Aventure : En quête de cuivre sur la Coppermine

Brigitte Aubé et Jean-François Bigras. (Crédit photo : Andrew Lederman)

Brigitte Aubé et Jean-François Bigras. (Crédit photo : Andrew Lederman)

Inspirés par Samuel Hearne qui cherchait la « Far off Metal river » et John Franklin, en quête du passage du Nord-Ouest, voici qu’avec ma conjointe Brigitte nous décidons de revivre un bout de cette histoire.
 

Partis de Montréal rejoindre un groupe de 9 canoteurs, nous arrivons à Yellowknife le 29 juillet. Lors de la rencontre pré-départ, nous sommes accueillis par Shawn Hodgins, propriétaire de Wanapitei Canoe, la plus vieille entreprise du genre au Canada. Après avoir reçu les consignes sur le déroulement de l’expédition, nous voilà prêts pour l’aventure : 14 jours, du 31 juillet au 13 août 2017 sur la rivière Coppermine qui traverse le cercle Arctique. Un voyage qui nous mènera à Kugluktuk sur l’océan Arctique.


Malgré que nous voyagions en groupe, la descente de rivière est fondamentalement une activité personnelle. Par ailleurs, à deux dans le canot, c’est aussi un beau défi de communication de couple. Exercice de communication active afin de manœuvrer avec succès les rapides et défis que nous pose l’expédition de 14 jours. Challenge que Brigitte et moi réussissons avec brio.


L’hydravion nous dépose dans le secteur du lac Hepburn. Les premières journées sur la rivière du métal jaune sont un enchaînement de grands lacs. Les vents sont généralement favorables, ce qui nous donne un bon coup de pouce. Nous parcourons environ 35 km par jour. Sauf un après-midi, quand au bout d’une heure et seulement 1 km parcouru nous établissons le camp pour la nuit.


À Stoney Creek, nous ferons une randonnée jusqu’à un des sommets de la chaine de montagnes Copper qui se dressent derrière nous (± 520 mètres). Du sommet, on voit le sillon de la Coppermine qui nous indique la route à suivre et, de l’autre côté de la rivière, les monts September. Lors de la descente nous faisons du bruit pour éviter de croiser des ours, c’est efficace, nous n’en n'avons rencontré aucun.

Au fil de l’eau
De plans d’eau larges la rivière devient plus étroite, 50 à 150 mètres tout de même. Pour nous, de l’Est, nous constatons être au pays des géants. Ainsi le courant s’accélère et les premiers rapides sollicitent notre attention. Ici il n’y a pas de petite vague. Nos canots sont donc munis de toiles de pontage qui empêchent les vagues de nous submerger.


Les rapides les plus volumineux ont des noms qui datent du passage de John Franklin, à l’été 1821 : Muskox rapids, ils y ont vu des bœufs musqués. Escape rapids, là où Franklin s’en est sorti de justesse. Bloody falls, par contre, tire son nom du lieu où des Inuits furent massacrés par les guides dénés de Samuel Hearne, en juillet 1771.


Notre premier rapide, le Rocky Defile est un canyon rocheux qui accélère le courant et fait augmenter encore plus la taille des vagues. Brigitte et moi effectuons un repérage sommaire du haut des 50 mètres de la gorge. Nous prévoyons notre route et anticipons même des manœuvres comme sur les rivières du Québec… Surprise! Dès le début du rapide les canots devant nous disparaissaient dans le creux de vagues! Nous aussi! C’est comme un rodéo. La grande puissance des courants nous a impressionnés. Nous avons malgré tout suivi la ligne prévue à droite, mais sans les manœuvres… Tout le groupe s’en tire bien.


Parcourir le pays en canot, lentement et silencieusement, nous harmonise avec la nature. Ça fait du bien, ça recentre. Dame nature nous rend humble, quand le vent s’élève au-delà de nos forces et que nous devons nous arrêter, ou que les gros rapides nous intimident. C’est elle qui a le dernier mot. La glisse silencieuse sur l’eau favorise des rencontres avec la faune : orignaux, siks siks, troupeaux de bœufs musqués et un loup solitaire. Majestueux, les aigles à tête blanche et les sternes arctiques accompagnent nos efforts en virevoltant au-dessus de nos têtes. En qualité d’insomniaque, le soleil de minuit me plait.

Autour du feu
Que serait un voyage de canot-camping sans la pêche? Lors d’une pause, nos bons pêcheurs prennent deux ombles chevalier. Ce soir-là, autour du feu, régnait une atmosphère de cocktail, les plateaux de tartare, sushi (avec caviar) et bouchées de darnes circulaient, le tout accompagné de vin blanc. Au dessert : petits bleuets arctiques. Du pur bonheur.
Au fil de la descente, la connexion avec notre histoire est présente. Nous voyons les mêmes paysages qu’à l’époque de Samuel Hearne et John Franklin. La sensation que nous vivons en voguant nous ramène au lien intime entre le canot, la découverte et le développement de notre grand pays.


Oh, que la vie devait être difficile en ces terres infertiles pour les peuple des Premières nations et les explorateurs. Hearne arrive à l’embouchure à l’été 1771 et Franklin lui en 1821. Hearne, voyageant seul avec un groupe d’Amérindiens, ne trouve ni marché ni cuivre pour la Compagnie de la Baie d’Hudson. Ils auront faim et froid plusieurs fois. Franklin, quant à lui, ne trouve pas le passage menant à l’Orient. Pendant son retour, il passe à un cheveu de mourir de faim. Cette famine emportera la moitié des 20 membres de son équipe, la plupart des voyageurs canadiens-français.


À 15 km de Kugluktuk, au site historique de Bloody Falls nous vivons un moment solennel. Le massacre entre peuples autochtones a eu lieu, ici, il y a 246 ans. Cet endroit nous porte à songer à nos relations humaines, passées et actuelles, de même qu’à nos relations au sens plus large avec les premiers occupants du territoire. En 1996, Dénés et Inuits se sont réunis lors d’une cérémonie de guérison et de réconciliation.


Au terme de 14 jours bien remplis et ayant pagayé près de 370 km, nous arrivons à Kugluktuk (lieu où l’eau bouge), hameau inuit de 1500 âmes blotti à l’ouest de la baie de la Coronation, sur l’océan Arctique.
Sans cuivre, les cœurs remplis de joyaux canadiens et comblés de nouvelles amitiés en or, nous sommes tous les deux tombés sous le charme du Nord.


À la revoyure, Grand Nord!


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