Emploi : Problèmes de reconnaissance

Valérie Leclerc. (Crédit photo : Denis Lord)

Valérie Leclerc. (Crédit photo : Denis Lord)

La migration interprovinciale a des ratés en matière de reconnaissance de diplômes.

Alors que les Territoires du Nord-Ouest manquent de travailleurs spécialisés, le manque de reconnaissance de diplômes obtenus à l’extérieur s’avère problématique.

Valérie Leclerc a obtenu au Québec un diplôme de thérapeute en relation d’aide après trois ans d’études et un cheminement personnel. Son association professionnelle est la Corporation internationale des thérapeutes en relation d’aide du Canada, un organisme qui, malgré son titre un peu pompeux, ne semble pas avoir d’assise ailleurs qu’au Québec.


Valérie Leclerc a eu un bureau de mai 2016 à mai 2017 à la clinique intégrative Gaïa, à Yellowknife, qu’elle a dû fermer. « J’ai eu peu de clients, dit-elle, beaucoup d’annulation. J’ai perdu énormément d’argent. » La raison? Aux Territoires, les régimes d’assurances médicales ne remboursent pas, comme au Québec, ce type de soins, ce qui rebute les travailleurs.

Problème d’assurances
Les règlements des assurances varient selon les provinces, explique le coordonnateur de la CITRAC, Jean-Pierre Bellerive; au Québec, les assureurs classent les soins de thérapie en relation d’aide dans la catégorie naturothérapie. Or, cette catégorie n’existerait pas aux TNO et les reçus de Mme Leclerc n’y sont pas valides.


Les démarches de Valérie Leclerc, auprès des assureurs notamment, n’ont jusqu’à maintenant rien donné. « C’est dommage dit-elle, parce que ça manque ici, de l’aide. » Elle a dû troquer sa profession pour la suppléance à l’école. Cependant, sa situation pourrait un jour évoluer alors qu’ailleurs qu’au Québec, sa pratique est associée au counselling et que ce type de soutien est couvert par le Plan d’aide aux employés du gouvernement ténois.

Dans les garderies
Dans un autre ordre d’idée, il semble que l’absence d’accréditation aux TNO de certaines écoles hors frontières empêche les travailleuses de garderie qui y ont obtenu leur diplôme de recevoir un montant adéquat de la subvention pour le personnel de la petite enfance.


La subvention pour le personnel de la petite enfance est un programme du ministère de l’Éducation, de la Culture et de la Formation (MECF) dont un des objectifs est d’attirer de nouveaux professionnels dans le secteur de l’éducation de la petite enfance.


Selon le formulaire en ligne sur le site gouvernemental, daté de juin 2016, une personne travaillant dans une garderie et ayant un certificat en petite enfance peut gagner 200 $ de plus par trimestre que celle qui n’en a pas, selon le nombre d’heures travaillées. Un.e diplômé.ée gagnera plus encore, une personne avec un grade universitaire encore davantage.Mais il faut tout de même que ces attestations soient reconnues.


Geneviève Potvin travaille à la Garderie Plein Soleil. Elle a obtenu une attestation d’études collégiales en garderie au Collège CDI à Québec. « Il y a des collèges CDI partout au Canada, souligne Geneviève Potvin, mais on m’a dit que mon collège ne figurait pas sur la liste des établissements agréés du gouvernement. »


Mme Potvin dit avoir le même salaire qu’une personne ayant une formation, sauf que sa prime est moins élevée.
La directrice de la Garderie Plein Soleil, Rachelle Francoeur, vit le même problème. Elle a obtenu son diplôme de technicienne en services de garderie en 1999 au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, mais cet établissement n’est pas non plus sur la liste.

La liste
La liste à laquelle il est fait référence est la Liste d’établissements d’enseignement agréés et elle établie par le gouvernement fédéral. Si le Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ne s’y trouve effectivement pas, trois collèges CDI du Québec y sont, mais pas celui de Québec, où Geneviève Potvin a étudié.


« Il n’y a pas de formation en petite enfance aux TNO, souligne la directrice de Plein Soleil, hormis au Collège Aurora, où c’est assez nouveau. Il y a une pénurie de main-d’œuvre qualifiée aux Territoires du Nord-Ouest, c’est ridicule qu’ils ne nous reconnaissent pas. »

Mme Francoeur souligne que le problème existe dans les deux sens, le Québec ne reconnaissant pas ses années d’expérience hors de la province.


Rachel Francoeur affirme avoir parlé de cette problématique à la sous-ministre Sylvia Haener, qui lui aurait dit qu’il existe aux Territoires un processus de reconnaissance des diplômes. Une information qui aurait été contredite par la suite par un agent du MECF.


Mme Francoeur se plaint en outre de n’avoir jamais eu de suivi sur ses demandes de reconnaissance, malgré deux demandes. Son dernier courriel daterait de septembre 2017.

Mécanismes
Mais le MECF a fait savoir que le GTNO est signataire de différentes ententes permettant de poursuivre ici une carrière ou une formation, comme l’Accord de libre-échange canadien (ALEC), qui permet à un travailleur d’une autre province ou territoire de venir travailler ici sans examen ou formation supplémentaire, le programme du Sceau Rouge et, pour d’autres pays, le programme des candidats.


En outre, grâce à une entente avec le Service d’évaluation des diplômes étrangers de l’Alberta, le GTNO offre la reconnaissance de diplômes obtenus à l’étranger à tarif réduit.


Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a lancé l’an dernier la Stratégie sur l’immigration 2017-2022, la première de son histoire. On y fait état d’un plan pour amener plus d’immigrants à travailler et à investir ici.
« La reconnaissance des diplômes est un défi majeur pour les immigrants, considère le directeur général sortant du CDÉTNO, Antoine Gagnon. C’est presque du cas par cas, chaque cas est unique. On essaie d’outiller les gens, on fait du lobbying et de l’éducation. Mais ce n’est pas une priorité pour le CDÉTNO, parce qu’on ne peut pas y faire grand-chose. »


À la connaissance de M. Gagnon, la situation aux Territoires n’est ni pire ni meilleure qu’ailleurs au Canada.

 


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