Histoire au féminin : Émilie Fortin-Tremblay, la pionnière bienveillante

 C’est en mars 1894. Émilie Fortin, nouvellement mariée à Nolasque Tremblay, s’apprête à partir pour l’aventure : le Yukon. À cette époque, le territoire est occupé principalement par des Inuits, des Dénés, des baleiniers, des trappeurs et des prospecteurs. Ce n’est certes pas le pays pour une femme! Canadienne-française native d’Alma, Émilie habite maintenant Cohoes, dans l’État de New York, avec sa famille de cultivateurs devenus travailleurs d’usine. Toutefois, Émilie partira rassurée aux côtés de son mari, courageuse et positive, prête à affronter les Rocheuses, le froid et la précarité des campements de prospection.

Le départ se fera par train de Cohoes vers Seattle. De Seattle, le couple voyagera sur le bateau à vapeur Topeka jusqu’à Juneau. Un bateau ouvert les conduira jusqu’à Wilson Post, d’où ils commenceront l’expédition à pied jusqu’au cœur du Yukon. Ils empruntent la Dyea Trail qui serpente au-travers des hautes montagnes. Émilie et Nolasque sont accompagnés de trois jeunes Canadiens, de trois Tlingits (peuple déné) et de trois chiens. La grande marche printanière apportera son lot de tempêtes, d’avalanches, de froid, de neige et de falaises. Émilie y sera une bonne voyageuse, confiante et débrouillarde. Après l’ascension du col de Chilcoot, dont le sommet est à mille soixante-sept mètres d’altitude, il y aura la descente de l’autre versant de la montagne jusqu’au lac Binette (Bennett). Le groupe construira de leurs mains deux chaloupes pour les amener à plus de sept cents milles sur le fleuve Yukon.

Émilie cuisinera toutes les sortes de viande sauvage et elle y fera même des gâteaux avec des œufs de mouettes. Émilie appréciera tout de cette aventure, des bêtes sauvages aux décors magiques, des falaises aux rapides, et c’en sera le souvenir le plus exaltant de sa vie. Les aventuriers atteindront la rivière Klondike qui les amènera au poste de Forty Mile, le centre de la prospection minière. Le campement est occupé par une vingtaine de mineurs et plusieurs Indiens. Émilie sera accueillie en héroïne, car elle sera la première femme blanche à atteindre le cœur du Yukon par le col de Chilcoot. Le couple parcourra à pied les soixante derniers milles accidentés jusqu’aux propriétés minières de Nolasque, Miller Creek.

Émilie fera preuve d’un grand courage, d’un enthousiasme débordant et d’une aide infinie auprès de la petite communauté lors de l’année qui suivra. Elle cuisinera de nombreux plats pour tous, hébergera les visiteurs, plantera un jardin sur le toit de sa maison (cabane en terre), aidera à l’accouchement de nombreuses femmes et recevra la communauté au réveillon. Elle s’adaptera au milieu extrême du Nord avec force, bonne humeur et ingéniosité.

Le couple Fortin-Tremblay vivra majoritairement à Dawson et ses environs. Émilie aura une vie très active; cuisinière, sage-femme, aubergiste, infirmière, gérante de commerce et bénévole auprès de nombreux organismes communautaires. Toute sa vie, elle sera reconnue comme étant la première femme blanche ayant atteint le Yukon par le col du Chilcoot. Elle sera la pionnière au grand cœur, louangée par tous. On décernera d’ailleurs son nom à la première école francophone de Whitehorse.

En savoir plus
Elles ont fait l'Amérique: De remarquables oubliés tome 1, Marie-Christine Lévesque et Serge Bouchar, Lux Éditeur, 2011, 442 pages.


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