Itinérance : Compter et solutionner

Denise McKee. (Crédit photo : Denis Lord)

Denise McKee. (Crédit photo : Denis Lord)

Comme 59 autres villes canadiennes, Yellowknife, avec ses partenaires communautaires et ses bénévoles, se prépare à Tout le monde compte, sa seconde opération de dénombrement des itinérants, avec l’intention d’améliorer la formation des bénévoles et d’obtenir des résultats plus précis qu’en 2016.
Les dimanche 22 et lundi 23 avril prochains, des bénévoles visiteront le Centre SideDoor, le centre de jour Safe Harbour et le YMCA, accompagnés par le personnel de ces organismes, pour faire remplir un sondage aux personnes sans-abris. Le Safe Harbour est géré par le Conseil des handicapés des Territoires du Nord-Ouest, dont la directrice générale, Denise McKee, siégeait en 2015 au comité consultatif qui assistait la Ville de Yellowknife dans Tout le monde compte.


La formation (qui aura lieu les 16 et 18 avril, de 17 h 30 à 20 h 30), rappelle Mme McKee, souligne que les sans-abris doivent être traités avec dignité et dans le respect de leur anonymat, et prépare les bénévoles à des réactions émotives que pourraient susciter leurs questions. Les objectifs de cette formation sont énoncés par le groupe de la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance, qui relève d’Emploi et Développement social Canada. Elle sera donnée par un spécialiste de l’itinérance de Yellowknife, qui a lui-même été formé pour l’occasion.
Ce qui ne veut pas dire que les choses se soient mal passées en 2015. « Je n’ai pas eu de rétroaction négative sur la manière dont cela s’est passé en 2015, dit la directrice générale du Conseil des handicapés des TNO. Ma seule préoccupation est le nombre de personnes qui ont participé. Il en faut plus. »


Cent trente-neuf sans-abris avaient été recensés lors de la première édition à Yellowknife de Tout le monde compte, qui est en partie financé le gouvernement fédéral dans le cadre de sa Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance. Un chiffre en dessous du nombre réel de sans-abris de Yellowknife, comme en fait foi le rapport conjoint de la Ville de Yellowknife et du Comité consultatif sur l’itinérance.


Le directeur des services communautaires de la Ville de Yellowknife, Grant White, rappelle qu’en 2015, l’opération avait eu lieu la fin de semaine et à seulement deux endroits, l’un étant l’épicerie Co-op. Cet endroit a été éliminé.
« Ça n’avait pas fonctionné à la Co-op », analyse Denise McKee, soulignant en même temps que Tout le monde compte n’est pas pour autant conçu pour être un recensement exhaustif. L’opération dit-elle, est « un bon cliché instantané, qui donne une vue de l’intérieur, qui dit quels services sont utilisés et quels services manquent. Ça nous aide dans notre planification et nos demandes de financement. Ça sert à démêler les mythes de la réalité et à avoir des commentaires des gens qui sont sans-abris ».


Les informations recueillies les 22 et 23 avril seront rendues publiques et utilisées pour mesurer les progrès accomplis quant à la diminution du sans-abrisme et pour, ultimement, y mettre fin.

Des toits de hasard
Norman (nom fictif) vient de Lutsel K’e et est sans-abris depuis, dit-il, 15 ans. Depuis ce temps, il dort dans des entrées d’édifice qu’il trouve débarrées. Fait étonnant, connaissant la nature humaine et la propriété privée, ça n’a jamais mal tourné, assure-t-il : « Les gens me dérangent pas et je les dérange pas. » Denise McKee n’est pas étonnée. « Il y a beaucoup de sans-abris ici à Yellowknife, dit-elle. Les gens comprennent qu’ils ne font pas ça par envie. »


Norman pourrait peut-être dormir à l’Armée du Salut, mais c’est une solution qu’il rejette, entre autres par peur de se faire voler. Il n’y va que pour prendre sa douche. « Je fais mon affaire », répète-t-il à quelques reprises, signifiant peut-être qu’il n’aime pas se faire dire quoi faire. Il est débrouillard : il pelte l’entrée des gens contre de l’argent, il va parfois à la chasse au caribou ou à la pêche commerciale.


Norman aimerait avoir un toit. Il est allé voir la Société de logement des Territoires du Nord-Ouest, mais ça n’a rien donné. « Si je me trouve une place où rester, confie-t-il un peu bizarrement, je vais arrêter de boire. Si je pouvais arrêter de boire, je pourrais voir ma famille. »


Il pourrait aller voir Alcooliques anonymes, mais ce n’est pas pour lui, et il déplore que lorsqu’ils rentrent chez eux après les réunions, les gens commèrent sur ce qu’ils y ont entendu.

Les Autochtones surreprésentés
Plus de 90 % des répondants au dénombrement de 2015 de Yellowknife ont déclaré être autochtones; cette surreprésentation se fait aussi sentir à l’échelle nationale. Dans le document Faits saillants : dénombrement ponctuel coordonné de l’itinérance dans les collectivités canadiennes de 2016, il est constaté que les Autochtones forment 37 % des itinérants au niveau national alors qu’ils ne représentent que 4 % de la population. « La forte incidence d’itine´rance chronique au sein des Autochtones re´ve`le un besoin pour une approche Logement d’abord qui est adapte´e culturellement, comme le projet pilote mene´ a` Winnipeg At Home / Chez soi, », est-il écrit.


Les personnes intéressées à faire du bénévolat à cet événement doivent s’inscrire sur le site Internet de la Ville de Yellowknife. Une vingtaine de bénévoles sont recherchés.

Faits saillants du Tout le monde compte 2015
– 39 itinérants ont rempli le sondage, un nombre que les autorités reconnaissent comme étant inférieur à la réalité.
– 48 % des répondants s’identifient comme homme, 46 % comme femme, 2 % des répondants ont indiqué transgenre ou « autre réponse ».
– 91 % des 123 personnes ayant répondu à la question portant sur les origines se sont identifiées comme Autochtone.
– La moyenne d’âge est de 40 ans.
– La durée moyenne de la période sans abri est de 5,75 ans.
– 81 % des répondants ont indiqué qu’ils désiraient un logement permanent stable.


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