Femmes et filles autochtones disparues et assassinées : Mettre fin à la violence

Plusieurs militants canadiens utilisent la robe rouge 
pour représenter les femmes et les filles autochtones victimes de crimes violents. 
Elle symbolise une invitation à passer à l’action pour prévenir toute forme de violence. (Illustration : Maxence Jaillet)

Plusieurs militants canadiens utilisent la robe rouge pour représenter les femmes et les filles autochtones victimes de crimes violents. Elle symbolise une invitation à passer à l’action pour prévenir toute forme de violence. (Illustration : Maxence Jaillet)

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a été reçue de façon mitigée dans le Nord. Même si plusieurs ressentent un certain soulagement de voir le processus enclenché, le chemin de l’enquête n’est pas facile pour les familles impliquées. Aux TNO, entre soulagement et impatience, on sonne l’alarme quant à la représentativité du Nord parmi les commissaires et l’importance de mettre en œuvre des mesures rapidement.

Les chiffres sont criants. En 2014, un rapport de la Gendarmerie royale du Canada recense 1 181 cas de femmes autochtones disparues (164) et assassinées (1 017) de 1980 à 2012. À la suite de ce rapport et de plusieurs études, l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées est lancée dans l’ensemble du pays.

Le 3 août dernier, le Gouvernement du Canada a officiellement présenté les cinq commissaires chargés de mener à bien l’investigation. Préalablement à celle-ci, un processus de définition des paramètres de l’enquête a été entrepris. On prévoyait 18 séances, dont une à Yellowknife en janvier 2016, auprès des survivantes, familles, proches des victimes, organismes communautaires et plusieurs experts, en plus d’un sondage en ligne. L’Association des femmes autochtones des Territoires du Nord-Ouest a été interpelée au cours de ce processus préliminaire afin de contacter les membres des communautés pour recueillir leurs recommandations.
 

« C’était un moment chargé d’émotions pour eux. Se remettre en contexte, rouvrir les plaies et revivre les événements s’est avéré traumatisant pour plusieurs familles. Le soutien spécialisé devant être offert aux personnes directement impliquées est vite devenu une préoccupation majeure », a affirmé Alisa Praamsma, directrice générale de l’Association des femmes autochtones des TNO.
 

« Il y avait un grand soutien entre les familles qui ont participé au processus préliminaire à l’enquête, ce qui leur permettait de se sentir moins seules. Mais il fallait tout de même assurer la disponibilité des conseillers en traumatismes dans différentes régions des TNO. Les familles des êtres chers ont eu à partager leurs histoires, leurs tragédies, mais certaines d’entre elles devaient retourner chez elles sans aide ni moyens de se rencontrer par la suite. Il y a souvent des listes d’attente pour consulter un spécialiste », explique Praamsma.


Lors d’une entrevue, la ministre responsable de la condition de la femme des TNO, Caroline Cochrane, a mentionné d’ailleurs qu’elle souhaite s’assurer qu’un soutien spécialisé sera offert aux survivantes et aux familles et ce, sur le long terme.
 
Mandat et commissaires
Aux termes du mandat de l’enquête dévoilé le 3 août dernier, les commissaires sont tenus d’examiner les causes sous-jacentes qui contribuent à la violence faite aux femmes et aux filles autochtones. Il s’agit de comprendre pourquoi les taux de violence augmentent et de formuler des recommandations à cet égard. Parmi les recommandations, des mesures concrètes pour éliminer les causes systémiques de la violence et pour accroître la sécurité des femmes et des filles autochtones devront être formulées.


À titre de commissaire en chef, Marion Buller, originaire de la communauté Mistawasis en Saskatchewan, est la première femme membre des Premières Nations à avoir été nommée juge en Colombie-Britannique.


Dans son équipe, elle pourra compter sur les personnes suivantes :

  • la commissaire francophone et innue Michèle Audette, ancienne présidente de Femmes autochtones du Québec;
  • le commissaire Brian Eyolfson, de la communauté algonquine de Couchiching en Ontario, directeur adjoint par intérim à la direction générale des services juridiques au ministère des Relations avec les Affaires autochtones et de la Réconciliation;
  • la commissaire Marilyn Poitras, métisse et originaire de Saskatoon, professeure adjointe spécialiste dans le droit constitutionnel et le droit autochtone à l’Université de la Saskatchewan;
  • la commissaire Qajaq Robinson, originaire d’Iqualuit au Nunavut, avocate associée spécialisée dans les affaires autochtones.

À l’Association des femmes autochtones des TNO, on craint que le Nord ne soit pas représenté adéquatement parmi les commissaires sélectionnés. De l’avis de la directrice générale, « ils ne reflètent ni la réalité du Nord, ni la diversité des groupes du Nord ». La ministre Cochrane demeure positive quant à la nomination des commissaires. Elle met en relief le fait que les familles seront entendues et que des mesures seront mises en place et a hâte de voir les recommandations qui découleront de l’enquête.
 
Comités régionaux et consultatifs
Pour assurer une meilleure représentativité des communautés du Nord, on pourrait envisager la mise en place de comités consultatifs régionaux formés de familles, de proches des victimes et de survivantes afin de formuler des conseils sur les questions propres aux Territoires du Nord-Ouest. La commission a aussi la possibilité de concevoir des organismes consultatifs qui concentreraient leurs efforts sur des enjeux précis et seraient composés notamment d’aînés, de jeunes, de membres des familles des victimes, d’organisations locales et de représentants d’organisations autochtones nationales.


L’Association des femmes autochtones des TNO espère faire partie de ce dialogue, mais n’a pas été sollicitée à ce stade-ci. Lors de la rencontre des ministres responsables de la condition féminine prévue à la mi-septembre, la ministre Cochrane aura plus d’informations quant à la forme que prendront ces comités. Le GTNO se dit engagé à soutenir le travail des commissaires et à adopter les mesures nécessaires dans le cadre de cette enquête.

Urgence d’agir à court terme
Dans un communiqué de presse de la semaine dernière, la Commission canadienne des droits de la personne (CCDP) insistait sur l’urgence de la situation. « Les femmes et les filles autochtones ne doivent pas être tenues d’attendre les résultats de l’enquête pour connaître une amélioration de leurs conditions de vie, a exprimé la présidente, Marie-Claude Landry. C’est pour cette raison que la Commission exhorte le Gouvernement du Canada et tous les intervenants à identifier des pistes de solution qui peuvent être mises en œuvre immédiatement, en attendant les conclusions de l’enquête », a-t-elle affirmé.


Charles Dent, président de la Commission des droits de la personne des Territoires du Nord-Ouest, a dit pour sa part qu’aucune mesure précise n’était prévue pour le moment. Il a toutefois indiqué être d’accord avec la CCDP et a ajouté qu’il communiquera avec l’Association des femmes autochtones des TNO pour voir comment ils pourraient travailler ensemble afin de remédier à la situation. « Les femmes autochtones attendent depuis déjà trop longtemps », a-t-il confié à L’Aquilon.


 Madame Praamsma et la ministre Cochrane espèrent toutes les deux que cette enquête apportera du changement pour les femmes autochtones et la violence à laquelle elles sont confrontées. Elles s’attendent à ce que les rapports soient perçus comme prioritaires et mènent à l’élaboration de mesures concrètes au Canada.


 « C’est le temps de sortir du placard et de dire à voix haute ce que les personnes autochtones vivent et faire tout ce qu’on peut pour aller de l’avant. Nous sommes en 2016... », a conclu la ministre Cochrane.


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