S'abonner à Médias Ténois

« Minéraux critiques » : le rêve économique des Territoires du Nord-Ouest

Omar Alghabra, ministre des Transports du Canada, s’est joint en conférence de presse à Caroline Wawzonek, ministre des Finances des TNO, devant un avion de la compagnie ténoise Air Tindi. (Crédit photo : Thomas Ethier)

Omar Alghabra, ministre des Transports du Canada, s’est joint en conférence de presse à Caroline Wawzonek, ministre des Finances des TNO, devant un avion de la compagnie ténoise Air Tindi. (Crédit photo : Thomas Ethier)

Les minéraux d’avenir que recèlent les Territoires du Nord-Ouest sauront-ils combler le grand vide que creusera l’industrie du diamant dans notre économie ?

Thomas Ethier
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

En pleine émergence au pays, le secteur dit « des minéraux critiques » génère de grandes attentes pour l’économie déclinante des Territoires du Nord-Ouest. Le gouvernement entrevoit d’ores et déjà sa place à la table des leadeurs de l’industrie canadienne des nouvelles technologies à faible empreinte carbone. Tout juste sortie d’incubation, l’industrie ténoise des minéraux critiques devra toutefois attirer les investisseurs. Sur ce plan, rien n’est encore garanti.

Le ministre des Transports du Canada, Omar Alghabra, était à Yellowknife le 20 avril, pour parler de l’avenir du territoire au sein de l’industrie canadienne des minéraux critiques. « Les TNO sont parmi les régions canadiennes les plus riches en ressources naturelles qui aideront le Canada à combattre les changements climatiques, a-t-il souligné. C’est pourquoi je suis ici aujourd’hui, à Yellowknife. Je sais que vos mines vont aider non seulement le territoire, mais l’ensemble du pays. »

 

Sa place dans la chaine

Les « minéraux critiques » sont essentiels, notamment, à la fabrication des batteries qui composent les voitures électriques, les avions ou encore les téléphones cellulaires. Le gouvernement fédéral parle de « minéraux et métaux nécessaires à l’atteinte de l’objectif de carboneutralité d’ici 2050 », selon ce qu’on lit dans un communiqué du ministère des Transports.

Dans son Budget 2022, Ottawa entend investir 3,8 milliards $ pour la mise en place de la toute première stratégie sur les minéraux critiques au Canada, et accorder d’importants crédits d’impôt pour les activités d’exploration privées ciblant, entre autres, le nickel, le cuivre, le cobalt, l’uranium, ou les éléments des terres rares.

Le gouvernement territorial – qui doit dévoiler sa stratégie sur les minéraux critiques à l’automne 2022 – n’aspire pas moins qu’à la position de leadeur canadien dans le domaine, selon ce qu’indique la ministre des Finances, Caroline Wawzonek. « Les TNO représentent le départ essentiel d’une chaine de traitement des métaux et minéraux critique véritablement canadienne », a-t-elle commenté aux côtés du ministre Alghabra.

À l’heure actuelle, quatre projets d’extraction de minéraux critiques sont en branle au TNO, incluant la mine de terres rares Nechalacho, qui, en 2021, devenait la toute première mine canadienne à extraire des terres rares. La production est appelée à décupler en 2022, selon les gestionnaires, et une usine de traitement est actuellement en construction en Saskatchewan.

 

Une bureaucratie à abattre

Un enjeu de longue date freinerait toutefois l’intérêt des investisseurs privés, appelés à jouer un rôle majeur dans la croissance de l’industrie. Selon le président de la Chambre des mines des TNO et du Nunavut, Tom Hoffer, les TNO peinent à attirer les projets d’exploration, à l’origine de toutes nouvelles mines. « Nous ne parvenons pas à attirer des investissements à la hauteur de notre potentiel », indique-t-il.

Les résultats d’un récent sondage de l’Institut Fraser publié en avril 2022, mené auprès de gestionnaires de l’industrie minière expliquent le phénomène. Au chapitre de l’indice de perception des politiques – qui indique l’attrait des politiques gouvernementales aux yeux des gestionnaires d’exploration minière –, par exemple, les TNO se trouvent bons derniers au Canada, au 12e rang.

Le problème résiderait dans la complexité de la règlementation. « Le problème aux TNO, c’est que les projets qui n’ont sont qu’à l’étape d’exploration sont traités de la même manière que les grandes mines bien établies, indique M. Hoeffer. La Chambre des mines travaille présentement avec le gouvernement des TNO et l’Office de règlementation des terres et des eaux, pour essayer d’apporter des améliorations. »

Le président de la Chambre des mines voit aussi d’un bon œil les initiatives promises par Ottawa dans le Budget 2022. « La vitalité des projets d’exploration a un effet dans la viabilité de l’industrie minière, souligne-t-il. L’exploration est une activité à haut risque. Un projet sur mille devient une mine, et nous devons avoir plusieurs projets d’exploration en branle. Il faut le faire aujourd’hui, pour espérer avoir de nouvelles mines dans dix, voire 20 ans. Sur ce plan, ce fut relativement calme aux TNO ces dernières années. »

Les TNO subiront en 2025 la fermeture de la mine de diamant Diavik, employeur majeur que les quatre projets combinés d’extraction de minéraux critiques actuellement en branle n’arriveront pas à remplacer. « Pour l’instant, rien ne garantit que nous pourrons remplacer notre industrie du diamant, qui a joué un rôle majeur dans notre économie durant des décennies, souligne M. Hoeffer. C’est pourquoi il est important d’attirer les investisseurs vers l’exploration du territoire. »

 

Un rêve réaliste

Quelles sont les attentes concrètes d’Ottawa envers le secteur ténois des minéraux critiques pour les prochaines années ? Questionné à ce sujet, le ministre Alghabra parle d’une forte demande au pays et d’important investissement dans le Budget 2022, sans, toutefois, avancer de prévisions en matière de production.

« Mes attentes, c’est que nous allons continuer à faire croitre cette industrie. Le Canada est l’un des seuls, sinon le seul, pays au monde qui ont tous les éléments de la chaine d’approvisionnement, incluant les matériaux bruts nécessaires à cette nouvelle ère de production zéro émission vers laquelle nous nous dirigeons », a résumé M. Alghabra.

« Je n’ai pas de projections sur la valeur réelle qu’aura la production dans le secteur des minéraux critiques, en comparaison des mines de diamant, répond pour sa part Tom Hoeffer. Je ne peux pas vous dire de quelle manière ces activités vont se comparer à celles de la mine Diavik. Mais sur le plan de l’emploi, les quatre projets en développement ne parviendront pas tout à fait à combler le vide. »

« Nous sommes tout de même en très bonne posture pour jouir d’une forte croissance de notre industrie des minéraux critiques, avance toutefois le président. Nous pouvons nous attendre dans les prochaines années à ce que trois nouveaux projets passent à l’étape de production. Il y aura alors de la croissance. »

« Nechalacho est la première mine productrice de minéraux critiques au Canada, et la seule en exploitation en Amérique du Nord, souligne-t-il. C’est également la seule qui aura sa propre usine de transformation. Cela démontre l’ampleur de notre potentiel. »

« Il faut trouver d’autres projets de minéraux critiques. Nous en avons quatre sur la table, mais le territoire est très vaste, et la richesse de notre sol nous pousse à croire qu’il s’y trouve beaucoup de minéraux critiques. Plusieurs régions, comme le Sathu et le Dehcho, ont un fort potentiel. Nous pourrions découvrir plusieurs occasions d’affaires, avec une bonne science géologique et suffisamment d’activités d’exploration. »


Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.