucoup de notes sur chaque expédition qu’il fait, « et donc si quelqu’un veut faire ces itinéraires des expéditions, nous pouvons leur transmettre l’information ».


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