Conférence : Aimer pour parler

William Greenland, Gwich'in d'Inuvik, fait part de son appréciation pour le travail de Serge Bouchard (Crédit photo: Nicolas Servel)

William Greenland, Gwich'in d'Inuvik, fait part de son appréciation pour le travail de Serge Bouchard (Crédit photo: Nicolas Servel)

L’histoire d’un « amour intégral », racontée par Serge Bouchard à travers 50 ans d’intérêt et de passion pour les Premières Nations, les cultures, l’histoire, la distinction culturelle et sa beauté.

L’anthropologue Serge Bouchard, invité par l’Association franco-culturelle de Yellowknife, a donné une conférence portant sur l’apprentissage d’une langue autochtone, à une cinquantaine de Ténois rassemblés au Northern United Place, le 29 août 2017.

En 1969, Serge Bouchard se rend au Labrador, dans la forêt boréale, à Ekuanitshit (Mingan). Il va chez les Innus, qu’on a longtemps appelé Montagnais ou Montagnais-Naskapis, pour « apprendre la langue ». Il y passera cinq ans, immergé au sein d’une famille innue qui va tout lui apprendre de leur langue et de leur culture. Aujourd’hui en 2017, « 21 000 personnes parlent encore l’innu; à la maison, à l’école, en chanson, au cinéma, en littérature. Ils la parlent entre eux et l’apprennent aux enfants. Quand ils le font, ils te regardent la face, en faisant de grands gestes, pour interpeller et dire: la voici cette langue qui est bien vivante. Mais on peut se demander, avec seulement 21 000 locuteurs, ce qu’elle va devenir, car une langue [vivante], ça meurt. » À moins qu’on ne la transmette avec «  amour » et respect. Un peu comme on le ferait lorsqu’on parle à un nouveau-né, pour lui apprendre sa langue.

Une langue humaine
Bien qu’il n’existe pas de recette miraculeuse pour maintenir une langue en vie, l’ethnologue propose quelques éléments de réponse pour le faire avec sa langue tout en prenant celle de son voisin en considération. « Une langue, ce n’est pas technique, ce n’est pas un truc légal comme on a pensé au Canada, à faire un pays bilingue. Une langue, c’est profondément humain. On la dit maternelle, c’est une phonétique, c’est une musique, ce sont des sons. C’est ce que l’humain fait de plus beau et pour les apprendre, pour s’entendre parler les uns les autres, il faut l’aimer. » M. Bouchard avance que cela doit passer par l’éducation, à l’école comme à la maison. Que l'on doit partager sa passion, sa fierté d’utiliser sa langue et le faire sentir à la société environnante.

Selon lui, il est aussi nécessaire pour les Canadiens de faire un effort de recherche, et de raconter à nouveau l’histoire du pays. Il faut aussi reconnaître l’existence des peuples qui ont vécu sur ces terres, à travers leurs vrais noms, leurs « ethnonymes » et l’endroit où ils se situent sur la carte. Pour se défaire des pratiques colonialistes et construire un pays multiculturel, il faudra aussi inclure dans son histoire les personnalités oubliées, comme les femmes, les Autochtones et les Métis, sans qui les Mackenzie, Franklin et autres explorateurs ne seraient pas allés si loin. Cette ligne de pensée était le thème de sa deuxième conférence, Les remarquables oubliés du Denendeh, qui a eu lieu le mercredi 30 août.

Langues à disparaitre
Difficile de quantifier le nombre exact de langues parlées à travers le monde, mais une majorité de scientifiques s’entendent sur un chiffre avoisinant les 7 000, dont 20 à 30 disparaîtraient chaque année. Une tristesse inouïe, pour l’anthropologue, qui voit dans la diversité linguistique une richesse culturelle inestimable. Selon les sources, on compte de 56 à 70 langues autochtones au Canada. L’organisation non gouvernementale américaine Ethnologue, du Summer Institute of Linguistics basé à Dallas, en dénombre 63, auxquelles on en ajoute 14 en voie de disparition avec seulement 2 à 50 locuteurs. Un des problèmes au Canada, « c’est qu’on a tout fait pendant l’histoire, pour les faire [désaimer]. Et par les Autochtones eux-mêmes, mais très certainement par les Canadiens en général. Et ça vaut aussi pour le français  », assène M. Bouchard.


Tous les commentaires (1)

Écrit par Anonyme, 03 septembre 2017, 22 h 40
C'est important d'apprendre la langue de nos concitoyens. Les ainés dénés parlaient anglais et français, de force, leur langue maternelle et souvent une ou deux autres langues athabascanes. Et certains les considéraient comme des inférieurs... des unilingues qui se croyaient supérieurs à des polyglotes.
Laissez nous vos commentaires
Ajouter un commentaire
Vous désirez laisser un commentaire en tant que : Anonyme
Mon compte

Politique des commentaires

L'Aquilon désire encourager des débats intelligents et respectueux entre les utilisateurs de son site Web. Nous voulons créer une plateforme où divers points de vue et opinions peuvent être exprimés sur une vaste variété de sujets.

Cependant, nous avons décidé d'établir un mécanisme de modération complète. Ainsi, tout commentaire est lu et évalué par un modérateur avant d'être mis en ligne sur le site. La modération est effectuée par les membres du personnel de L'Aquilon, selon un horaire variable. Un délai plus ou moins long peut survenir entre l'envoi d'un commentaire et son autorisation.

D'emblée, tous les articles produits par les membres du personnel et par nos pigistes permettront aux lecteurs d'émettre un ou des commentaires. Cependant, il est possible que l'option de commentaire soit désactivée en raison d'un manque de disponibilité pour effectuer la modération ou lorsqu'un article perd de son actualité.

Voici les paramètres qui guideront les modérateurs : - Éviter tout propos discriminatoire, en suivant les principes de la Charte canadienne des droits de la personne. - Éviter tout propos qui constituerait du libelle ou pourrait être perçu comme étant diffamatoire.

- Éviter le langage abusif, les injures ou les insultes

En acceptant les termes de cette politique des commentaires, vous reconnaissez que le journal ne peut être tenu responsable pour la publication de vos commentaires.

Seuls les usagers inscrits et acceptant la politique des commentaires peuvent émettre un commentaire.