Gouvernance : La FFT s’ouvre aux membres individuels

30 novembre 2017
Catherine Barlow, présidente de la Fédération franco-ténoise. (Crédit photo : Denis Lord)

Catherine Barlow, présidente de la Fédération franco-ténoise. (Crédit photo : Denis Lord)

La Fédération franco-ténoise (FFT) a ouvert ses portes aux adhésions individuelles lors de sa dernière assemblée générale annuelle du 14 octobre 2017, optant ainsi pour un modèle hybride utilisé chez les francophones du Manitoba, de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Saskatchewan.

D’autres organismes francophones porte-parole des provinces et territoires sont représentés par des modèles d’adhésion associative ou individuelle. « Ça a beaucoup varié au fil des décennies, de dire le professeur de sciences politiques à l’Université Simon Fraser, Rémi Léger. Il y a eu des vagues et des va-et-vient. »


M. Léger cite comme exemple le cas de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, qui a eu une structure hybride de 2005 à 2016 pour ensuite se recentrer sur les adhésions citoyennes. Il souligne également le cas de la Société franco-manitobaine, qui a adopté un modèle d’adhésion plurielle plus tôt cette année, et a changé son nom pour celui de Société de la francophonie manitobaine.

Son conseil d’administration est formé de 21 personnes élues selon un système relativement complexe; les membres individuels choisissent des membres organisationnels et des membres organisationnels sectoriels nomment des membres individuels. À l’intérieur même d’un modèle hybride, donc, plusieurs formules sont possibles.

Plan de match territorial
En 2018, à une date pour l’instant indéterminée, la FFT lancera une campagne pour recruter ces nouveaux membres individuels. Aucun objectif en termes de nombre de personnes n’a été fixé jusqu’à maintenant. Un comité de mise en place des statuts et règlements dirigera cette campagne dès son instauration au mois de janvier. Il sera constitué d’un membre du conseil d’administration et d’un employé de la FFT, assure le directeur général de la FFT, Jean de Dieu Tuyishime, qui supervisera sa création.

D’ici là, les Ténois qui veulent adhérer à la Fédération franco-ténoise peuvent d’ores et déjà le faire gratuitement, aucun montant n’ayant été fixé lors de la dernière assemblée.

Les nouveaux règlements
Lors de sa prochaine assemblée générale annuelle, le conseil d’administration de la FFT, comme le stipule l’article 4.1 de ses statuts et règlements, passera de cinq à sept sièges. Deux sièges sont réservés aux membres corporatifs de Yellowknife, un siège est dévolu aux associations francophones régionales de Hay River, Inuvik et Fort Smith. Et un siège est assigné à un membre individuel de Yellowknife. Ces membres du CA sont élus par leur communauté locale, individuelle ou associative, selon le cas. En revanche, tous les membres peuvent élire le président, qui peut être un membre individuel ou le délégué d’une corporation.

Le règlement prévoit qu’un membre individuel d’une région donnée peut devenir membre du conseil d’administration pour pallier l’absence d’une association.


Étant donné la disparition des associations francophones d’Inuvik et de Fort Smith, s’il y avait une élection aujourd’hui, le CA de la FFT pourrait être formé de quatre membres individuels et de trois membres corporatifs. Advenant un retour de ces associations, il n’y aurait plus qu’un seul membre individuel au conseil, dans la mesure où le président élu serait un délégué.


D’après M. Tuyishime, l’objectif de cette ouverture aux membres individuels est de conserver une représentation des régions — Inuvik et Fort Smith — où les associations sont disparues, mais où les francophones demeurent actifs. Les associations conservent néanmoins la préséance, souligne M. Tuyishime, préséance motivée par leur représentativité plus élevée que celle des individus. Pour la présidente de la FFT, Catherine Barlow, le nouveau modèle ouvre la porte à davantage de personnes et donc à plus de contributions.

Avantages et désavantages des modèles
Le professeur Léger privilégie une structure de membriété basé sur les individus plutôt que sur les associations. « [Pourvu] que les liens avec les organismes soient conservés », précise-t-il. Les organismes porte-parole dont les membres sont uniquement corporatifs risquent de se détourner de la population, ajoute-t-il. « Ils sont financés par le gouvernement fédéral et c’est à lui qu’ils rendent des comptes. La relation n’est plus entre l’organisme et la population, mais entre l’organisme et le gouvernement. »

C’est un vieux débat dans la francophonie rappelle la titulaire de la Chaire de recherches sur la francophonie et les politiques publiques, Linda Cardinal. « Par moments, les groupes s’autolimitent, ne veulent pas critiquer de peur de perdre leur financement. [...] C’est pour ça qu’il y a des causes qui vont se jouer à l’extérieur de ces groupes. »
Selon Mme Cardinal, le débat sur les différents types d’adhésion reste à faire. En attendant, elle observe que le modèle hybride est assez courant et qu’il donne aux porte-parole l’occasion de recruter plus de membres.


Le vote d’un individu devrait-il avoir le même poids que celui d’une association? C’est un questionnement auquel plusieurs intervenants font écho. « Si chaque vote a le même poids, il y a un enjeu au niveau de l’équité et de la représentation, croit le stratège Yves Doyon. Il faut tenir compte de ce risque. » Une solution, avance-t-il, peut être de donner davantage de poids au vote d’un organisme qu’à celui d’individu, poids relatif à son nombre de membres.
La présidente de la FFT, Catherine Barlow, exprime des craintes analogues. Elle rappelle que lors de l’assemblée générale annuelle, il y a eu des réticences formulées sur les risques qu’une personne soit aussi forte qu’une association et qu’elle fasse passer ses besoins personnels au détriment de ceux de la communauté. Dans les nouveaux statuts adoptés, la FFT a opté pour que chaque vote ait le même poids, mais que chaque membre corporatif obtienne deux votes. « Il faut tester notre modèle pour savoir tout ça, prévient Mme Barlow, et c’est certain qu’il y aura des ajustements à faire. »


Rémi Léger rappelle que les associations membres peuvent elles aussi favoriser leurs intérêts au détriment de la communauté. « Quoi qu’il en soit, tout modèle hybride, analyse-t-il, doit bien réfléchir aux dynamiques de pouvoir entre membres individuels et corporatifs. Il faut s’assurer que la voix du membre individuel porte autant que celle du membre corporatif. » Il souligne par ailleurs qu’un organisme représentant des associations et des citoyens a deux sources de légitimité.

Action citoyenne
Par-delà le modèle d’adhésion mis en œuvre, le stratège Yves Doyon croit que la notion d’engagement change les choses. « Ça ne se passe pas que dans le vote, mais sur le terrain, dans la récolte des idées qui mobilisent les citoyens et peuvent orienter les priorités d’un organisme. Il faut s’assurer que les gens se parlent. »
 


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