«Et si…»

Voix importante de la scène littéraire autochtone canadienne, Richard Van Camp, qui a grandi à Fort Smith, est l’auteur de quelque 26 livres de formats et de genres différents : romans, recueils de nouvelles, albums de bande dessinée et livres pour enfants. Il demeure cependant méconnu du public francophone. Seulement trois de ses ouvrages ont été traduits en français. (Courtoisie Mckellar&Martin Publishing)

Voix importante de la scène littéraire autochtone canadienne, Richard Van Camp, qui a grandi à Fort Smith, est l’auteur de quelque 26 livres de formats et de genres différents : romans, recueils de nouvelles, albums de bande dessinée et livres pour enfants. Il demeure cependant méconnu du public francophone. Seulement trois de ses ouvrages ont été traduits en français. (Courtoisie Mckellar&Martin Publishing)

L’œuvre de Richard Van Camp et Neiva Mateus enfin en français !

Cinq ans après la parution originale en anglais et trois après l’adaptation au cinéma, les lecteurs francophones ont enfin droit à la bande dessinée Trois plumes, scénarisée par le célèbre écrivain tlicho Richard Van Camp et illustrée par Krystal (Neiva) Mateus, une Franco-Ténoise de Fort Smith.

Principalement destiné aux élèves de la 7e à la 12e année, le récit s’articule autour du destin de trois adolescents du Dehcho. En commettant un vol, l’un d’eux provoque un accident vasculaire cérébral à un ainé de la collectivité. Jugés selon le concept de justice réparatrice autochtone, les délinquants sont condamnés à passer neuf mois « dans la brousse » (le bois) supervisés par un couple d’ainés, pour y trouver la voie de la réconciliation avec leur communauté.

 

Inspirée de faits réels

Si Richard Van Camp précise avoir puisé une part de son inspiration dans Touching Spirit Bear du romancier Ben Mikaelsen, c’est dans sa propre vie qu’il a puisé la trame de fond du récit.

« C’est basé sur une histoire vraie de personnes qui se sont introduites chez moi à quelques reprises, raconte l’auteur. À Fort Smith, on ne barrait jamais nos portes. Au départ, ils ne prenaient que de petites choses. Malheureusement, comme dans la bande dessinée, ils ont surpris un ainé, qui a fait un AVC. »

Dans la vie réelle, les trois adolescents ont été avalés par le système carcéral au sud des Territoires. « Mais je me suis posé la question la plus importante qu’un écrivain peut se poser, annonce celui qui enseigne la création littéraire à l’université UBC de Vancouver. Et si ? Et s’ils avaient eu l’occasion d’aller dans la nature et d’entreprendre leur guérison, d’être en confiance avec leur langue, leur culture et leurs traditions ? Et si, après neuf mois, ils avaient eu le pardon et la paix ? »

 

La jeunesse

La jeunesse est au cœur de la carrière de prof de Van Camp, elle compte aussi pour une bonne part importante de son lectorat et pour de nombreux personnages de son œuvre.

« Avec la jeunesse, dit-il, tout est possible, la rédemption, la vengeance. J’aime voir quelqu’un transformer sa vie ou, comme dans quelques-unes de mes nouvelles, la détruire par leurs décisions. C’est la beauté de la fiction : quelquefois la fin est comme tu la souhaites, d’autres fois, tu veux quelque chose de sombre et de gothique. »

L’auteur a préféré la bande dessinée au roman pour Trois plumes, parce qu’il espérait ainsi rejoindre plus facilement les jeunes. Alors qu’il avait travaillé auparavant avec des artistes confirmés comme Steven Sanderson, pour le dessin, il a opté pour une jeune inconnue, Neiva Mateus (alors prénommée Krystal).

« Je l’ai rencontrée quand elle avait 15 ans, raconte Van Camp. Depuis longtemps, plusieurs personnes me disaient qu’elle était très douée. Quand elle m’a montré son cahier de dessin, la mâchoire m’est tombée, j’ai vu qu’elle avait un don venu du ciel. Je lui ai promis qu’un jour elle illustrerait une de mes bandes dessinées et que ce serait notre livre. »

Depuis, Neiva a aussi illustré — dans un style complètement différent — un autre texte de l’auteur tlicho, Comptine ténoise pour un sourire éclatant, un récit pédagogique sur l’usage de la brosse à dents disponible en français depuis peu.

Quant à l’adaptation cinématographique de la bédé, réalisée par Carla Ulrich en 2018, elle a généré un demi-million d’entrées, note Richard Van Camp. « Le film a été entièrement tourné à Fort Smith », ajoute-t-il, heureux de voir de l’argent dépensé dans sa collectivité, de voir des gens avec qui il a grandi bénéficier de sa création et de son rêve, mais aussi de montrer la beauté des Territoires du Nord-Ouest.

« Tu ne croirais pas à quel point ce film est beau », s’enthousiasme-t-il.

 

En français

Après le roman Les délaissés (Gaia, France, 2003) et le l’album pour enfant Tout petit toi (Orca, 2020), Trois plumes est seulement le troisième titre de Richard Van Camp à bénéficier d’une traduction française. Basées en Saskatchewan, les Éditions de la nouvelle plume publient en français, dans différents créneaux, des ouvrages écrits par des auteurs des Prairies ou traitant de la réalité des provinces de l’Ouest.

D’après le prolifique écrivain de Fort Smith, la nouvelle plume n’a pas pris d’option sur d’autres de ses ouvrages.

« C’est un toujours un compliment de voir ses livres traduits. Je me sens vraiment fier de présenter des histoires sur les TNO. Peut-être qu’un jour, on traduira tous nos livres en français, ose l’auteur des recueils Godless but Loyal to Heaven et The Moon of Letting Go, mais jusqu’à maintenant, on n’a reçu aucune offre. »

Et, si c’était à refaire, Richard Van Camp confie avoir un faible pour une maison d’édition française. Il ne dédaignerait pas travailler avec les éditions Albin Michel, dont il trouve les livres magnifiques.

En attendant, trois nouvelles œuvres sont en préparation : un roman, une bande dessinée en deux tomes, illustrée par Christopher Shy (Call of duty, Rise of the warrior), et un film de marionnettes, qui sera réalisé par Amanda Strong.


Tous les commentaires (1)

Écrit par Anonyme, 27 mai 2021, 20 h 14
Un très bon article sur notre traduction de Three Feathers / Trois plumes,de Ricard Van Camp. merci Denis !!
Laissez nous vos commentaires
Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.

Suivez-nous
Changer de ville
Aucun éditorial pour cette semaine.
Sondage

Aucun sondage sur le site présentement!

Voir tous les résultats des sondages