Moratoire pétrolier et gazier : De quoi vivra Tuk?

16 février 2017
Le Premier ministre Justin Trudeau lors de l'assemblée publique de Yellowknife. (Crédit photo : Sandra Inniss)

Le Premier ministre Justin Trudeau lors de l'assemblée publique de Yellowknife. (Crédit photo : Sandra Inniss)

Lors de l’assemblée publique du Premier ministre, à Yellowknife, le maire de Tuktoyaktuk, Darrel Nasogaluak, a fait part de ses inquiétudes concernant l’économie de sa collectivité à la suite de l’annonce du moratoire sur l’exploration et l’exploitation pétrolière et gazière dans l’Arctique.
 

Le 20 décembre dernier, le Canada décrète en partenariat avec le gouvernment américain, un moratoire d’une durée de cinq ans. Le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, Bob McLeod, l'apprend deux heures seulement avant l’annonce officielle.

En début février, le maire de Tuktoyaktuk fait parvenir une lettre au bureau du Premier ministre Trudeau. Il exprimait ses inquiétudes sur le moratoire qui vise l’exploitation des ressources... celles qui ont majoritairement motivé la construction de la route d’Inuvik-Tuktoyaktuk.

Sans réponse du bureau du Premier ministre, le maire décide de se rendre à Yellowknife, le 10 février dernier, pour l’assemblée publique.

« Merci de me donner l’occasion de parler, a dit M. Nasogaluak en s’adressant à M. Trudeau lors de l’assemblée. Nous sommes dans la dernière année de construction d’une route de 300 millions de dollars et nous aurons l’ouverture officielle de cette route ». Plus précisément, le 15 novembre 2017, selon une allocution du ministre des Transports, Wally Schumann, la semaine dernière en Chambre.

« La route était appelée la route vers les ressources, c’est pourquoi les gens de notre collectivité, de notre région, ont été très contrariés quand le moratoire sur la mise en valeur du pétrole extracôtier a été adopté, explique le maire de Tuktoyaktuk. De perdre une chance comme celle du pétrole et du gaz, pour notre population, c’est vraiment perturbant. » Il a ajouté que plusieurs travailleurs avaient déménagé en Alberta.

« Nous avons hâte de travailler avec le gouvernement fédéral pour créer de vrais emplois afin de pallier la perte des opportunités offertes par le développement pétrolier », a-t-il déclaré.

Protéger l’environnement
Le Premier ministre Trudeau a soulevé que plusieurs chercheurs s’étaient penchés sur la question, pour déterminer des moyens d’explorer les ressources de l’océan Arctique. « Honnêtement, il n’a jamais été déterminé que cela pourrait être fait de façon sécuritaire. »

« L’impact cataclysmique d’un déversement de pétrole dans l’Extrême-Arctique est inimaginable et une de nos responsabilités fondamentales est de protéger nos collectivités et le territoire », a expliqué le Premier ministre Trudeau, quant à la décision d’un moratoire sur l’exploration et l’exploitation du pétrole et du gaz dans l’Arctique. 

Il a admis avoir « fermé la porte à un débouché économique potentiel » et a mentionné qu’il sera nécessaire de travailler ensemble pour ouvrir d’autres portes.

« Nous ne devrions pas mettre à risque cet écosystème nordique extraordinaire et les personnes qui vivent ici pour des emplois à court terme. Nous devrions bâtir une opportunité de développement économique durable et des emplois à long terme, ensemble, de manière réfléchie. »

Selon le maire de Tuktoyaktuk, les 50 dernières années se sont déroulées sans incident majeur, sans grand déversement et les activités créaient plusieurs emplois pour la population locale.

Tuk, un lieu de transit
« Notre collectivité est une plaque tournante pour le transport. « Nous avons de nombreux bateaux de touristes. […] Pendant l’été, nous voyons des bateaux d’Europe, de l’Asie, de scientifiques et parfois des yachts », a relaté le maire de Tuktoyaktuk, M. Nasogaluak, devant l’assemblée publique.

Des bateaux de croisière défilent devant la collectivité, mais ne peuvent accoster ; les passagers observent ce hameau à distance. « Il y a une autre opportunité, celle de développer un port en eau profonde ici, mais ça prend un peu d’investissements », avance le maire Nasogaluak. Une étude de faisabilité avait d’ailleurs été effectuée à cet effet, dans un document intitulé The Base for the Beaufort, en 2014.

La voie du tourisme
Le tourisme compte parmi les alternatives économiques du hameau. Un comité veille à la planification de ce secteur. « Nous planifions une grande ouverture pour la route à l’été 2018. L’ouverture officielle aura lieu en novembre de cette année, mais nous prévoyons une saison touristique pour l’été 2018. Nous essayons de préparer la collectivité à l’ouverture de la route et préparons les opérateurs touristiques. »

Toutefois, peu de possibilités d’emplois dans le domaine du tourisme sont envisageables pendant la saison d’hiver. « Contrairement au tourisme pour les aurores boréales à Yellowknife, [...] le coût pour venir ici, de Yellowknife à Inuvik, par avion, représente 1 700 $. Si on voulait avoir du tourisme pour les aurores ici, le prix serait beaucoup plus élevé qu’à Yellowknife ou ailleurs. »

Le maire n’est pas certain de ce que le gouvernement fédéral pourrait trouver comme autre piste de solution : « Peut-être une station de recherche, je ne sais pas, il y a une station de recherche de l’Arctique à Cambridge Bay, [la station de recherche du Canada dans l’Extrême-Arctique], mais je ne suis pas certain de ce que nous pouvons faire outre cela, pour remplacer la mise en valeur du pétrole. »


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