L'UNESCO à Déline : Vision ancestrale respectée

Un homme de Déline chante avec intensité lors de la danse au tambour à la cérémonie de clôture. (Crédit photo : Nicolas Servel)

Un homme de Déline chante avec intensité lors de la danse au tambour à la cérémonie de clôture. (Crédit photo : Nicolas Servel)

Les résidents de Déline célébrent la nomination de Tsá Tué à titre de réserve de biosphère par l’UNESCO, honorant ancêtres et aînés avec une lueur d’espoir dans les yeux pour le futur des jeunes.

Un endroit vibrant, un moment historique. Pour la première fois, une communauté autochtone a réalisé la mise en œuvre d’une réserve de biosphère de A à Z. Et la communauté de Déline a été fière, même si c’était dans la plus grande humilité, de recevoir le certificat officiel de la part de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) le 11 août dernier.

Une reconnaissance internationale qui aura un impact quant à la préservation des ressources naturelles, l’accroissement de la recherche scientifique sur le territoire, et éventuellement le développement du tourisme. Le tout dans le respect de la langue slave du Nord et des traditions locales. Dr David Suzuki, environnementaliste et auteur du livre L’Équilibre sacré, ainsi que son collègue Miles Richardson figuraient parmi les invités présents durant cette journée.

En honneur aux traditions ancestrales, la célébration a commencé à la maison du prophète Ayha, où tous se sont rassemblés autour d’un feu pour formuler un vœu. Un rituel qui se fait tous les 3 mois à la maison de cet ancêtre, dont plusieurs prédictions se sont réalisées par le passé.

« Le prophète Ayha a évoqué que le Grand lac de l’Ours serait la dernière eau de source sur Terre », a confié un résident de Déline. De quoi donner des frissons, mais qui transmet, crûment, l’importance de préserver nos ressources naturelles.

L’UNESCO
À la suite de la cérémonie d'ouverture, Meriem Bouamrane, spécialiste du programme l’Homme et la biosphère (MAB) de l'UNESCO, a souhaité la bienvenue à Déline au sein du réseau des réserves de biosphère de l’organisme. L’UNESCO en compte 669 à travers 120 pays, dont 18 au Canada.

Pour elle, qui a fait le déplacement depuis Paris, cet accomplissement « est l’exemple que les gens ont le pouvoir de modeler leur propre destinée et accomplir leur responsabilité envers le monde ». Elle a également souligné l’importance du savoir des aînés dénés, pour étayer des solutions face aux changements climatiques.

Bouamrane a profité de l’occasion pour inviter les membres de la communauté et leurs détenteurs de savoirs à venir la visiter à Paris en avril 2017 afin qu’ils partagent leurs histoires au réseau régional européen et nord-américain du MAB.

Traditions du Grand lac de l’Ours
Le respect du savoir des ancêtres et des aînés est au cœur des discours de cette collectivité du Grand lac de l’Ours. Celle-ci travaille depuis des décennies à la gestion du développement durable de la région, à la conservation d’un écosystème en santé et au maintien des méthodes traditionnelles.

« En écoutant les histoires des aînés, des ancêtres, on fait des prédictions et elles deviennent réalité. On travaille ensemble pour protéger nos animaux, la terre et l'eau. Nous sommes là pour une bonne raison, soit d'accomplir quelque chose pour nos jeunes, mais aussi pour l'ensemble des Territoires du Nord-Ouest, du Canada et pour le reste du monde », a déclaré Raymond Tutcho, chef du gouvernement Gotine de Déline.

Tutcho estime qu’il y a beaucoup de choses à faire : « On commence, mais le portrait devient plus clair parce qu’on a le soutien de nos aînés et de nos ancêtres », a-t-il affirmé, sans nier le fait qu’ils auront besoin de travailler en collaboration avec le gouvernement territorial.

Fondation David Suzuki
En matière de soutien, la communauté peut déjà compter sur nul autre que la fondation du Dr David Suzuki, qui n’en était pas à sa première visite à Déline. De passage en juillet 2015, il avait participé à la conférence The Tudze, en français « Coeur de l’eau », pour discuter des enjeux liés à la gestion de l’eau.

« Les personnes non autochtones ont désespérément besoin d'apprendre de vous », a dit Suzuki avec conviction. « Dans l'histoire, on a toujours vécu au sein de petits groupes. Mais soudainement, le monde est en train de se comprimer, et même Déline est sous l’emprise de l'économie globale. La nourriture, la télévision vous connectent avec cette économie », a-t-il indiqué. « On bouge comme une espèce invasive [...] On peut suivre le mouvement des êtres humains sur la planète en observant la disparition des espèces. Quand il n'y a plus de ressource pour survivre, de nouveaux endroits, de nouvelles opportunités sont exploités », renchérit Suzuki.

L’environnementaliste a conclu sa conférence en mettant le public en garde : « nous sommes en train de perdre des connaissances ancestrales que la technologie ne pourra jamais ramener ».

L’actuelle « génération sans racine », comme il l’appelle, aurait donc avantage à s’inspirer des ancêtres, qui ont survécu des milliers d’années sur ces terres, en apprenant de leurs erreurs, au gré du temps. Ce qui est justement le cas des ancêtres et aînés dénés qui, en demeurant au même endroit, on apprit à faire les choses différemment pour survivre.

L’événement s’est conclu à l’aréna de Déline, lors d’une danse au rythme effréné des tambours. De la musique qui restera gravée dans les mémoires, rappelant cette journée inspirante à quelques pas du Grand lac de l’Ours, « là où l’eau coule ».

 

À lire : Déline en bref 



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