Entente pan territoriale : Une vision nordique de la science

Lors d’une déclaration faite le 3 mai dernier depuis la communauté d’Old Crow (Yukon), les trois premiers ministres, Darrell Pasloski, du Yukon, Robert R. McLeod, des Territoires du Nord-Ouest, et Peter Taptuna, du Nunavut ont annoncé la mise en place d’une approche pan territoriale de la science, un projet initié en 2007.
L’énergie est au centre de la recherche scientifique, universitaire et industrielle depuis des décennies et constitue aujourd’hui un véritable enjeu pour la planète et ses habitants. Les besoins en solutions viables rapides et durables sont accentués ces dernières années par une évolution démographique soutenue. Les altérations du climat, liés entre autres à une application irresponsable des technologies élaborées jusque-là et dont les conséquences imposent leurs effets dévastateurs partout sur le globe ne font pas tomber la pression.
C’est un enjeu d’autant plus grand pour les territoires du Nord du Canada où règnent des conditions climatiques parmi les plus rigoureuses au monde. Pour répondre à cette problématique, les gouvernements du Yukon, du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest se sont donc alliés pour proposer un plan de mise en commun des ressources, des observations et des solutions étudiées.

Une approche collaborative et inclusive
Le plan de travail promet notamment d’adresser les questions du logement et de la sécurité alimentaire, dont la rudesse du climat et la dépendance au sud biaisent les prix du marché pour le plus grand désarroi des résidents du monde arctique. Il prévoit aussi d’agrandir la participation des scientifiques du Nord à travers l’éducation, en incluant notamment l’expérience inestimable apportée par les aînées aborigènes. Ceux-là ont vécu dans le milieu arctique depuis plusieurs générations à l’aide de savoirs et de techniques traditionnelles loin des outils dits « hi-tech ». Ils le comprennent, ils s’y sont adaptés continuellement et doivent le faire encore aujourd’hui. Ils l’ont vu évoluer jusqu’à observer entre autres, une débâcle hâtive du fleuve Yukon à Dawson. Stephen Frost, résident Gwich’in de plus de 80 ans, a indiqué au site web Regard Sur l’Arctique que « les glaces du fleuve ont cédé le 23 avril [2016], le plus tôt jamais enregistré depuis 1896. »
Les territoires sont déterminés à travailler ensemble au développement du Nord, dans l’intérêt des habitants du Nord et de l’ensemble des Canadiens. La science est un élément essentiel de ce développement. Les premiers ministres des territoires comprennent l’importance de la situation et ont saisi l’occasion de collaborer au développement d’une approche de la science propre au Nord et qui repose sur les principes suivants :
• la coopération et la collaboration;
• la reconnaissance de l’importance des connaissances traditionnelles et de leur apport au développement de la base de connaissances nordiques, de même que leur intérêt pour la prise de décisions;
• l’atteinte des objectifs établis dans une vision nordique.
Il est jugé primordial d’établir dans le Nord un milieu scientifique fort. Il faudra pour cela développer les capacités des territoires en matière de recherche.
Les gouvernements territoriaux soutiennent la recherche dans leur territoire respectif de multiples façons et ils sont également responsables de la formation des citoyens dans les domaines des sciences sociales et des sciences naturelles. Cette formation inclut la sensibilisation du grand public, les programmes d’études (formation scolaire) et la promotion de la science et de la recherche. L’éducation est la clef de voûte du développement des capacités scientifiques dans le Nord; c’est elle qui permettra de former des scientifiques et des chercheurs de haut niveau venant de cette partie du pays.
Démunis d’universités, les territoires du nord reposent sur le système collégial pour assurer l’éducation de ses résidents. Cependant, les choses pourraient bien évolué grâce à l’approche pan territoriale. Le Collège du Yukon, par exemple, se prépare à devenir une université. Le Collège Aurora des TNO offre déjà un baccalauréat d’études appliquées et le Collège de l’Arctique du Nunavut offre des programmes reconnus à l’échelle nationale. Tous trois sont dotés de leur propre centre de recherche et sont organisés de manière à pouvoir donner un enseignement de qualité dans la plupart des communautés qui correspond aux désirs des habitants tout en répondant aux demandes du marché du travail.
 


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